Tunisie: Souvenirs - Quand Béji Caïd Essebsi parlait de la crise de Nida Tounès

25 Juillet 2020

Dans son allocution à l'ouverture des travaux de la 30e édition des Journées de l'Entreprise, tenue à sousse les 4 et 5 décembre 2015, feu le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avec son franc-parler habituel, avait contre-attaqué ses détracteurs qui lui ont reproché d'avoir parlé longuement de la crise du parti au pouvoir, Nida Tounès, dont il était le fondateur et le président jusqu'à son élection en tant que chef d'Etat.

Loin de se murer dans un silence de stoïcien, Béji Caïd Essebsi avait ouvertement montré les liens entre cette crise dans laquelle se débat le parti vainqueur des élections législatives et présidentielle de 2014 et ses conséquences sur la Tunisie et les Tunisiens. «Des pays frères et amis, dont les USA, m'ont fait part de leurs inquiétudes face à cette crise qui risque de replonger le pays dans l'inconnu et de m'informer du risque de sursoir leurs engagements vis-à-vis du pays, jusqu'à ce que la situation devienne plus claire» avait-il souligné. «Le FMI et la Banque mondiale m'ont fait part aussi de leurs intentions de réviser le niveau de leurs engagements pour les mêmes raisons. D'ailleurs, la deuxième tranche d'un prêt de 500 millions de dollars qui devait être débloquée à la fin de l'année, a été reportée sine die à 2016» avait souligné le président de la République. «Quel rapport avec la sécurité du pays dites-vous ? Les engagements de ces pays frères et amis portaient entre autres sur une meilleure protection de nos frontières. Ce sont des engagements qui ont des répercussions directes sur la stabilité, l'image du pays à l'étranger et l'attractivité des investissements» avait indiqué Béji Caïd Essebsi. «Il n'y a pas de croissance, ni de création d'emplois sans sécurité ni stabilité» avait-il ajouté.

Il n'empêche, le président de la République avait dévoilé que ce sont aussi les deux parties conflictuelles qui ont sollicité son arbitrage. «C'est ainsi que j'ai interféré. Si le résultat est bon, tant mieux, sinon j'en endosse la responsabilité. Je le fais uniquement pour le bien du pays et je n'ai aucune visée politique puisque je ne compte pas me représenter pour un deuxième mandat présidentiel» a-t-il affirmé sous un déluge d'ovations.

Discorde autour d'une initiative

Béji Caïd Essebsi était revenu également sur la réconciliation nationale. «Cinq ans après la révolution, nous n'avons pas trouvé de climat propice à l'investissement. L'administration tunisienne était en panne et n'encourageait pas à l'investissement. Dix mille employés refusent de travailler, ils ont peur. Les investisseurs tunisiens refusent d'investir. J'ai pensé qu'il était peut-être temps de tourner la page moyennant des dispositions favorables à l'investissement et à la création de l'emploi. J'ai eu l'idée d'une initiative : celle de la réconciliation pour relancer l'économie. Les opposants à ce projet devaient le faire à l'ARP et non ailleurs. C'est le tribut de la dignité et de la démocratie», a-t-il précisé.

Brossant un tableau des défis auxquels fait face le pays, Béji Caïd Essebsi avait précisé que le premier défi, c'est la fragilité et la précarité et que le deuxième défi est le terrorisme. Dans la lutte contre l'hydre noire, Béji Caïd Essebsi avait affirmé que le pays malgré les attentats douloureux qui s'y sont passés, a pu enregistrer de grands succès. Il avait de ce fait souligné la dimension internationale du terrorisme. Toutefois, feu le président de la République avait précisé que la Tunisie demeure un cas particulier auquel il faut une assistance particulière. «Nous sommes voisins d'un pays où il n'y a plus d'Etat. Une situation dangereuse qui exige une solution rapide. Notre priorité c'est la Libye bien que ce qui se passe en Syrie nous interpelle fortement» avait-il martelé. «Il faut aider nos frères à sortir de cette crise. Conférence ou pas sur le terrorisme, nous avons besoin d'une solution» a-t-il ajouté.

Le troisième défi, énuméré par feu le président de la République,est l'emploi. «Le niveau de notre croissance ne permet pas de créer de l'emploi pour 650.000 chômeurs dont 250.000 sont diplômés. Il est honteux pour le pays de voir que cinq années après la révolution, nous n'arrivons pas encore à créer de l'emploi» avait-il dit, amer.

Pour pallier cette sinistrose, le président était clair : «Nous avons besoin de réformes économiques et elles sont en cours. Le PPP est adopté par l'ARP. Un projet de réforme fiscale avec de nouvelles dispositions est en négociation. Le Code de l'investissement a été adopté. Nous avons un grand projet pour la modernisation de la douane, la révision des taux d'imposition, la restructuration des banques publiques, la réforme du système de subvention, le statut de la BCT, autant de chantiers sur lesquels s'active le gouvernement».

Il n'empêche, pour feu le président de la République, l'entreprise économique, notamment celle qui colle aux nouveautés en matière de TIC, représente le levier parfait pour la réalisation d'un développement global et qui générera une synergie des forces, une complémentarité et le renforcement du tissu économique et social.

«Nos défis sont incommensurables et leurs sources sont multiples, ce qui fait que nos responsabilités le sont aussi. La conjoncture internationale est aléatoire et la concurrence est des plus rudes et la pression interne notamment celle sociale va crescendo. L'Etat doit faire face à tous les défis avec célérité et sagesse. Il doit combattre le terrorisme et assurer la sécurité et la stabilité et protéger nos frontières avec tout ce que cela commande comme charge supplémentaire» avait-il affirmé.

Et de conclure : «Nous croyons fermement que la transition politique souhaitée ne sera parachevée et ne pourra s'inscrire dans la durée que si elle s'adosse à une transition économique et sociale réussie, équitable et profitable. Celui qui planifie pour une démocratie sans développement, planifie pour l'inconnu à l'image de ceux qui nous ont précédés et ont planifié pour un développement sans démocratie. Ils avaient planifiés pour l'échec. La démocratie et le développement humain sont deux vérités indissociables qui reflètent l'aspiration naturelle à la liberté et au bien-être de l'homme où qu'il soit».

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