Niger: Salim Salim Zanguina, jeune nigérien de 38 ans, candidat à la présidentielle - "Être un jeune candidat à une présidentielle n'est pas facile en Afrique"

27 Juillet 2020

Salim Salim Zanguina, jeune nigérien de 38 ans, candidat à la présidentielle de décembre 2020, explique qu'il faut d'abord inspirer confiance, avoir un programme efficace et surtout avoir les moyens financiers.

En Côte d'Ivoire, l'ex-chef d'Etat, Henri Konan Bédié, a été désigné ce lundi, candidat à la présidentielle d'octobre par son parti, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire, (PDCI), principal mouvement d'opposition.

Critiqué pour son âge, 86 ans, celui qu'on surnomme le "Sphinx de Daoukro" estime au contraire que "l'âge est un atout". L'âge réunit l'expérience et aussi la compétence, a déclaré Henri Konan Bédié.

L'annonce de sa candidature soulève de nouveau, le problème de la classe politique vieillissante en Afrique. Certains se demandent à quand la fin de la vieille garde politique sur le continent ?

Mais, être un jeune candidat à une élection présidentielle, n'est pas une chose facile, nous explique Salim Salim Zanguina. A 38 ans, il est candidat à la présidentielle de décembre prochain au Niger pour le compte du Front d'Organisation Responsable, Citoyen et Engagé pour le Niger, Force Niger Jagorantchi.

Lorsqu'on nous parle d'âge comme critère d'expérience, nous disons non. Parce qu'aujourd'hui, les leaders africains, l'expérience dont ils se targuent souvent n'est pas une expérience au service de leur pays. Au contraire, c'est une expérience par rapport à l'exploitation de leur pays. Nous avons cette génération de politiciens d'un certain âge qui a été aux commandes de leur pays depuis les conférences nationales et qui, jusqu'à présent, peinent à amorcer le développement de nos pays, le développement de nos nations. Alors de quelle expérience est ce qu'on nous parle?

Vous avez 38 ans, vous avez décidé d'être candidat à la présidentielle de votre pays, le Niger. Ce qui n'est pas le cas dans beaucoup de pays. Pourquoi justement, on manque de candidatures de jeunes?

Déjà, il y a, je pense, les préjugés. C'est-à-dire que cette classe politique vieillissante, dépassée, a réussi à inculquer à l'esprit des jeunes que, lorsqu'on est jeune, il faut attendre que les vieux finissent leur temps pour monter sur le podium. Ils ont réussi à nous mettre dans la tête que pour briguer la présidence de nos États, il fallait être milliardaire. Ils ont réussi à nous inculquer beaucoup d'autres faiblesses. Ils ont réussi à diminuer notre foi en nous-mêmes.

Lorsqu'on décide, comme vous, de se lancer. Quelles sont les difficultés auxquelles on est confrontées?

Déjà, je pense que la première difficulté c'est réussir à inspirer confiance. Parce qu'aujourd'hui, au Niger, où je compte me présenter à l'élection présidentielle de 2020-2021, la première des choses, c'est vrai qu'il y a de la fascination dans le regard des citoyens, mais c'est d'abord réussir à se faire prendre au sérieux. Parce que vous avez l'impression qu'on se dit bon, ok, il est jeune, il a 38 ans, le plus jeune d'ailleurs des candidats, qu'est-ce qu'il vient faire là? Est-ce que ce n'est pas trop tôt pour lui de briguer directement la présidence de la République du Niger? Voilà un peu les premiers obstacles qu'on rencontre. Mais au-delà aussi, il y a le handicap financier. Il ne faut pas se mentir, une élection de ce niveau-là, demande beaucoup de moyens. Par exemple, nous autres qui avons décidé, justement, d'aller avec des moyens propres, le plus dur c'est réussir à mobiliser les moyens financiers et matériels nécessaires pour battre campagne. Parce que le Niger est très vaste.

Mais on peut dire aussi que les populations africaines ne sont pas prêtes à élire un jeune à la magistrature suprême?

Je pense que cela est très relatif parce que, justement, ces populations dont vous parlez aujourd'hui, sont majoritairement jeunes. Donc, ce sont des populations qui ont des attentes. Ce qui fait qu'aujourd'hui, elles se rendent compte que cette vieille classe politique est dépassée par le temps et qu'il faut donc une génération fraîche, une génération nouvelle, mais surtout une génération qu'elles comprennent.

Vous dites que les jeunes réclament que les vieux laissent la place aux jeunes. Mais on a vu par exemple dans votre pays, aux dernières élections, il y avait un jeune qui s'est porté candidat, mais il n'a pas réussi à mobiliser même 1 % des suffrages. Qu'est-ce qui peut expliquer cela ?

Le jeune dont vous parlez est un cas spécial. Personnellement, je n'ai jamais compris comment est-ce qu'on apparait sur la scène politique que pour se présenter à des élections présidentielles. Et disparaitre juste après. C'est-à-dire qu'on ne le revoit que cinq ans après sur la scène politique.

Je veux dire que lorsqu'on fait de la politique une vocation, presque une profession, cela suppose qu'après l'élection présidentielle, il faut continuer à être actif politiquement sur la scène. Cela peut justifier son faible score lors des élections présidentielles. Dans notre cas, ce qui est certain, nous l'avons dit à nos militants, nous l'avons dit à tous les dirigeants de notre parti, nous allons affronter notre baptême de feu en 2021. Mais il faut que chacun retienne que c'est le combat d'une vie que nous engageons dorénavant. Eh bien, il n'est plus question pour nous de faire marche arrière. Je pense que c'est cette démarche-là que les jeunes devraient avoir. Une vision à long terme de la politique et pas seulement une vision sur des élections. Non! Il faut animer la vie politique nigérienne. Il faut sensibiliser et former les militants, sensibiliser et informer les populations sur le changement que nous voulons apporter.

Tout à l'heure vous avez parlé de programme. Est-ce que, justement, si les jeunes ont du mal à émerger sur la scène politique, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas un programme solide, un programme qui arrive à convaincre les populations pour pouvoir mobiliser l'électorat ?

Je suis totalement d'accord avec vous et je pense que là se trouve l'un des nœuds du problème. C'est que la plupart de ses jeunes qui s'engagent en politique le font parfois avec uniquement en ligne de mire le poste politique, le prestige qui va avec, les avantages qui vont avec. Alors que non. Lorsqu'on entre en politique, lorsqu'on veut servir son pays, eh bien, on le fait sur la base d'un programme réaliste, un programme objectif et un programme efficace. Et c'est là où nous pêchons aussi. C'est ce qui permet à cette vieille classe politique de continuer à se maintenir au pouvoir.

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