Sénégal: Tontine Tabaski - Ces caisses qui soulagent les ménages

27 Juillet 2020

Pour faire face aux dépenses de la Tabaski, des personnes ont décidé de créer une tontine spéciale. La cagnotte, thésaurisée près d'une année, est partagée à quelques jours de la fête. Un système d'épargne qui rapporte aux participants des centaines de milliers de FCfa.

Dans une semaine, la Tabaski sera fêtée. Mais, pour Marème Lèye, les préparatifs ont commencé il y a bientôt un an, depuis le 1er septembre 2019, pour être précis.

À cette date, elle a commencé à verser, chaque semaine, 3500 FCfa, soit 500 FCfa par jour, dans une caisse gérée par Aminata, une femme de confiance qui habite dans le quartier.

Ouvriers, maçons et fonctionnaires y participent. Même les chômeurs y vont à leur rythme. 100 FCfa ou 250 FCfa, chacun contribue à hauteur de sa bourse. Samedi 11 juillet dernier, c'était le jour du partage de la cagnotte. Assise sur une natte étalée au milieu d'une rue du quartier Lansar, Aminata procède au dépouillement.

L'une des cogestionnaires, le carnet aux genoux et stylo en main, fait le calcul. « Astou, tu cotisais 1000 FCfa par jour, tu es à 308 000 FCfa. Le fonds de caisse sera ponctionné », indique la dame en charge du bilan.

Les railleries fusent à travers moult commentaires : « Ta fête sera belle, tu es riche ». Finis les instants de détente, la sérénité est de retour, les calculs continuent. Après Astou, d'autres ont reçu la totalité de leurs cotisations qui dépassent 250 000 FCfa pour la plupart des membres.

C'est un système d'épargne efficace, selon la responsable de la tontine. En boubou bleu, visage radieux, elle est soulagée d'avoir géré, pendant 10 mois, sans difficulté, ce système d'épargne original. « Nous nous connaissons tous ; c'est une manière de promouvoir la solidarité », dit-elle.

Les rappels à l'ordre n'ont pas manqué à cause de quelques retards, mais au final, l'argent illumine les visages. « Certains ont jusqu'à 700 000 FCfa. Cela dépend des moyens de chaque participant. Les cotisations peuvent être quotidiennes, hebdomadaires ou mensuelles », ajoute Aminata. Fierté partagée par Adji Guèye.

Teint clair, greffage noir caressant le dos, elle est prête à repartir avec une enveloppe de 10 mois de cotisation. « Je n'entre pas dans les détails », dit-elle, pour taire le montant. « Parfois, c'est difficile, mais à la fin, c'est du bonheur », confie-t-elle.

Et Adji, contente comme un enfant qui vient d'avoir le cadeau de sa vie, de poursuivre : « Je ne suis pas salariée, cette tontine est donc une opportunité pour moi. Me retrouver avec une belle somme à quelques jours de la fête me permet de gérer les dépenses ».

Au quartier Tivaouane, commune de Tivaoune-Diacksao, dans la banlieue dakaroise, Khady Diop, avec près que 80 membres, a la même mission qu'Aminata. Elle a dépouillé la veille. Les difficultés du début et de la collecte se sont muées en satisfaction et reconnaissance. « Hommes et femmes ont tous reçus leur argent.

Certains ont moins de 300 000 FCfa, d'autres plus de 500 000 FCfa. Ce système nous aide surtout pendant cette période de crise », rassure-t-elle, à l'aise sur une chaise installée à la porte de sa demeure. À l'en croire, l'avantage est que ceux qui n'ont pas les moyens de continuer sont aussitôt remboursés.

Les hommes parrainés

Les femmes sont au-devant de la scène, mais il n'y a pas qu'elles. Les hommes participent à ces « tontines Tabaski » grâce au système de parrainage. Dès le début, Marème Lèye a exposé le projet à un frère de son mari, un chauffeur, et à un voisin travaillant dans une société de téléphonie mobile.

Ils cotisaient respectivement 1000 et 2000 FCfa. Intransigeante, Marème se chargeait de rassembler, chaque dimanche, l'enveloppe de la semaine pour la déposer auprès de la gestionnaire.

La dame qui tient à la transparence prenait le soin de tout noter sur un carnet, en plus des traits inscrits sur le mur avec du charbon. Après 10 mois d'épargne, elle est toute heureuse « d'avoir aidé ». « Sans le ressentir, tu prépares bien la Tabaski.

