Afrique: Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS lors de la réunion d'information aux États Membres sur la Covid-19 - 9 juillet 2020

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Mesdames et Messieurs les Ministres, Excellences, chers collègues et amis,

La pandémie de COVID-19 n'a épargné aucun pays. Elle nous a enseigné l'humilité.

On dit souvent que les maladies ne connaissent pas de frontières. Elles ne se soucient pas de nos différences politiques et elles se moquent des distinctions que nous faisons entre la santé et l'économie, entre la vie et les moyens de subsistance.

La pandémie de COVID-19 les a toutes effacées.

Elle a exploité les inégalités dans nos systèmes de santé et les dissensions qui fracturent nos sociétés. Elle a fait ressortir les inégalités existantes en élargissant et en approfondissant les fissures entre nous.

Cette pandémie comme on n'en voit qu'une par siècle nous a obligés à prendre conscience d'un enseignement fondamental : quand il s'agit de la santé, nos destins sont indissociables.

Le virus a bouleversé les systèmes de santé dans certains des pays les plus riches du monde, tandis que d'autres, aux moyens plus modestes, ont mis en place une riposte réussie.

Nous savons que lorsque les pays adoptent une démarche globale reposant sur des mesures fondamentales de santé publique - comme la recherche, l'isolement, le dépistage et le traitement des cas, ou encore la recherche et la mise en quarantaine des contacts -, il est possible de maîtriser l'épidémie.

Cependant, dans la plupart des pays du monde, le virus n'est pas maîtrisé. La situation empire.

Ainsi, plus de 11,8 millions de cas de COVID-19 ont été notifiés à l'OMS. Plus de 544 000 personnes ont perdu la vie.

Et la pandémie continue d'accélérer.

Le nombre total de cas a doublé au cours des six dernières semaines.

Depuis le début de cette flambée, sous l'impulsion d'agents de santé héroïques, les pays ont travaillé sans relâche, jour et nuit, pour sauver des vies.

Je n'oublierai jamais les images de ces agents de santé qui ont porté un masque si longtemps pendant leur service qu'ils en avaient des marques et des ecchymoses sur le visage. Ils sauvent des vies en risquant la leur. Nous avons perdu beaucoup d'agents de santé.

Cela a également ému les collègues du Secrétariat de l'OMS qui travaillent d'arrache-pied pour coordonner la riposte mondiale, fournir des orientations scientifiques et techniques fondées sur des données probantes et mobiliser la recherche. Beaucoup de mes collègues m'ont dit puiser leur inspiration en pensant aux agents de santé en première ligne, qui se battent jour et nuit au péril de leur vie. C'est pour cette raison qu'à l'OMS, nous travaillons jour et nuit.

Tout le monde combat avec force le virus, mais tant de vies ont été perdues.

Cependant, les effets de la pandémie sur la santé vont bien au-delà des souffrances causées par le virus lui-même.

Elle détricote bon nombre des avancées que nous avons réalisées en luttant contre certaines des maladies les plus dévastatrices au monde.

Des centaines de millions d'enfants risquent de ne pas profiter de la vaccination systématique contre la tuberculose, la pneumonie, la rougeole, la poliomyélite, le choléra, la diarrhée et d'autres maladies. Beaucoup de pays sont en train d'épuiser leurs stocks de médicaments contre le VIH.

Les réfugiés comptent parmi les plus vulnérables face à la pandémie, eux qui éprouvent déjà des difficultés pour accéder à un abri adéquat, à l'eau, à la nourriture, à l'assainissement et aux services de santé. La COVID-19 pourrait les pousser au bord du gouffre.

De même, partout dans le monde, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, beaucoup plus de personnes souffrent maintenant de la faim. La pauvreté nous apparaît désormais au grand jour et le Programme alimentaire mondial estime que la faim dans le monde pourrait progresser pour toucher plus de 270 millions de personnes. Ce ne sont pas des chiffres : ce sont des gens.

