Madagascar: Confinement - La bourse ou la vie?

L'Etat vient d'alléger le confinement. Une mesure loin de satisfaire le secteur privé contraint de sacrifier plusieurs milliers d'emplois faute de trésorerie.

Quand cela finirat-il ? Où va-t- on? Y a-t-il encore de l'espoir après la COVID-19 ? Autant de questions auxquelles personne n'a les réponses aujourd'hui. Le confinement a duré quatre mois et peut encore durer davantage. Pour le secteur privé, c'est presque l'impasse. L'Etat n'est pas prêt à le soutenir dans cette rude épreuve.

Face à la demande du président du Groupement des Entreprises de Madagascar (GEM), Thierry Rajaona, de laisser travailler les sociétés et entreprises à condition de respecter les gestes barrières, l'Etat a donné une mince satisfaction en autorisant ceux qui veulent travailler de vaquer à leurs occupations jusqu'à 13 heures. Un assouplissement minime loin de répondre aux attentes des entrepreneurs. L'ouverture des restaurants jusqu'à 13 heures est juste dérisoire étant donné que la plupart des clients viennent à cette heure.

Le choix de l'Etat est clair. « C'est très difficile de prendre une décision. On connaît les impacts du confinement sur la vie socio-économique mais on a fait le choix de préserver la vie », a affirmé le Premier ministre, Christian Ntsay sur le plateau de la TVM. A Antsiranana, le président de la République Andry Rajoelina a conforté cette position. Entre la bourse et la vie, l'État a penché pour le plus précieux.

Le dilemme qui se pose désormais est qu'à force de vouloir à tout prix préserver la santé et la vie, on tue à petit feu les employés du privé. On tue les entreprises et les sociétés. On tue les employés. Et le bilan risque d'être mille fois plus lourd que celui de la Covid-19. Il fallait faire un choix entre les cinq-cent-mille employés du secteur privé sans compter ceux du secteur informel et les neuf- mille cas de coronavirus.

Dilemme

Le Groupement des entreprises franches a annoncé que des centaines de milliers d'emplois sont menacés si le confinement continuait indéfiniment et si l'Etat ne faisait rien à l'égard du secteur privé. Jusqu'ici, les solutions proposées par l'ensemble du secteur privé ont été rejetées par l'Etat à l'image du gel des impôts et taxes, le plan de mitigation, la mise à contribution de la CNaPS pour le paiement des salaires des employés mis au chômage technique. Comme solution, l'Etat a proposé un recours à un fonds pour redémarrer les activités. L'idée n'a pas tellement emballé les entrepreneurs.

La hantise aujourd'hui est de voir la COVID-19 s'éterniser. Pendant combien de temps les sociétés et entreprises pourront-elles encore tenir le coup, assurer le paiement des salaires de ceux qui continuent à faire tourner la machine et préserver l'emploi ?

D'un mois à l'autre la réserve de la trésorerie s'amenuise comme peau de chagrin. Pourtant certaines sociétés ont dû trancher dans le vif en mettant au chômage technique plus de la moitié du personnel. La plupart d'entre elles se trouvent aujourd'hui au bout du rouleau. Or, le bout du tunnel est loin. Partout dans le monde, la Covid-19 a repris un second souffle et accélère à une vitesse irrépressible. Après un long confinement, tout le monde a estimé qu'il fallait faire tourner coûte que coûte l'économie. L'Etat a injecté des fonds colossaux pour permettre aux entreprises et sociétés de redémarrer leurs activités. En plus, un gel des impôts et taxes a été adopté. Il faut ainsi apprendre à vivre avec le coronavirus et l'apprivoiser au lieu de ménager la chèvre et le chou et de perdre sur deux tableaux à l'arrivée.

Si on se complaît à dire qu'en termes de nombre de cas et de morts, nous sommes encore aux antipodes des pays comme les États-Unis, le Brésil, l'Italie, la Chine, l'Espagne, on n'aurait donc pas dû prendre des mesures extrêmes comme eux.

Ensuite, le coronavirus risque de devenir une maladie saisonnière qui dure toute l'année à l'image de la peste. Il serait impossible de bloquer l'économie aussi longtemps que la Covid-19 sévit.

Autant de paramètres qui poussent l'Etat à trouver d'autres solutions au delà du confinement. Au stade où se trouve la pandémie, il est impossible d'imaginer que l'on en viendra à bout, à l'issue d'une quinzaine de jours de confinement. Le dilemme reste donc coronaléen.

Plus de: L'Express de Madagascar

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