Cameroun: La sécurité au service de l'intégration régionale

La signature hier à Malabo de l'accord de coopération pour une gestion concertée de la frontière commune entre le Cameroun et la Guinée équatoriale est une étape décisive dans la consolidation des relations bilatérales.

Après une première rencontre à Yaoundé, les ministres de la Défense des deux pays viennent ainsi de finaliser les discussions entamées à l'initiative des présidents Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et qui ouvrent des perspectives prometteuses aux principaux concernés.

Etroitement liés par la géographie, l'histoire, la sociologie et tant d'autres facteurs communs, le Cameroun et la Guinée équatoriale ont intérêt à œuvrer, main dans la main, en vue de favoriser la cohabitation pacifique et de promouvoir des contacts mutuellement bénéfiques. Il serait fastidieux d'énumérer les principes et valeurs qu'ont en partage les deux entités qui, en plus d'être des pays voisins, sont membres fondateurs de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (Cemac) ainsi que du Conseil de Paix et de Sécurité d'Afrique Centrale (Copax). De part et d'autre de leur frontière commune, vivent des populations qui partagent les mêmes langues, us et coutumes.

En dépit de ces nombreuses similitudes, on a eu à déplorer, à maintes reprises, des actes de xénophobie et d'autres dérapages dont nos concitoyens sont les principales victimes. Pour diverses raisons liées, entre autres, à la montée des égoïsmes nationaux et à la peur de l'autre, il s'est même installé à la longue une sorte de méfiance qui constitue jusqu'ici le principal obstacle à l'intégration régionale en ce sens qu'il ne facilite pas le déplacement des personnes ainsi que les échanges de biens et des services. Et pourtant, des dispositifs existent au niveau diplomatique pour réguler l'entrée et le séjour des étrangers dans un pays sans mettre à mal la sécurité intérieure. A bien y regarder, Yaoundé et Malabo ont beaucoup à gagner en ouvrant davantage leur frontière commune pour favoriser le brassage des populations et les échanges commerciaux. Vue du Cameroun, la Guinée équatoriale est un marché à haut pouvoir d'achat pour l'exportation des produits agricoles et industriels. Pour les opérateurs économiques équato-guinéens, le Cameroun représente un important débouché pour la réexportation de certains produits, notamment dans le domaine des boissons et liqueurs. Il n'y a qu'à faire un tour à Kyé Osi et dans d'autres localités frontalières pour comprendre le désarroi des populations lorsque la frontière est fermée de l'autre côté et se rendre compte à quel point il est indispensable de maintenir les transactions commerciales dans une logique de complémentarité.

Mais le commerce ne peut prospérer que dans un contexte où règnent la paix et la sécurité. En renforçant leur coopération militaire, les deux ont pris la juste mesure du danger et entendent juguler par conséquent les risques et périls éventuels. Or la sécurité n'a de sens que si elle est au service de la création des richesses et de l'amélioration des conditions de vie des populations. Dans un monde de plus en plus globalisé et dans la perspective du marché unique africain, il revient aux pays d'Afrique centrale de sortir de leur relatif isolement pour se projeter dans l'espace-monde. Au-delà de la dimension sécuritaire, le rapprochement entre Yaoundé et Malabo constitue un jalon supplémentaire sur le difficile chemin de l'intégration régionale, puis continentale.

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