Madagascar: Chute importante de l'ariary face à l'euro

Ces derniers jours, le cours de la monnaie nationale a flirté avec la très symbolique barre des 1 euro pour 4 500 ariary. Pourtant, si cette situation crée l'inquiétude chez la population, la Banque centrale, elle, se veut rassurante rappelant que 65% des transactions internationales de la Grande Île se font en dollars.

À Madagascar, la conjoncture mondiale actuelle est la première raison de la dépréciation de l'ariary. Depuis le début de la crise sanitaire, les quatre secteurs d'activité grands pourvoyeurs de devises - l'industrie minière, textile, le tourisme et la pêche - ne font plus ou que très peu entrer des devises, explique le chercheur en économie Rado Ratobisaona.

« Nos produits d'exportation s'exposent à une forte baisse de prix et de volumes au niveau international puisque sur le marché international, personne ne veut plus importer à l'heure actuelle. Et au niveau national, on réalise [toujours autant] des importations incompressibles, comme le pétrole ou les médicaments que nous n'arrivons pas à produire chez nous. »

Résultat : il y a plus de sorties de devises que d'entrées. De quoi déséquilibrer un peu plus la balance commerciale du pays déjà structurellement déficitaire. En effet, en temps normal, Madagascar importe plus qu'elle n'exporte.

Vers une intervention de l'État ?

Pour l'économiste, l'État doit donc intervenir : « L'État doit mettre en placer une stratégie qui incite le rapatriement de devises que les entreprises malgaches pourraient avoir à l'étranger. De l'autre côté, il faut aussi que la politique de change de la Banque centrale permette aux entreprises étrangères exerçant une activité économique à Madagascar de retenir les devises ici dans le pays. Dans ce cas, on peut avoir une augmentation de réserve de devises. »

Interrogé, le gouverneur de la Banque centrale affirme que la prise d'un certain nombre de mesures plus coercitives est imminente. « Beaucoup d'entreprises d'exportation font de la rétention de devises », explique Henri Rabarijohn, ce qui est illégal. La législation les autorise à en garder 30%, mais le reste doit être rapatrié et cédé. « Au lieu de les rapatrier sur le marché des devises, elles les retiennent en espérant que l'ariary se dépréciera. On appelle ça tout simplement de la spéculation. Nous allons donc pousser les entreprises à se conformer à la réglementation et inciter les banques commerciales dont les clients ne respectent pas les règles à mieux travailler avec nous », précise-t-il encore.

Le dollar plus présent dans les échanges

Une réunion à ce sujet doit se tenir lundi 3 août avec tous les acteurs concernés. Par ailleurs, « cette dépréciation de l'ariary sur l'euro, ce n'est pas une catastrophe pour le pays », insiste le gouverneur qui rappelle que la majorité des échanges commerciaux se font en dollars et que l'ariary ne s'est que très faiblement déprécié par rapport à la monnaie américaine. « Les gens font une fixation sur cette dépréciation parce que de manière générale, la population a plus d'affinités avec l'euro que le dollar, du fait de connaître dans son entourage au moins une personne qui vit dans l'Union européenne. »

« Le riz qu'on importe pour combler le gap se paie en dollars. Le pétrole qu'on importe se paie en dollar. Donc il n'y a pas d'inflation importée », conclut-il enfin.

Si l'économiste Rado Ratobisaona prévoit un fort risque d'inflation sur les produits d'import comme les produits de première nécessité qui ne sont pas fabriqués sur l'île, et plus largement, une hausse du coût de la vie, le gouverneur de la Banque Centrale, lui, est plus optimiste. Il maintient qu'il ne devrait pas y avoir d'inflation sur les produits locaux, comme les fruits et légumes ou le riz.

Plus de: RFI

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