Afrique de l'Ouest: Sortie de crise au Sahel - Les recommandations du chercheur Olivier Ginolin

Dans son rapport intitulé « État de la situation sécuritaire au Sahel à l'aune de la multiplication des sources conflictuelles », Olivier Ginolin, analyste au sein de la Commission sécurité & défense internationales de l'Institut d'études de géopolitique appliquée fait des recommandations pour une solution de sortie de crise dans la région.

Il a rappelé que l'année 2020, débutée avec le sommet de Pau en janvier a sans doute permis de redynamiser les efforts accomplis depuis 2013 pour stabiliser l'avancée djihadiste au Sahel. Selon l'auteur, la disparition récente de l'un des principaux chefs d'Aqmi permettra sans doute de gagner un temps précieux pour réorganiser dans les semaines et les mois qui viennent les actions anti-terroristes qui meurtrissent toute cette région. M. Ginolin soutient que la neutralisation de l'émir est aussi le signal pour les autres composantes du Gsim (comme pour l'Eigs) que les renseignements militaires français et alliés sont désormais capables avec des moyens renforcés (notamment les drones Reaper) de porter des coups stratégiques au plus haut niveau des organisations terroristes. Cette pression militaire, explique-t-il, sera d'autant plus forte d'ici quelques mois quand la task force Takuba sera pleinement déployée.

Pour autant, analyse-t-il, de nombreuses questions restent en suspens sur la manière dont réagira le Gsim dirigé par Iyad Ag Ghali (qui fédère outre Aqmi, la Katiba Macina et Ansar Eddine) et a qui le président malien Ibrahim Boubacar Keïta avait proposé en début d'année de nouer un dialogue pour trouver une sortie politique au conflit.

Parallèlement, poursuit Olivier Ginolin, la question se pose aussi de savoir dans quelle mesure l'EIigs qui tente désormais de s'imposer face au Gsim en particulier au Liptako-Gourma, va réagir face à la désorganisation de l'une des factions de son rival djihadiste. Il souligne que le contexte sanitaire et humanitaire (sècheresse prévue et pandémie de Covid-19) va certainement avoir également un impact sur l'évolution du contexte politique et sécuritaire au Sahel.

«Alors que les pouvoirs centraux peinent à endiguer les exactions des groupes criminels et djihadistes, le nombre de civils déplacés va continuer d'augmenter en 2020. Les opinions publiques des pays du G5 Sahel seront alors « travaillées » par cette situation et cela aura probablement des impacts directs sur les différents processus électoraux prévus en fin d'année, comme en Côte d'Ivoire (de nouveau meurtrie par des attaques terroristes) ou au Niger (qui se transforme peu à peu en point de jonction des zones d'influences des différents groupes djihadistes) », lit-on dans le rapport.

Enfin, il faut aussi noter que dans la stratification complexe des problématiques sahéliennes, poursuit-il, la Russie semble vouloir depuis quelques mois jouer également un rôle dans cette région (riche par ailleurs en ressources naturelles). Selon M. Ginolin, plusieurs axes de coopération ont été renforcés fin 2019 avec les autorités maliennes.

Il a rappelé que cela s'est déjà concrétisé par un soutien militaire russe (vente de matériel, présence du groupe Wagner officiant également en Libye), ainsi que par des jeux d'influences auprès de l'opinion publique malienne, en alimentant l'automne dernier le ressentis anti-français présent chez certains groupes d'opposition (Patriotes). «Pour toutes ces raisons, l'année 2020 sera sans doute décisive pour le devenir du Sahel en fonction de l'évolution de l'enchevêtrement des différentes problématiques qui le traversent et le fragilisent (sécurité, pénurie alimentaire, pandémie sanitaire, stabilité politique, etc.).

Une seule chose reste certaine à ce jour, c'est qu'il faudra tout à la fois poursuivre un engagement militaire soutenu, financer des centaines de projets de développement et de coopération en direction des populations civiles, et favoriser la régénérescence politique et démocratique au sein des pays du G5 Sahel, pour espérer entrevoir à moyen terme, une sortie de crise pacifiée et pérenne », recommande Olivier Ginolin.

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