Congo-Kinshasa: Journée de la femme Africaine - «Le plaidoyer du Professeur Nicole Ntumba Bwatshia »

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Tout au long de notre propos ici, vous allez certainement comprendre pourquoi nous nous faisons votre avocate, pourquoi nous luttons inlassablement pour la promotion de votre statut. Eh oui, cette promotion c'est notre propre promotion. Comment pouvons-nous nous développer sans irréversible vous ? Votre être-développé est la condition indispensable du notre propre.

Embarquées dans le temps, soumises aux us et coutumes que vous et moi (Homme) maîtrisons, sans le vouloir, ni le savoir, nous n'avons pas le souvenir d'avoir commencé notre expérience de servitude. Nous voici déjà liées sans aucune réminiscence de l'au-delà du temps et de l'au-delà de notre situation serve. Que dire ? Notre position à nous tous, inférieur/supérieur construite, dans les rapports sociaux humains traduit l'illusion de rapports inférieur/supérieur selon un modèle de production religieusement traditionnel. Au niveau du Judéo-Christianisme et de l'Islamisme très rependus en Afrique par la colonisation, nous avons démontré, plusieurs fois, la place inférieure qu'occupe la femme en dépit de la vision de Jésus Christ qui a tranché sur la question de la promotion de la femme. Au niveau des traditions africaines, nous nous permettons d'indiquer, tant soit peu, le comportement général des hommes africains vis-à-vis des femmes africaines. On le verra et on sera étonné de la mêmité de la vision. Chez les Baluba on dit par exemple : « Bakaji mbampaanda bioota » = « les femmes sont des grandes diviseuses des familles ; elles créent la zizanie entre les membres de celles-ci. Attention !

« Bakajimba mulombu wa mputu, balengela, babi » = « Les femmes d'où qu'elles viennent peu importe le niveau scolaire, elles sont en même temps, bonnes et mauvaises, elles ont les mêmes qualités et les mêmes défauts... Attention !

« Bakaji mbulaba, nansha kapuumba, kadi kabushikama » = « Les femmes c'est la terre, le sol, même un hébété peut s'y asseoir ». Attention !

« Bakaji, Nkolewa kaba pangila » = « Les femmes, Nkole (Dieu) les a ratés. Elles sont difficiles à dompter. Attention ! « Mukaji, mbuji ; badiba mudishila kumonji » = « La femme est une chèvre ; on la nourrit attachée à une corde. Sinon elle va s'égarer et se faire manger ». Attention !

« Mukaji nkapia wa kateemesha ; kakena kupabu dikadidi ; kakena kulengulula, anu koshaku mupitshi wa mu njila » = « La femme est un feu que toi allumer ; il ne faut pas lui donner la liberté ; il ne faut pas le négliger (le feu) ; sinon, il va brûler le passant. Attention !

« Mukaji nkomba katalala ; udi ne nzala wa vua kukadia » = « La femme est un manioc doux, celui qui a faim peut le manger ». Attention !

« Mukaji ntshilongu tshidi tshikengela anu kutshiela mayi » = « La femme est une fleur ; il faut l'arroser régulièrement et l'embellir à tout moment. Attention !

De tout le temps on a (les hommes) jamais cessé d'attirer l'attention des hommes au sujet du comportement des femmes... Ceux des hommes qui ont canonisé ces sentences l'ont fait avec des lunettes d'exilé. Tout comme les traducteurs des passages biblique qui, en véritables « masculins phallocrates », ont affirmé : « Homme, aimez votre Femme », « Femme soyez soumise ». On a oublié peut-être expressément que, par exemple en lingala, une des langues congolaise, « aimer » c'est kòlingà (ton bas) et en même temps ko-lingá (ton haut) qui veut dire « lier ». Si aimer c'est « aliéner » positivement ses libertés pour l'autre, la femme a, dans l'histoire de l'humanité, aliéné plus de ses libertés que l'homme.

Quand bien même tout cela paraît sempiternel, les mythes au sujet de la femme sont clairement affirmés. Les mythes sont bien une construction des hommes pour expliquer, selon leurs besoins et intérêt, des situations qu'ils ne maîtrisent pas. On peut donc, avec le temps les déconstruire en les démystifiant. Fort de cette conviction, nous invitons nos collègues hommes et femmes de revisiter la situation de la femme et des hommes avec des lunettes neuves. Hommes africains, Femmes africaines réveillés vous ! Démystifiés du construit au sujet de nos rapports réciproques. Allons résolument et d'une manière positivement critique à la rencontre de ce que « l'humanité construite » par les hommes semble avoir oublié. Dieu n'a pas créé la femme à partir de la côte de l'homme mais bien à côté de l'homme. En effet « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa ». Comme nous pouvons le lire dans Genèse 1, 27.

