Afrique: 60 ans d'indépendance - L'émancipation n'est pas totale

24 Juillet 2020

Nous vous proposons une série sur l'indépendance dans 14 colonies françaises en Afrique. 60 ans après, l'influence française demeure encore.

Tous les vendredis, nous vous proposons dorénavant une série consacrée aux 60 ans des indépendances africaines.

Un sentiment de liberté, de soulagement, de grands espoirs... voilà sans doute des sentiments partagés par des millions d'Africains en 1960, au moment de l'accession de 14 anciennes colonies françaises à l'indépendance. Mais l'accession à l'indépendance politique formelle n'a pas été synonyme d'émancipation totale de l'influence tutélaire de Paris.

L'empire colonial français a été le second plus important géographiquement, après l'empire colonial britannique. A la fin des années 1930, environ un cinquième de la population mondiale vivait sous la tutelle du gouvernement français - en comptant la France métropolitaine.

La présence constante de la France

Mais 1960, l'année de nombreuses indépendances africaines, n'a pas marqué de césure définitive entre l'ancienne puissance coloniale française et les nouveaux Etats africains.

Nathalie Yamb, conseillère exécutive du parti ivoirien Lider (Liberté et démocratie pour la République de Côte d'Ivoire), en veut pour preuve le mode de fonctionnement même de ces Etats :

"Juste avant d'accorder leur indépendance à ses anciennes colonies, la France a décidé de modifier la Constitution de plusieurs pays. La Côte d'Ivoire, par exemple, avait un régime parlementaire jusqu'en 1959. Après cela, la France a imposé un régime présidentiel, avec une Constitution qui concentrait tous les pouvoirs du pays entre les mains du chef de l'Etat. Ce qui lui a permis de maintenir son ascendant en manipulant la personne qui avait un pouvoir total dans le pays."

Autre exemple : Nathalie Yamb dénonce l'influence toujours sensible de la France dans la manière de raconter leur passé aux jeunes Africains d'aujourd'hui, dans la façon dont sont conçus les manuels d'histoire.

La Françafrique

En 1962, le général de Gaulle charge son conseiller Jacques Foccart d'établir des réseaux solides en Afrique pour garantir à la France un accès aux ressources naturelles et un lien aux élites africaines francophones. Depuis les années 1980, tous les candidats à la présidence française promettent de mettre un terme à la Françafrique. Mais une fois au pouvoir, les présidents élus se rendent compte du poids des intérêts politiques et économiques de la France en Afrique et ils renoncent à changer les choses. Plus d'un millier de grandes entreprises et PME françaises sont implantées en Afrique. La France est le troisième investisseur direct sur le continent, après les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Même si la jeunesse du continent s'insurge de plus en plus souvent contre l'ingérence de Paris dans leurs affaires intérieures, les élites africaines trouvent aussi leur compte dans le statu quo, dénonce Nathalie Yamb.

Eco = FCFA ?

Parmi les reliquats de l'ère coloniale qui choquent le plus Ian Taylor, professeur de politique africaine à l'Université St. Andrews en Ecosse, il y a le franc CFA.

"Le projet de l'Eco est ancien. Cela fait longtemps que la Cédéao y travaille. La France a simplement décidé de changer le nom de la monnaie commune pour faire croire que c'était le système qui changeait. Mais il faut supprimer le CFA. Espérons que ce sera un premier pas pour tuer tous les restes de la Françafrique.", explique-t-il.

La présence française en Afrique est aussi militaire : rien que l'opération Barkhane dans le Sahel compte plus de 5.000 soldats. Alors, même si le sommet de Pau initié par Emmanuel Macron, s'appelait "sommet Afrique-France", beaucoup d'Africains n'y ont vu qu'une inversion des mots, et non pas de la dynamique qui continue de lier Paris à ses anciennes colonies.

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