Afrique: Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS au point presse sur la Covid-19 - 13 juillet 2020

Bonjour, bon après-midi et bonsoir.

Hier, 230 000 cas de COVID-19 ont été notifiés à l'OMS, dont près de 80 % dans à peine 10 pays et 50 % dans deux pays seulement.

Bien que le nombre de décès quotidiens demeure relativement stable, les sources d'inquiétude sont multiples.

Comme vous le savez, tous les pays sont exposés au virus, mais tous n'ont pas été touchés de la même manière.

On peut globalement distinguer quatre scénarios qui se jouent à l'heure actuelle dans le monde.

Le premier concerne les pays qui étaient vigilants et conscients des dangers : ils se sont préparés et ont réagi rapidement et efficacement aux premiers cas. Cela leur a permis d'éviter jusqu'à présent des flambées de grande ampleur.

Plusieurs pays de la région du Mékong, du Pacifique, des Caraïbes et d'Afrique entrent dans cette catégorie.

Leurs dirigeants ont pris cette situation d'urgence à bras-le-corps et ont communiqué efficacement avec leur population à propos des mesures qu'il convenait de prendre.

Ils ont mis en place une stratégie globale pour trouver, isoler, tester et soigner les cas, et pour rechercher et mettre en quarantaine les contacts, de sorte qu'ils ont pu supprimer le virus.

Le deuxième scénario concerne les pays qui ont connu une flambée de grande ampleur et l'ont maîtrisée en associant un leadership solide et l'acceptation par la population des mesures fondamentales de santé publique.

De nombreux pays, en Europe et ailleurs, ont apporté la preuve qu'il était possible de maîtriser les flambées de grande ampleur.

Dans ces deux premiers scénarios, où les pays ont bel et bien supprimé le virus, les dirigeants ouvrent leurs sociétés par étapes et en s'appuyant sur des données, en adoptant une approche globale de santé publique et avec l'appui de personnels de santé efficaces et l'adhésion de la communauté.

Le troisième scénario auquel nous assistons est celui dans lequel des pays qui ont surmonté le premier pic de l'épidémie sont maintenant aux prises avec une remontée et une accélération du nombre de nouveaux cas après avoir assoupli les restrictions.

Dans plusieurs pays à travers le monde, nous constatons maintenant une augmentation dangereuse du nombre de cas et les services hospitaliers se remplissent à nouveau.

Il semblerait que de nombreux pays perdent les progrès réalisés, faute de mettre en oeuvre ou de suivre les mesures d'atténuation des risques qui ont fait leurs preuves.

Le quatrième scénario concerne les pays dont la flambée épidémique est en phase de transmission intense.

C'est la situation que nous constatons à travers les Amériques, en Asie du Sud et dans plusieurs pays d'Afrique.

L'épicentre du virus reste dans les Amériques, où ont été enregistrés plus de 50 % des cas à l'échelle mondiale.

Cependant, les deux premiers scénarios nous ont appris qu'il n'est jamais trop tard pour maîtriser le virus, même en cas de transmission fulgurante.

Dans certaines villes et régions où la transmission est intense, des restrictions strictes ont été remises en place pour maîtriser l'épidémie.

L'OMS s'engage à travailler avec tous les pays et tous les peuples pour endiguer la transmission, réduire la mortalité, épauler les communautés pour qu'elles se protègent elles-mêmes et protègent les autres, et soutenir un leadership et une coordination solides de la part des pouvoirs publics.

Je vais être direct : trop de pays vont dans la mauvaise direction.

Le virus reste l'ennemi public numéro un, mais cela ne se voit pas dans les actions de nombreux gouvernements et de nombreuses personnes.

Le virus n'a qu'un seul but : trouver des gens à infecter.

Les messages contradictoires des dirigeants sapent l'ingrédient le plus essentiel de toute riposte : la confiance.

Si les pouvoirs publics ne communiquent pas clairement avec les citoyens et ne mettent pas en place une stratégie globale visant à enrayer la transmission et à sauver des vies ;

Si les populations ne respectent pas les principes de santé publique de base que sont la distanciation physique, le lavage des mains, le port du masque, les consignes à suivre quand on tousse et l'isolement à domicile quand on est malade ;

Si ces principes fondamentaux ne sont pas respectés, l'épidémie ne peut prendre qu'une seule direction :

Elle va empirer, encore et encore.

Mais cela ne doit pas être une fatalité.

Chaque dirigeant, chaque gouvernement et chaque individu peuvent faire leur part pour briser les chaînes de transmission et mettre fin à la souffrance collective.

Je ne dis pas que c'est facile, parce qu'il est évident que ce ne l'est pas.

Je sais que de nombreux dirigeants travaillent dans des circonstances difficiles.

Je sais qu'il y a d'autres difficultés sanitaires, économiques, sociales et culturelles à mettre dans la balance.

Pas plus tard qu'aujourd'hui, la dernière édition de l'État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde a été publiée. Les auteurs de ce rapport estiment que près de 690 millions de personnes souffraient de la faim en 2019.

Bien qu'il soit prématuré d'évaluer l'ensemble des répercussions de la COVID-19, le rapport estime que 130 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à la faim chronique d'ici la fin de l'année.

Il n'existe pas de solution de facilité pour sortir de cette pandémie.

Nous espérons tous qu'il y aura un vaccin efficace, mais nous devons nous concentrer sur l'utilisation des outils dont nous disposons maintenant pour enrayer la transmission et sauver des vies.

Nous devons parvenir à une situation durable dans laquelle nous aurons une bonne maîtrise de ce virus sans verrouiller complètement nos vies ni passer de confinement en confinement, ce qui a de très profondes répercussions sur les sociétés.

Je veux être franc avec vous : il n'y aura pas de retour à l'« ancienne normalité » dans un avenir prévisible.

Il existe néanmoins une série de points de repère qui peuvent nous mener à une situation dans laquelle nous sommes en mesure de maîtriser la maladie et de continuer à vivre nos vies.

Cependant, cela passera par trois éléments :

Premièrement, s'attacher tout particulièrement à réduire la mortalité et à enrayer la transmission.

Deuxièmement, veiller à ce que la population soit responsabilisée et participe à la riposte de sorte que chacun adopte un comportement qui aille dans l'intérêt d'autrui.

Troisièmement, nous avons besoin d'un leadership fort de la part des pouvoirs publics, qui passe par la coordination de stratégies globales, communiquées clairement et de façon cohérente.

On peut y arriver. On doit y arriver. Je l'ai déjà dit et je vais continuer de me répéter :

Peu importe l'endroit où un pays se situe sur la courbe épidémique, il n'est jamais trop tard pour prendre des mesures déterminantes.

Mettre en œuvre les principes fondamentaux et collaborer avec les dirigeants communautaires et tous les intervenants pour diffuser des messages clairs de santé publique.

Nous n'étions pas préparés collectivement, mais nous devons utiliser tous les outils dont nous disposons pour maîtriser cette pandémie et nous devons le faire sans plus attendre.

Ensemble, nous devons accélérer au plus vite le rythme de la recherche scientifique, trouver des solutions communes à la COVID‑19 et, grâce à la solidarité, construire une riposte mondiale cohérente.

Science, solutions et solidarité.

Je vous remercie.

Plus de: WHO

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.