Congo-Kinshasa: Franc congolais - Sele et Mutombo attendus par le Chef de l'État

31 Juillet 2020

C'est le vendredi dernier que le Président de la République a demandé au ministre Sele Yalaghuli des Finances et au gouverneur Déogratias Mutombo de la Banque Centrale du Congo de se pencher, toutes affaires cessantes, sur l'état de santé du franc congolais, objet de nombreuses attaques depuis quelques semaines. Il les attend aujourd'hui pour une première évaluation des mesures qu'ils ont pu initier et leur incidence sur le comportement de la monnaie nationale.

A titre de rappel, la devise nationale qui s'échangeait aux alentours de 1700 FC pour 1 dollar US a atteint, en quelques semaines, la barre de 2000 FC sans avoir suscité une réaction vigoureuse des autorités habilitées à protéger la monnaie congolaise.

Au centre de nombreuses critiques, l'Institut d'émission a dégainé publiquement le mercredi 29 juillet au terme de la réunion extraordinaire du Comité de politique monétaire. Sans porter des gants, il a accusé de manière claire les compagnies de téléphonie cellulaire Vodacom, Airtel, Orange et Africell d'entretenir la spéculation et de mettre en péril la devise nationale.

Les quatre compagnies qui se trouvaient déjà sur la sellette pour avoir malicieusement augmenté de façon très sensible le prix de l'activation internet ont toutes été prises la main dans le sac pour avoir porté le taux de change à 2300 FC pour un dollar. Très énervé, Déogratias Mutombo a frappé du poing sur la table et leur a adressé un dernier avertissement. La monnaie est un attribut de la souveraineté de l'Etat, il n'appartient pas aux compagnies de téléphonie cellulaire de poser des actes en lieu et place de la Banque Centrale, a dit Deogratias Mutombo. A la prochaine incartade, la sanction sera immédiate et il leur a rappelé que celle-ci représente 5% du chiffre d'affaires réalisé l'année précédente. Le même type de sanction est réclamé pour les compagnies minières qui oublient intentionnellement de se conformer à la règlementation en rapatriant 60% de leurs recettes en devises.

Concernant le gouvernement, la BCC demande l'amélioration de la qualité des dépenses c'est-à-dire que tout ce qui n'est pas indispensable devrait rester au frigo, en attendant des jours meilleurs. Un effort doit être fait pour l'amélioration des recettes, cela implique un appui au travail déjà entrepris par l'Inspection Générale des Finances pour arrêter le coulage des recettes notamment dans le domaine d'exonérations dont abusent des opérateurs économiques importants voire des hommes politiques. Cet effort doit être étendu à l'administration publique dont les effectifs sont loin de refléter la réalité. L'État débourse trop d'argent pour des individus qui n'existent pas.

Parlons vrai. Confrontée à la pandémie du coronavirus, l'économie nationale a été durement secouée par les mesures prises pour protéger la population. Parmi ces mesures, on peut citer le confinement et la fermeture des frontières tant internes qu'externes.

Ces mesures étaient nécessaires dans la mesure où elles ont permis de freiner la propagation de la pandémie en provinces, l'épicentre Kinshasa ayant été isolé et le mouvement des populations bloqué. Elles avaient toutes un prix : l'économie s'est retrouvée à l'arrêt avec les conséquences que l'on sait sur le plan de l'emploi.

Certes, des efforts ont été accomplis pour desserrer l'étreinte au plan social. Le gel du paiement des loyers pendant trois mois et la prise en charge des factures d'eau & électricité sont au nombre de ceux-là, même si des investigations doivent encore être menées pour comprendre la réaction de la Snel et la Regideso qui, tout en bénéficiant de l'apport financier de l'État, se sont amusées à revoir sensiblement leurs factures à la hausse, une manière d'annuler les mesures sociales du Chef de l'Etat selon la formule bien connue de (3-3) + 3 =3.

A cause du coronavirus, on le sait, les besoins en liquidités se sont accrus partout à travers le monde. Et contrairement aux idées reçues, la planche à billets a fonctionné dans les pays disposant de leur propre monnaie. Avec ses plans de relance chiffrés à plusieurs milliers de milliards de dollars, l'Amérique par exemple a battu les records, suivie récemment de l'Europe avec son plan de deux mille milliards d'euros. Des sommes énormes, destinées à soutenir l'emploi et l'économie mais qui peinent a produire les résultats attendus tant le choc économique est partout dévastateur. Même la très vertueuse Allemagne a perdu 10% de son produit intérieur brut tandis que les États-Unis risquent de perdre 35% de leur PIB. La récession est omniprésente partout et il va falloir rivaliser d'imagination et d'efforts pour s'en sortir sans trop de casse.

Pendant ce temps en RDC, il y a des gens qui croient que les choses sont simples et qu'il suffit de recourir a la politique des chaises musicales pour régler le problème. Il y a même quelques rêveurs qui pensent qu'un dialogue destinée à leur accorder quelques strapontins suffirait à conjurer la crise.

Oublions ces rêveurs et prenons conscience de la gravité d'une situation qui secoue aujourd'hui toute la planète.Le Phare

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