Tandis que les pays sont aux prises avec cette menace sans précédent, ils doivent garantir un équilibre fragile entre, d'une part, la protection de leur population et le maintien des services de santé essentiels et, d'autre part, l'obligation de minimiser les dommages sociaux et économiques et de respecter les droits humains.

Il n'y a pas de réponses faciles. Il n'y a pas de solutions rapides.

Pourtant, certains pays ont maîtrisé le virus. Nous devons apprendre de leur expérience et suivre leur exemple.

En tant que communauté mondiale, nous devons tirer les leçons des efforts positifs déployés pour éliminer le virus et des enjeux que cette épreuve d'ampleur planétaire a fait naître.

Les dégâts subis ont montré sans le moindre doute qu'un système de santé solide constitue la meilleure défense contre les urgences sanitaires. Un système de santé solide est un système de santé résilient.

C'est pour cette raison que les autorités nationales et locales doivent investir dans la préparation et dans les fonctions essentielles de santé publique.

La couverture sanitaire universelle est essentielle à notre sécurité sanitaire mondiale collective. La réponse passe par la santé pour tous, qui est la marque de fabrique de l'OMS depuis plus de 70 ans.

De chaque poussée épidémique de l'histoire récente, nous avons tiré des enseignements qui nous ont appris à mieux nous protéger. De même, le monde a fait des progrès dans la préparation face aux pandémies. Cependant, il est également évident qu'il nous reste beaucoup à faire.

Pendant des années, nous avons été nombreux à mettre en garde contre une pandémie catastrophique de maladie respiratoire que nous jugions inévitable. Des personnes du secteur de la santé et même en dehors de celui-ci, ainsi que nos dirigeants ont mis en garde contre une pandémie catastrophique.

La question n'était pas de savoir si elle allait se produire, mais quand.

Pourtant, malgré tous les avertissements, le monde n'était pas prêt.

Nos systèmes n'étaient pas prêts.

Nos communautés n'étaient pas prêtes.

Nos chaînes d'approvisionnement se sont effondrées.

L'heure est venue de mener une réflexion très honnête.

Nous devons tous nous regarder dans le miroir - l'OMS, chaque État Membre, tous ceux qui participent à la riposte. Tout le monde.

Nous menons en ce moment le combat de notre vie et nous devons faire mieux. Pas seulement maintenant, mais pour l'avenir. Parce que ces menaces ne s'arrêteront jamais et, selon toute vraisemblance, elles s'aggraveront. Mais nous avons la solution entre nos mains : c'est à nous qu'il incombe de choisir.

Nous devons examiner la performance de nos systèmes nationaux de surveillance et de riposte, la façon dont nous avons partagé l'information avec nos communautés et la question de savoir si nous avons gagné leur confiance, la façon dont nous avons gouverné et la question de savoir si nous structurons la santé mondiale en fonction de nos besoins. Tous ces points sont très importants. Toutefois, il est plus important encore que nous nous demandions si nous sommes prêts à avoir une réflexion honnête, chacun d'entre nous, tout le monde. Sommes-nous prêts à tirer les leçons capitales et pouvons-nous le faire en toute honnêteté ?

En mai, la communauté internationale s'est réunie pour la première Assemblée mondiale de la Santé virtuelle.

Nos 194 États Membres ont adopté une résolution historique qui reconnaissait le rôle de chef de file de l'OMS et celui du système des Nations Unies dans la coordination de la riposte globale mondiale.

Elle en appelait aux États membres pour qu'ils mettent en œuvre une démarche qui fasse intervenir tous les services de l'État et tous les secteurs de la société afin d'assurer une riposte mondiale plus cohérente, plus juste et plus efficace.

Elle en appelait à une distribution équitable des vaccins, des produits de diagnostic et des traitements.

Conformément à notre appel en faveur d'un examen a posteriori, les États Membres ont également convenu que l'OMS devrait entreprendre une évaluation indépendante et exhaustive des enseignements tirés de la riposte sanitaire internationale à la COVID-19.

