Sénégal: Marché Sandaga, ce vieux patrimoine qui résiste au temps

30 Juillet 2020

Les autorités du Sénégal envisagent de démolir une partie du marché Sandaga ce 02 aout. Une décision qui est différemment accueillie. D'une part les autorités évoquent des raisons de sécurité pour un bâtiment vieux de plus de 80 ans, d'autre part des commerçants avancent des gains et des investissements consentis sur les lieux pour justifier leur refus de déménager et enfin des défenseurs de patrimoines classés préfèrent une restauration et l'érection en musée de cet endroit symbolique et représentatif de la symbiose d'un pan de l'histoire africaine.

Des ordures accumulées à même le sol. Des échoppes qui tournent à plein régime. Des vendeurs à la sauvette qui envahissent le long des trottoirs. Des décibels distillés un peu partout autour de tas de marchandises viennent égailler l'ambiance. En cette veille de Tabaski, Sandaga ne déloge pas à la règle. Le principal marché de la capitale sénégalaise constitue une véritable attraction, pour des milliers de clients et des centaines de commerçants.

Pourtant, une partie des lieux devrait être sous peu démolie et les occupants recasés dans un centre commercial construit spécialement pour les abriter. Cette délocalisation programmée, puis reportée est source de plusieurs désaccords. D'une part, les autorités évoquent des raisons de sécurité pour justifier la démolition des lieux et d'autre part les commerçants disent ne pas être dans les dispositions de quitter l'endroit.

Poumon de l'économie informelle dans la capitale sénégalaise, plusieurs commerçants tirent leur épingle du jeu, à partir des revenus amassés, dans ce marché, à travers leur business. Installé au cœur du centre-ville de la capitale sénégalaise, le marché Sandaga est âgé aujourd'hui de plus de 80 ans (construit entre 1933 et 1935).

Il est voué à une fermeture provisoire, pour des «raisons liées à son état de dégradation avancée qui pose un problème de sécurité, pour les populations qui s'y rendent, pour vendre ou acheter», déclarait dans un arrêté le préfet de Dakar, Alioune Badara Samb. Imposant, le monument offre des aspects d'une singulière architecture bâtie sur 3 niveaux dans une superficie de 1500m2.

A l'origine, le marché Sandaga était implanté pour répondre à l'époque aux besoins spécifiques des quartiers périphériques. Il est classé par l'article 193 du Décret 66 1067 du 31 décembre 1966 du Code de l'Urbanisme en établissement public de la première catégorie. A quelques jours de la principale fête du pays, la Tabaski, les commerçants de Sandaga avaient sollicité une dérogation pour un report de la date de démolition. Le chef de l'Etat, Macky Sall a été sensible aux requêtes. La date de démolition est ainsi prorogée et est prévue dimanche 02 aout 2020.

Le préfet du département de Dakar, Alioune Badara Samb, dans un communiqué rendu public, lundi 27 juillet, réitère son appel aux occupants de Sandaga à regagner le site des Champs de Courses conformément à leur engagement. La date butoir est fixé au dimanche 02 août 2020.

Toutes les mesures sont déjà prises afin de faciliter leur recasement, particulièrement la mise à la disposition des cantines ainsi que la fonctionnalité dudit site, lit-on sur le communiqué. L'autorité prévient «passé ce délai, les emprises concernés seront libérées. Il s'agit notamment de l'Avenue Lamine Gueye ; à gauche, du rond point jusqu'à l'intersection avec la Sandiniéry. Rue Sandiniéry ; à gauche de l'intersection avec Lamine Gueye jusqu'à celle avec Emile Badiane. Emile Badiane; à gauche et à droite, du rond point jusqu'à l'intersection avec Sandiniéry prolongée».

Des démolitions plusieurs fois programmées, jamais exécutées

La première initiative visant à démolir le marché Sandaga ne date pas d'aujourd'hui. En effet, déjà en 1973, le président de la République d'alors, Léopold Sedar Senghor voulait délocaliser le marché Sandaga en banlieue. L'information avait été rapportée par le journal Le Soleil, dans sa livraison en date du mardi 04 Aout 1973.

Léopold Sedar Senghor avait pris cette décision au cours d'un conseil national de l'urbanisme. Malgré les années qui passent ce marché à l'architecture arabo-soudanaise de Tombouctou (Mali), à la décoration d'un mélange de styles arabe et africain avec ses arabesques et ses dessins géométriques tient encore debout. En 2014, la commission auxiliaire de protection civile, lors de sa visite en date du 17 juillet 2014, avait prescrit en urgence l'isolement du bâtiment principal du marché Sandaga et sa fermeture avec une clôture en vue de sécuriser les lieux. Déjà en 2013, par l'arrêté 00876/P/D/Dk du 18 octobre 2013, le marché Sandaga était fermé provisoirement, pour cause d'insécurité. N'empêche, pour Dame Niang, porte-parole des commerçants, le report de la démolition du marché est une décision salutaire. Selon lui, les commerçants n'étaient pas dans les dispositions pour déménager.

La Tabaski étant la principale fête au Sénégal, les commerçants avaient à l'avance commandé des stocks de marchandises qu'ils envisagent d'écouler avant la fête. Des produits qu'ils n'auraient pas pu vendre, s'ils avaient quitté les lieux précipitamment, relève t-il. D'autre part, il demeure persuadé qu'il sera difficile d'effectivement procéder à la démolition, deux jours après la célébration de la Tabaski. Selon lui, la majeure partie des commerçants qui enferment leurs marchandises dans les magasins passent la fête dans leurs différents villages où ils restent quelques jours auprès de leur famille.

Une réhabilitation à l'identique réclamée

Dans une déclaration Abdou Karim Fofana ministre de l'Urbanisme rappelait que Sandaga ne répond plus aux normes sécuritaires et sanitaires. Il précise que le bâtiment historique sera réhabilité ou reconstruit à l'identique. «Il n'est ainsi nullement question de conduire un projet architectural différent», avait-il précisé. Dans une contribution intitulée : «Il faut sauver le marché San-daga : restaurer n'est pas reconstruire» parue le 13 juillet 2020 dans le journal Le Soleil, Adama Aly Pam, chef archiviste de l'Unesco, ancien conservateur aux Archives du Sénégal est d'avis que la démolition-reconstruction serait l'expression d'un drame pour le patrimoine sénégalais. «Le type architectural du marché de Sandaga néo-soudano-sahélien est une synthèse de l'architecture de Tombouctou et du béton armé. Il s'agit là d'une symbiose et d'une rencontre», relève t-il.

A défaut de reconduire la fonction première dédiée à cet espace, le marché pourrait être transformé en musée agrémenté d'un espace vert. Cela mettrait fin au tout-béton et des espaces urbains arides et insalubres pour une architecture bio-climatique intégrée, plaide t-il. Des architectes réunis dans un collectif s'inscrivent dans la même logique et disent craindre dans un article paru le 03 juillet 2020, dans le journal Le Quotidien dénommé : «Maintien du patrimoine Sandaga : Le plaidoyer des architectes» à travers la démolition qu'un bâtiment classé sur la liste du patrimoine historique national ne perde son identité. Les ministères de l'urbanisme et de la culture du Sénégal ont la mission de concevoir des politiques d'aménagement de l'espace public. Cela passe par la mise en cohérence de l'espace et la protection des lieux de mémoire de sorte que les habitants se réapproprient leur environnement, soulignent ces architectes.

Plus de: Le Soleil

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