Afrique de l'Ouest: La CEDEAO au chevet du Mali - Le virtuel réussira-t-il là où le présentiel a échoué ?

Le sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO
analyse

C'est en principe aujourd'hui que doit se tenir un sommet consacré à la crise malienne. Pas en présentiel mais en visioconférence, car chacun des 15 chefs d'Etat devrait être confortablement assis dans son bureau ou dans son salon pour échanger avec ses pairs sur l'interminable bras-de-fer qui secoue l'un des Etats membres.

Cette rencontre virtuelle au sommet fait suite à la mission de bons offices effectuée jeudi dernier par cinq présidents de la sous-région, le Nigérien Mahamadou Issoufou, président en exercice de la CEDEAO, l'Ivoirien Alassane Dramane Ouattara, le Sénégalais Macky Sall, le Nigérian Muhammadu Buhari et le Ghanéen Nana Akufo-Addo. Autant dire ce que l'Afrique de l'Ouest compte comme poids lourds sur les plans politique et économique, le Niger mis à part, et dont les voix sont censées compter dans le concert sous-régional. On remarquera que c'est quand même des pays relativement stables, où la démocratie est bien ancrée et fait son petit bonhomme de chemin, même si on peut regretter quelques reculs de temps à autre.

C'est donc ce commando qui a débarqué jeudi sur les bords du Djoliba, à la suite de l'ancien président nigérien Goodluck Jonathan qui y avait conduit une imposante délégation composée notamment du président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou, et d'experts des questions juridiques. Un Goodluck qui, malheureusement, n'a pas eu la chance escomptée, puisque, 72 heures durant, il aura tenté en vain de rapprocher les positions, particulièrement tranchées, des différents protagonistes. Constat d'échecs donc successifs même si personne ne veut utiliser ce vilain mot.

Dans ces conditions, on se demande si le sommet 2.0 pourra faire bouger les lignes là où les échanges vis-à-vis et les yeux dans les yeux n'ont rien donné. Et pourtant, à Bamako, la semaine dernière les chefs d'Etat avaient préconisé aux deux partie des concessions, parmi lesquelles la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, avec une clé de répartition déjà actée de 50% pour la majorité présidentielle, 30% pour l'opposition, 20% pour la société civile, et l'instauration d'une nouvelle Cour constitutionnelle chargée d'examiner en priorité le litige électoral sur les résultats des législatives de mars-avril qui avaient mis le feu aux poudres.

Seule ligne infranchissable pour Mahamadou Issoufou et ses pairs, la démission d'Ibrahim Boubacar Kéita que réclame à cor et à cri le Mouvement du 5-juin. Une revendication pourtant jugée jusque-là non négociable par le Rassemblement des forces progressistes qui, du reste, a reconnu par la voix de son chef, l'imam Mahamoud Dicko, qu'il n'y a vraiment pas eu d'avancée. Or, on voit mal l'organisation sous-régionale accéder à cette requête au risque que ça entraîne un effet domino dans bien d'autres pays.

On a bien peur donc que les chassés-croisés de la CEDEAO ne soient que pures gesticulations diplomatiques pour au moins donner l'illusion d'être au chevet d'un des ses membres malade. Mais pour ce qui est des résultats, on est bien curieux de voir si ce sommet virtuel qui se tient aujourd'hui aura plus d'effet que le Be-to-Be de l'autre jour. Et si, comme on le craint, les positions des uns et des autres n'évoluent pas, on repartira, après la « trêve du mouton » décrétée par le M-5 pour permettre aux musulmans de fêter sereinement la Tabaski, dans un cycle de violences et de pressions à l'issue incertaine. La situation est d'autant plus explosive que les journées surchauffées de la première décade du mois de juillet avaient fait 11 morts et plus de 120 blessés.

Plus de: L'Observateur Paalga

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