C'est ici l'occasion de mener un exercice d'introspection, d'examiner le monde dans lequel nous vivons et de trouver des moyens de renforcer notre collaboration pour sauver des vies et maîtriser cette pandémie.

Nous avons maintenant une occasion unique de nous prouver mutuellement qu'ensemble, nous valons plus que la somme de nos individualités.

L'ampleur de cette pandémie, qui a touché presque chaque habitant de la planète, appelle incontestablement une évaluation qui soit à sa mesure. Une évaluation honnête.

Il ne s'agit pas d'un simple rapport destiné à cocher une case avant d'être remisé sur une étagère pour y prendre la poussière. C'est un exercice que nous prenons au sérieux. Nous apprenons honnêtement et nous veillons aussi à donner suite aux conclusions dans un souci d'honnêteté à l'égard de l'évaluation, du suivi et de la mise en œuvre.

Dans cette optique, je suis fier d'annoncer que l'ancienne Première ministre de la Nouvelle-Zélande, Helen Clark, et l'ancienne Présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, ont accepté de coprésider le comité d'évaluation, que nous appelons Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie (GIPR).

Mme Clark a dirigé le Programme des Nations Unies pour le développement. Mme Sirleaf est lauréate du prix Nobel de la paix. Elles prendront la parole dans quelques instants. Le fait que ces deux éminentes personnalités aient relevé le défi et accepté de diriger le groupe d'évaluation m'a empli de fierté.

Mme Helen Clark et Mme Ellen Johnson Sirleaf ont été choisies à l'issue d'une vaste consultation informelle avec les États Membres et des experts mondiaux. Je ne peux imaginer meilleur choix que ces responsables au caractère ferme et indépendant pour nous guider tout au long de ce processus décisif d'apprentissage, pour nous aider à comprendre ce qui s'est passé - une évaluation honnête - et pour nous aider à comprendre aussi ce que nous devrions faire pour prévenir une telle tragédie à l'avenir. Il s'agit donc, pour la communauté internationale, de dire collectivement « plus jamais » à ce genre de tragédie.

Je vous remercie toutes les deux, Mme Clark et Mme Sirleaf, d'avoir accepté de diriger ce groupe important. Du reste, j'ai hâte de travailler avec vous et de vous apporter toute l'aide possible, de mettre l'OMS à votre disposition comme un livre ouvert, afin que vous puissiez avoir un accès complet à toute l'information et voir ce qui a été fait. J'en appelle également à tous les États Membres pour qu'ils fassent de même, de manière à ce que nous appréhendions honnêtement et correctement la situation.

Je propose ce qui suit sur la façon dont le groupe peut faire avancer ses travaux.

Le mandat du groupe sera élaboré en consultation avec les États Membres, sous la direction des coprésidentes.

Je propose que les coprésidentes choisissent les autres membres du groupe.

Nous encourageons tous les États Membres à proposer aux coprésidentes des candidats de premier plan capables d'assumer leur rôle au sein du groupe. Disposer d'une liste plus longue contribuera à retenir pour le groupe les meilleurs membres qui pourront épauler nos éminentes coprésidentes.

Je propose également que le secrétariat du groupe soit indépendant. Par le passé, notre service d'évaluation interne a fait office de secrétariat dans le cadre d'évaluations indépendantes, mais il s'agit d'une situation tout à fait inédite et je propose que nous envisagions la possibilité d'avoir un secrétariat indépendant qui rende compte aux deux coprésidentes et au groupe.

Afin de tenir les États Membres informés des progrès et des conclusions provisoires, je propose de tenir chaque mois une séance d'information pour les missions diplomatique dans le but de faire le point sur la mise en œuvre de la résolution et à des fins de consultation.

J'ai également consulté le Dr Harsh Vardhan, le Président du Conseil d'administration, dans le contexte de l'urgence de santé publique en cours et sans précédent liée à la COVID-19. Conformément à ce que le Dr Vardhan et moi-même avons convenu, je propose de convoquer une session extraordinaire du Conseil d'administration en septembre pour discuter des progrès et donner des orientations.

