Congo-Kinshasa: Affaire Kamuina Nsapu - Des officiers rattrapés par le massacre de Nganza

31 Juillet 2020

Quelle que soit la durée de la nuit, le soleil finit toujours par apparaître. Ce vieil adage traduit mieux la situation des atrocités, suivies des massacres, qui avaient été commises dans l'espace Grand Kasaï en marge du phénomène Kamuina Nsapu, dont les auteurs continuaient à circuler librement au grand dam des familles des victimes.

Voilà que ceux qui croyaient que la page était définitivement tournée et les crimes commis totalement oubliés, sont brutalement rattrapés par leur passé.

Sans faire du bruit ni de médiatisation autour du dossier, la justice militaire poursuivait des enquêtes qui ont conduit à l'interpellation des officiers et soldats présumés impliqués dans les tueries sauvages dont la population kasaïenne a été victime entre 2016 et 2017.

C'est l'organisation non gouvernementale dénommée « Société congolaise pour l'Etat de droit », basée à Kananga, dans le Kasaï Central, qui porte à la connaissance de l'opinion que plusieurs officiers sont en train d'être entendus et d'autres en détention dans le cadre des enquêtes menées sur le massacre commis dans la commune de Nganza, ville de Kananga, en 2017.

Selon le président de cette ONG de défense des droits de l'homme, Dominique Kambala, avocat de son état, certains officiers ont été déjà entendus dans ce dossier par l'auditorat supérieur près la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu à la suite d'une commission rogatoire lancée par l'auditorat militaire supérieur de l'ex-Kasaï Occidental. Les auditions portaient essentiellement sur le massacre de Nganza, l'une des cinq communes urbaines de la ville de Kananga.

On rappelle que bon nombre d'officiers qui étaient déployés au Kasaï pendant la période où le massacre avait eu lieu (2016-2017) sont actuellement affectés dans la province du Nord-Kivu, particulièrement dans les zones opérationnelles de Beni et de Mualika.

Se refusant à citer les noms des officiers supérieurs et subalternes poursuivis, la source souligne au passage que lesdits officiers faisaient partie, au moment des faits (massacre), des régiments 2101 et 2102 ainsi que de l'unité spéciale de l'état-major des renseignements affectés à Kananga. Ils sont, à ce jour, déployés à Beni et Mualika, dans le Nord-Kivu.

Justice, l'unique espoir pour fouiller des victimes

Face à la perte des proches dans des conditions d'extrêmes violences ayant laissé des traces notamment le traumatisme chez ceux qui restent en vie, les familles des victimes n'ont cessé de réclamer justice pour les leurs arrachés brutalement à leur affection.

Vu le temps qui s'est écoulé, soit environ quatre ans depuis le déclenchement de ces violences, certains avaient perdu l'espoir et ne croyaient plus que la justice allait être rendue en faveur des leurs proches disparus.

C'est pourquoi la Société congolaise pour l'Etat de droit parle d' « une avancée remarquable qui fait renaître l'espoir aux victimes en ce qui concerne leur droit d'être reconnues et qui traduit la ferme volonté de la justice militaire de s'engager résolument dans la lutte contre l'impunité des crimes commis dans la région du Kasaï ».

On rappelle que l'espace dit Grand Kasaï qui était composé à l'époque de seulement deux provinces (Kasaï Occidental et Kasaï Oriental), aujourd'hui démembrée en cinq provinces (Kasaï, Kasaï Central, Kasaï Oriental, Lomami, et Sankuru), avait sombré dans la violence en août 2016 aux lendemains de l'assassinat par les forces régulières du grand chef traditionnel de Bashila Kasanga du nom de Kamuina Nsapu.

Parties de Tshimbulu, ex-chef-lieu du district de la Lulua situé situé sur les terres de Kamuina Nsapu, les violences avaient fini par embraser l'ensemble de l'espace Grand Kasaï jadis un véritable oasis de paix. De nombreux morts et des dégâts matériels importants avaient été enregistrés partout, avant que la ville de Kananga et environs soient devenus l'épicentre.

D'après des témoignages de plusieurs organisations de la société civile et des rescapés des violences, les forces de défense et de sécurité s'étaient transformées en véritable machine de répression et de la mort pour la population civile.

C'est dans ces conditions que les deux experts des Nations unies dépêchés sur place s'enquérir de la situation à savoir Michaël Sharp et Zaïda Catalan seront assassinés à environ 20 kms de Kananga. Depuis lors, des voix ne cessent de s'élever et des pressions fusent de partout pour réclamer la lumière sur les violences commises au Kasaï en marge du phénomène Kamuina Nsapu. Il y a quelques mois, le numéro un de la Division onusienne aux droits de l'homme s'était rendu à Kananga. Bien que rien n'a filtré officiellement de cette visite, beaucoup pensent que celle-ci rentrerait dans le cadre des enquêtes sur l'assassinat des experts onusiens.

On espère qu'avec le nouveau régime qui investit beaucoup dans la justice pour l'instauration de l'Etat de droit en RDC, cette ténébreuse affaire Kamuina Nsapu pourra livrer ses secrets. Le peuple congolais connaitra la vérité, c'est-à-dire les auteurs et commanditaires du massacre ainsi que les motivations qui les animaient. Dom

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