Tunisie: Education, savoir-vivre, politesse des enfants - Des qualités de plus en plus galvaudées

30 Juillet 2020

Le savoir-vivre, la bienséance et le respect d'autrui n'existent pratiquement plus.

Le métro ? C'est beaucoup plus rapide pour se déplacer en ville, même si des fois (et de plus en plus), certains automobilistes empruntent la voie pour y circuler à contre-sens ou... pour ouvrir la voie au lézard vert.

C'est à l'occasion d'un de ces déplacements que nous avions repéré un gamin qui devait avoir quatre/cinq ans et qui se plaisait à en faire voir de toutes les couleurs à sa maman. Il n'y avait pas beaucoup de monde. Le gamin grimpa sur le banc et s'efforça d'ouvrir une des fenêtres. Tout le monde le regardait faire. Personne n'osa intervenir jusqu'au moment où il put faire glisser la vitre et sortit la tête. Cela devenait dangereux. Sa mère ne broncha pas, mais un des passagers se leva, prit le gamin par la taille et le fit descendre pour fermer la fenêtre.

Et au gamin de hurler. Ses larmes se mirent à couler et sa mère ne fit qu'un bond vers celui qui osa intervenir pour prévenir un accident grave. Sortir la tête de la fenêtre d'un train ou d'un métro est un danger mortel. Tout le monde le sait. Sauf cette maman. Allez le faire comprendre à cette mère qui se lâcha. Elle traita le voyageur de tous les noms d'oiseaux en vogue.

L'homme ne savait plus où se mettre face à cette avalanche d'injures. Et comme il se taisait, sans aucun doute par respect, la bonne femme y alla davantage : «Il n'a pas le "droit" d'agir de cette manière, nous sommes dans un pays démocratique et mon fils a le droit de faire ce qu'il veut !», hurlait-elle.

Lorsqu'on couvre un mensonge

A quelques places de là une gentille petite fille était assise près de sa mère. Il y avait de plus en plus de monde. Un vieil homme tenait à grand-peine debout. Un voyageur d'âge mûr se leva pour lui céder sa place. La bonne femme regardait sans réaction. En d'autres temps, la mère aurait mis sa fillette sur les genoux et aurait offert la place à un adulte, bien plus âgé qu'elle, surtout qu'il en avait besoin.

Quelques jours après, dans un super-marché, un surveillant apostropha discrètement une femme accompagnée de son mari. Les surveillants, grâce à leurs caméras, ont vu leur fils --il devait avoir cinq/six ans-- prendre un jus de fruit, le boire et mettre l'emballage vide sur une étagère. Il lui fit comprendre qu'elle devait payer ce que son fils a consommé.

-Ce n'est pas vrai, mon fils ne fait jamais ce genre de choses. Nous allons déposer plainte.

Le surveillant fit appel au service de sécurité qui pria le couple de passer à la chambre d'enregistrement pour voir de leurs propres yeux ce qu'il reprochait au gamin. Il refusa.

-Sadry, t'as bu du jus de fruit ? Elle s'adressait à son fils en français !

-Non maman !

L'enfant mentait visiblement, mais où étaient ses parents, l'ont-ils vu et ont-ils voulu le couvrir ? Et au couple de repartir de ses jérémiades et de ses menaces. Il défendait leur fils qui a été à la hauteur de son petit mensonge, sous les yeux affectueux de ses géniteurs.

Nous sûmes quelques jours après que le patron de cette grande surface, par principe, pour faire respecter la loi, et parce que les parents ont tout nié en bloc, avait été obligé de faire appel à la police.

Fruit de la révolution ?

Samedi dernier, sur une des plages de la banlieue nord. Une maman s'affairait à préparer le biberon de son bébé. Elle tenait un thermos et ajustait la quantité d'eau quand un ballon violemment expédié par un coup de pied rageur lui fit sauter le thermos des mains. Plus d'eau, plus de biberon et pour animer davantage la scène, le ballon est allé directement en plein visage de son second enfant qui kloukait assidument une portion de pastèque. Le père vit rouge. Il engagea une course poursuite pour attraper le mauvais garnement. La maman de ce dernier entra en scène. Elle accusait le poursuivant de violences envers son fils.

-Mais il n'a rien fait. Il jouait au ballon. C'est normal sur une plage non ?

Elle prit à témoin la foule qui entoura (curiosité malsaine) l'arène et en franco-arabe essayait d'expliquer que son fils était innocent !

-On n'est plus libre. Pourquoi avons-nous( !) fait la révolution ?

Place Barcelone, un attroupement monstre autour d'un taxi. Deux candidats à la voiture jaune se battaient comme des chiffonniers sous le regard de leurs familles. Chacun prétendait qu'il avait arrêté le taxi avant et qu'il avait donc le droit d'y monter. Chemises déchirées, un filet de sang sur les lèvres de l'un d'entre eux, feront parties des trophées de guerre des deux combattants. Pour ne pas perdre de temps, leurs épouses respectives s'exerçaient à réviser leurs lexiques personnels portant sur les injures qu'elles avaient apprises lors de leur... éducation civique et morale.

Voilà quelques scènes qui sont devenues malheureusement quotidiennes et que bien des personnes ont vécu un peu partout.

Bien du travail

Cette absence de savoir-vivre, ce manque d'éducation et cette absence totale de respect sont devenus malheureusement monnaie courante.

Bien des familles pensent qu'en apprenant à leurs enfants à parler une langue étrangère, à manger avec une fourchette, à porter un jean criblé de trous, cela suffit pour leur ouvrir la porte d'entrée d'une société, malheureusement en perdition d'identité. Si bien qu'un enfant ne sait pas dire bonjour ou merci mais connaît le nom en langue étrangère d'un animal ou d'un fruit. Cela semble suffire au bonheur de ces parents. L'enfant ne demande plus. Il exige. Il ne dialogue plus, il hurle.

Nous savons tous et tout le monde le répète, pour être à la page, et faire des promesses qui jusqu'à présent n'ont pas encore été tenues, que notre système éducatif, qui commence en fin de compte dans les crèches, n'est pas au point. Tous les ministres de l'Education, de la Famille, de la Jeunesse, des Sports et tous ceux qui sont chargés de former et d'éduquer les futures générations promettent de le mettre à jour.

Il n'en est rien.

Mais il y a les bonnes manières, la façon de se tenir, de se comporter, le respect du plus âgé, des parents, des grands-parents, des voisins et de tous ceux que l'on est supposé rencontrer, à la maison et à l'extérieur, des qualités essentielles, qui sont inculquées par la famille.

Ce n'est pas toujours le cas. Malheureusement.

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