En novembre, nous reprendrons l'Assemblée mondiale de la Santé et le Groupe indépendant présentera un rapport intérimaire.

En janvier, le Conseil d'administration tiendra sa session ordinaire, au cours de laquelle nous approfondirons la discussion à propos des travaux du groupe.

En mai de l'année prochaine, à l'Assemblée mondiale de la Santé, le groupe présentera son rapport de fond reprenant ses conclusions sanitaires.

Bien sûr, il s'agit de grandes étapes jusqu'en mai de l'année prochaine, mais les coprésidentes du groupe se prononceront sur les modalités pratiques et sur les besoins pour la suite.

Tandis que le groupe indépendant d'évaluation mènera à bien ses travaux, certains éléments nous offrent d'ores et déjà une possibilité d'action immédiate, comme l'examen universel par les pairs et le caractère binaire de l'urgence de santé publique de portée internationale dans le Règlement sanitaire international, sur lesquels nous avons déjà commencé à travailler. Les États Membres discutaient de ce point et nous devons aller de l'avant.

Le Comité consultatif de surveillance indépendant du Programme OMS de gestion des situations d'urgence sanitaire poursuivra lui aussi ses activités actuelles. Vous n'ignorez pas qu'il a déjà établi un rapport sur ses travaux de janvier à avril.

Tout en combattant la pandémie en cours, nous devons nous préparer aux futures flambées épidémiques au niveau mondial et aux nombreux autres défis de notre temps, comme la résistance aux antimicrobiens, les inégalités et la crise climatique.

La COVID-19 a prélevé un lourd tribut, mais elle est aussi l'occasion pour nous de rompre avec le passé et de reconstruire en mieux. Je veux y voir une occasion. C'est une crise, certes, mais de la crise naissent les occasions.

Nous ne pouvons pas revenir à notre façon de procéder d'avant, mes amis. Le statu quo est un échec.

Il ne peut s'agir d'un groupe de haut niveau parmi d'autres, appelé à publier un rapport qui ira directement aux archives.

Ensemble, nous devons ouvrir un débat d'envergure mondiale pour donner corps à ces enseignements durement acquis.

Mes amis, ne nous y trompons pas. La plus grande menace qui pèse sur nous ne vient pas du virus lui-même.

Elle vient plutôt du manque de leadership et de solidarité aux niveaux mondial et national. Voilà pourquoi j'affirme que chacun et chacune se doit de mener sa propre réflexion. C'est une tragédie qui nous contraint à nous priver de beaucoup de nos amis et qui coûte la vie à de nombreuses personnes. Or, nous ne pourrons pas vaincre cette pandémie en étant divisés.

La pandémie de COVID-19 met à l'épreuve la solidarité et le leadership à l'échelle mondiale. Le virus se nourrit de la division, mais il recule dès lors que nous nous unissons.

Comment expliquer que l'humanité ait des difficultés à s'unir et à combattre un ennemi commun qui tue sans discernement ? Sommes-nous incapables de reconnaître l'ennemi commun ou de l'identifier ? Ne pouvons-nous pas comprendre que le virus tire parti de nos divisions et de nos fractures ? Je crois qu'il est de mon devoir de vous le rappeler, parce que nous savons tous que ce sont points fondamentaux.

J'espère que cette crise qui marque notre époque rappellera également à tous que la meilleure voie à suivre - et la seule voie à suivre - est celle de l'unité. Ce sont des points fondamentaux, mais ils ont passé l'épreuve du temps. « L'unité » est la solution si nous ne voulons pas donner l'avantage à l'ennemi, au virus, qui a pris le monde en otage. Cela doit cesser.

Nous allons maintenant écouter nos coprésidentes, Mme Helen Clark, ancienne Première ministre, et Mme Ellen Johnson Sirleaf, ancienne Présidente et lauréate du prix Nobel.

Je sais que, grâce à vous, le monde comprendra la vérité sur ce qui s'est passé et trouvera les solutions pour mieux construire notre avenir à l'appui d'une humanité unie.

Je vous remercie.

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