Les hommes parrainés ont bien coopéré. Il n'y a plus de grand conflit. Aujourd'hui, ils sont sûrs de passer une belle fête », témoigne l'une des adeptes de ce système d'épargne. « Les membres que j'ai réussis à convaincre vont renouveler leur adhésion », assure Khady Diop. Elle parle d'un enseignant, d'un mécanicien et d'un gérant de mercerie.

Parmi eux, celui qui a la plus petite somme s'est retrouvé avec 290 000 FCfa. « Les hommes ne peuvent pas s'afficher ou venir s'asseoir sur la natte le jour du dépouillement, mais ils sont nombreux à s'intéresser à cette tontine.

Nous gérons, nous rendons compte et veillons aux cotisations », précise Khady. Selon elle, les effectifs augmentent d'année en année. Ainsi, de trois hommes au début, en 2016, sa liste s'est très vite élargie.

« Les informations remontées nous ont permis d'accueillir 18 hommes pour l'édition 2019-2020. Il y a des célibataires comme des mariés. Tout le monde y trouve son compte », affirme Khady, le sourire en coin. Sa gestion illumine des visages et présage une belle fête pour plusieurs familles.

Des pères de famille soulagés

« Avec près de 500 000 FCfa reçus de la tontine, je peux me passer de l'avance de la Tabaski », confie Aly Bâ, les yeux rivés sur la théière en cette matinée du dimanche.

Pour avoir élevé un mouton, le père de famille prévoit une gestion rationnelle dans ce contexte de pandémie de la Covid-19. Il ne compte pas dépenser plus de 250 000 FCfa entre l'habillement des enfants et les petits besoins de son épouse. « C'est une bouffée d'oxygène. Je ne regrette rien », insiste-t-il.

Professeur d'Histoire et Géographie dans une école du département de Guédiawaye, un autre père de famille de 48 ans, qui tient à préserver l'anonymat, participe à cette tontine pour la deuxième fois par le biais de sa femme.

La somme perçue, il ne souhaite pas la dévoiler. Toutefois, il admet être soulagé dans la gestion de la fête sans avoir trop puisé dans ses réserves. « Ma femme m'a facilité la tâche. Je ne faisais que lui remettre la cotisation hebdomadaire.

Aujourd'hui, elle mérite une belle commission », dit-il, tout heureux. Membres d'une « tontine Tabaski », M. Mbengue est mareyeur au marché aux poissons de Pikine. Après une deuxième participation, il vante les bienfaits de ce système d'épargne.

« À 20 jours de la fête, tu récupères tranquillement ton enveloppe. Tu ne subis pas la pression des amendes. Tu ne te plains pas du favoritisme dans le tirage.

Tu y vas à ton rythme. Cela m'aide beaucoup dans la préparation de la fête », dit-il. Après avoir empoché près de 456 000 FCfa, Abdou Diagne se projette déjà. Pour lui, c'est décidé, il va participer à nouveau. « C'est bénéfique pour moi et ma famille », assure-t-il.

L'achat de denrées avec les fonds de caisse

Une somme de 1000 à 2500 FCfa est ponctionnée sur l'enveloppe de chaque membre. Ces fonds de caisse, comme on les appelle, servent, chaque année, à l'achat de sacs

de pomme de terre, d'oignon et de condiments distribués équitablement aux différentes personnes. Du coup, chaque membre peut se retrouver avec 8 à 10 kilos de pomme de terre et d'oignon, mais aussi avec des bouteilles de moutarde, de vinaigre, etc. Pour l'organisatrice de cette distribution, tout se fait dans la transparence, en mettant en avant le social et la solidarité. « Nous sommes à notre cinquième année. L'initiative est appréciée de tous.

De bonnes volontés nous viennent parfois même en aide afin d'avoir plus de sacs », affirme Aminata. Ces quatre dernières années, Penda Mbaye a eu à recevoir des denrées. Des dépenses en moins pour cette mère de famille. « Huit kilos de pomme de terre et d'oignon nous suffisent.

Ce sont des trous bouchés. Notre force, c'est l'ouverture et la solidarité », commente la dame assise devant sa table remplie de tissus. C'est une bonne méthode, d'après Élimane Dieng. Le chauffeur de 37 ans fête la Tabaski en famille, dans le Baol. Avec les denrées reçus, il trouve que ce sont des dépenses en moins.

Plus de: Le Soleil

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