Congo-Kinshasa: Révélations de Mabi Mulumba sur le Franc congolais

27 Juillet 2020

La bataille des chiffres est totalement engagée sur les places financières de Kinshasa, avec en point de mire le taux de change du franc congolais, notamment sa mauvaise tenue par rapport au dollar américain ces deux dernières semaines. Selon certains politiciens sortis du bois pour les besoins de la cause, la santé précaire de la monnaie nationale serait essentiellement liée non pas aux effets pervers du coronavirus sur les économiques de toutes les nations de notre planète, mais plutôt à la mauvaise gouvernance au sommet de l'Etat, sans plus.

La crise sanitaire ne serait, à leurs yeux, qu'un prétexte pour justifier la descente aux enfers du franc congolais. Pendant que des « experts » de tous bords s'emploient à distiller des analyses fort pessimistes sur l'avenir économique de la RDC, un acteur inattendu vient de s'inviter au débat. Il s'agit du professeur Evariste Mabi Mulumba, sénateur en activité, professeur d'universités, ancien ministre des Finances, Premier ministre et Président de la Cour des Comptes mais, surtout, économiste très respecté dans les milieux universitaires et politiques.

L'éminent professeur y va aussi avec des chiffres, mais pas n'importe lesquels. Evariste Mabi rappelle, par exemple, qu'à l'avènement du franc congolais, en 1998, en remplacement des « Nouveaux Zaïres » de Mobutu, que les chantres du changement avaient continué à faire consommer aux Congolaises et Congolais deux ans après la chute du dictateur, la parité de la nouvelle monnaie par rapport au dollar était de 1,30 FC.

Mais à sa mort par assassinat, en janvier 2001, le franc congolais s'échangeait à 311,60 FC contre un dollar, soit un taux de dépréciation de l'ordre de 300,69 %.

Son successeur et fils, Joseph Kabila, après 18 ans de pouvoir, avec ses programmes de développement baptisés d'abord « Les 5 Chantiers de la République » (2006-2011) puis « Révolution de la Modernité » (2011-2019), a quitté le pouvoir en laissant derrière lui le franc congolais à 1.637,79 FC contre un dollar américain, soit 425,60 % de dépréciation.

Selon le professeur Mabi toujours, la dépréciation actuelle de la devise nationale, qui fait couler tant d'encre et de salive, ne se situe qu'à 19,77 %. Elle est liée, a-t-il expliqué, à la crise sanitaire mondiale provoquée par le coronavirus, responsable de la chute des exportations et partant des recettes en devises étrangères. Il y a aussi la baisse sensible des recettes fiscales, douanières, administratives et autres.

Que dire des révélations de ce sénateur sinon que ceux qui imputent à l'actuel leadership national la responsabilité personnelle de la dépréciation de la monnaie nationale n'ont de repères par rapport au passé ou refusent de jeter un coup d'œil objectif sur la situation économico-financière nationale, hier et aujourd'hui. Avec les chiffres sous examen, il appartient à chacun d'observer le gouffre dans lequel Félix Antoine Tshisekedi a trouvé le pays et les défis à relever pour le remettre sur les rails, avec comme handicap principal du moment, la Covid-19. L'autre grand challenge à gagner par le Président de la République, c'est celui de la chasse aux antivaleurs (corruption, détournement des deniers publics, coulage des recettes publiques, etc).

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