Aujourd'hui, et de plus en plus, le biblisme fondamentaliste pousse les croyants et même les non-croyants et cela d'une manière tenace, à affirmer que l'humanité descend d'Adam ; cet homme à qui le Créateur retira de sa cage thoracique une côte pour créer Eve sa femme. Ainsi, les esprits sexistes, vont-ils comprendre et rependre que la femme est bien le produit de l'homme. Le récit mythique de la Bible Judéo-Chrétienne est bien connu là-dessus tel que raconté dans Genèse-Alors, on conclut banalement que la femme est inférieure à l'homme. Ainsi, les coutumes, les mœurs, les traditions portées par l'imagination et les manipulations humaines, n'échappent pas la règle de la contingence. Telle est la vérité sur laquelle repose la conviction et l'énergie qui portent les hommes et les emportent dans l'analyse de la condition de la femme.

Quelque part donc, depuis des millénaires, l'humanité gît et se meut dans ce qu'on appelle « les valeurs ». Nous devons dire que est valeur, ce qui a du prix bienfaisant et valorisant pour la communauté, les communautés ; mais ce qui dévalorise et aliène, ne peut être classé dans l'échelle des valeurs. Au sujet de la représentation de l'image de la femme, africaine en particulier, par l'ensemble de la société, rien n'est évident quand on dit qu'elle est son aide, elle est bonne pour la cuisine, pour mettre au monde l'enfant, pour s'occuper uniquement du foyer...

Loin de l'intention de remettre tout en question, notre volonté veut indiquer que « les valeurs » de nos différentes traditions liées à la condition de la femme ne sont pas absolues et reposent, en majeure partie, sur des conditions socioculturelles qui peuvent être saisies comme antivaleurs dans la mesure où elles véhiculent les anachronismes à l'égard de la femme.

Peut-on continuer à affirmer et accepter les anachronismes tels que : « par sa nature même, la femme est destinée aux ouvrages domestiques, ouvrages d'ailleurs qui sauvegardent admirablement l'honneur de son sexe et répondent mieux de leur nature à ce que demandent la bonne éducation des enfants et la prospérité de la famille ». La sentence est simplement révoltante...

Doit-on laisser la femme africaine dans la situation de la classe ouvrière telle qu'écrite par Karl Marx. Une classe ouvrière torturée par le bourgeois capitaliste : La femme africaine, oui, est encore aujourd'hui en position de douleur et de privation, et les hommes africains ne veulent pas que cela change. Oh ! En Afrique, que les femmes sont sous tutelle des hommes ! Nous pensons que la lutte de la femme pour la promotion de son statut ne doit pas porter le germe de la lutte à mort qui évoluerait nécessairement dans des classes en compétition. En réalité, ce n'est pas la mort de l'homme que la femme souhaite. Ce n'est pas « la mort du pécheur qu'elle veut ; elle lutte pour qu'ensemble homme et femme se convertissent au sujet de la promotion de son statut. Ceci est un impératif nécessaire au développement de la civilisation africaine et pourquoi pas universelle.

Mon Dieu, quelle est cette façon de représenter l'image de l'homme et celle de la femme en termes des contraintes ; comme s'il s'agissait de l'opposition entre le jour et la nuit, entre le grand et le petit, entre l'absence et la présence. On le voit en Afrique ; du groupe des hommes on exclue d'une manière ou d'un autre, les femmes et du groupe de celle-ci, les hommes sont exclus mêmement. Paradoxe ! Alors qu'en Afrique même, l'évidence est nette et indéniable : elle est détentrice des valeurs et des forces de l'humanisation de la société ; elle est fondamentalement la propriétaire des lieux, des terres ; elle est « matière » dont l'homme est formé ; elle est réceptable de la vie ; en elle se mesure l'importance du phénomène et de la fonction de la génération. A notre avis, l'homme ne comprenant pas la mysticité et les pouvoirs immenses de l'être-femme, s'imagine et encore s'imagine, dans un élan égoïste, que les traditions africaines par exemple, que le canon biblique judéo-chrétien qu'il traduit mal, constitue les « canons de la vérité ». Quelle illusion ?

Nicole Ntumba Bwatshia Professeur

à l'Université de Kinshasa

Directrice du Centre de Recherche sur les Mentalités

et Anthropologie Juridique « Eugemonia »

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