Congo-Kinshasa: Kinshasa - Lusaka - Une guerre évitée de justesse

Entre la Zambie et la République démocratique du Congo, les armes ne vont plus parler, le gouvernement congolais ayant opté pour une solution diplomatique. Le différend frontalier qui oppose les deux Etats trouve déjà une issue négociée, grâce à une commission instituée dans le cadre de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe) pour faire aboutir l'option diplomatique. L'option a été levée : que chaque camp (congolais et zambien) regagne sa position initiale, en libérant la zone occupée actuellement. Jeudi 30 juillet, à la clôture des travaux de la commission sur le terrain, certaines sources ont indiqué un début de retrait des troupes zambiennes alors que d'autres, par contre, font état d'une hésitation de la part de Lusaka. Entretemps, l'ultimatum de 7 jours lancé à la Zambie tend déjà à son expiration. Le compte à rebours a donc commencé.

À l'approche de la fin de l'ultimatum lancé à l'armée zambienne de quitter le territoire congolais qu'elle a illégalement occupé pendant quelques jours, l'on signale déjà des mouvements de retrait des troupes zambiennes, principalement dans les villages Muliro, Libondo et Kalumbamba, dans la province du Tanganyika. Contrairement à ce que prédisaient certaines langues, il n'y a pas eu mort d'hommes. Les armes n'ont pas crépité et le sang n'a pas coulé. La voie diplomatique a donc eu raison du retentissement des canons et du crépitement des balles.

À la base de cette incursion zambienne sur le sol congolais, les incompréhensions sur la question de la démarcation de la frontière congolo-zambienne. Une question pourtant réglée, en son temps, dans le Traité de 1989, signé par le maréchal Mobutu et le président Kenneth Kaunda. Dans ce traité, indiquent les experts, il a été clairement stipulé que la limite de la frontière entre les deux pays part du point le plus avancé sur le lac Tanganyika. Et ce point, c'est le cap de Kipimbi.

« Sur le terrain, le travail de la démarcation n'a jamais été fait depuis cette entente. Il y a, bien sûr, un changement sur le terrain, car ce point initial déterminera les autres points, qui serviront à tracer la ligne médiane de la frontière. Mais, la RDC ne perd rien. Car, à ce niveau (dans la localité de Kibanga), la frontière terrestre est déjà matérialisée par un ruisseau, telle qu'indiquée dans le Traité de 1989 », a confié un expert du ministère des Affaires étrangères de la RDC.

À en croire cette source, le conflit frontalier est né d'un fait divers, impliquant des pêcheurs congolais et des éléments de la force navale zambienne à Chibanga. Dans leur excès d'intervention, affirme l'expert, les militaires zambiens se sont permis d'arracher le drapeau congolais se trouvant au poste frontalier de Kibanga. Ce qui a conduit à la réaction armée des soldats congolais postés sur les lieux. Ces derniers ont ouvert le feu, causant ainsi la mort d'un militaire zambien.

« La Zambie réagit avec de grands moyens, allant jusqu'à occuper la localité de Kalubamba, non concernée par cet incident. Une fois sur le lieu, cette opération armée s'est transformée en revendications territoriales », a renchéri l'expert.

Et d'ajouter : « Ce poteau, c'est un point de repère qui indique la démarcation entre la Zambie et la RDC, avant qu'on y implante la borne frontalière. C'est la méthode utilisée par les arpenteurs chargés de ce travail sur le terrain. Une borne définitive y sera plantée dans les prochaines semaines, quand tous les autres points seront déterminés ».

Victoire de la diplomatie

Dans un passé récent, une délégation d'experts de la SADC s'est rendue dans la province du Tanganyika pour considérer les affirmations de Kinshasa et de Lusaka. Du coup, la commission sous-régionale a donné une semaine aux troupes zambiennes pour évacuer les villages congolais qu'elle occupe depuis le mois de mars dernier.

Pour la SADC, les deux localités de Kibanga et Kalubamba font bel et bien partie de la RDC. Ces experts civils et militaires sont arrivés dans la région pour essayer de trouver une solution à ce différend frontalier.

Ayant opté pour un règlement pacifique de ce conflit, le gouvernement de la RDC a dépêché la ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères auprès du président zambien. Marie Tumba Nzeza s'était également rendue au Zimbabwe pour solliciter l'arbitrage de la SADC.

Le président Denis Sassou-Nguesso du Congo Brazzaville, lui, est également intervenu au nom de la Communauté internationale pour la région des Grands Lacs (CIRGL) en faveur d'un règlement pacifique de ce conflit. Son ministre des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, s'est rendu, pour ce faire, successivement à Lusaka, Kinshasa et Harare. Les sources indiquent que cette question a été évoquée également lors du dernier séjour de Félix Tshisekedi à Brazzaville.

Si Lusaka écoutait la voie de la sagesse et retirait ses troupes comme le lui demande la SADC, ce sera une victoire pour la diplomatie du président Félix Tshisekedi. Les jours à venir sont donc déterminants pour la fin de ce conflit frontalier entre ces deux Etats voisins et frères, condamnés à jamais de partager cette frontière à eux dotée par la nature.

LP

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