Congo-Kinshasa: Coulage des recettes - Les pilleurs tremblent !

L'étau se resserre. Inexorablement. Le trou noir dénoncé jadis par le révérend pasteur Ekofo devant toute la nomenklatura néo-afdélienne réunie à la Cathédrale du Centenaire un certain 17 janvier 2017 est bousculé par nos rêves de lumière liés à la détermination du Président de la République de secouer le cocotier de la mal gouvernance.

Comme les jours passent, on se rend compte que le désormais historique procès de 100 jours n'était pas une chimère, et encore moins une initiative pour régler d'éventuels comptes politiques, toujours imaginaires et insinués par quelques langues de vipère. Bien au contraire, ce procès a tracé le sillon d'un renouveau moral, déjà caractérisé par un certain rebond de la conscience nationale, en vue de mieux agir, mieux se comporter et mieux se structurer.

Ceux qui croyaient hier que le dossier de nos routes, toujours financées et jamais réalisées, était oublié à jamais, se réveillent aujourd'hui avec de nouvelles affaires, à charge des mêmes individus déjà condamnés dans le cadre du Programme de 100 jours.

Imaginez que c'est depuis plus de trente ans que cela dure. Plus de trente ans que nos routes, nos agriculteurs et nos concitoyens du Congo profond ont été lâchés, abandonnés à eux-mêmes, sans possibilité d'interconnexion avec leurs compatriotes habitant d'autres contrées du pays. Pendant que les fonds pour moderniser nos routes continuaient d'être collectés, les personnes chargées de l'entretien de celles-ci nous demandent subtilement d'oublier la voie routière et de nous en remettre à l'usage exclusif de l'avion, comme si nos villages étaient tous dotés de plaines d'aviation et comme si aussi les tarifs aériens étaient à la portée de toutes les bourses.

Fort heureusement, tout a une fin. Bamaros et Kalangila Shemu Charles, respectivement DG et PCA du Foner (Fonds National d'Entretien Routier) vont devoir s'expliquer maintenant. Ils vont devoir dire à la République où est passé l'argent et pour quelle finalité. Et ce n'est qu'un début.

Les lignes vont bouger. Ceux qui n'avaient pas compris le sens de la décision présidentielle de redonner à l'Igf et à la Police des Parquets leurs pouvoirs de contrôle et d'investigation dans le secteur financier vont réaliser assez vite que plus rien ne sera comme avant. Déjà, la machine contre le blanchiment s'est mise en marche. En exécution de la loi numéro 04/016 du 16 juillet 2016 portant lutte contre le blanchiment des capitaux et financement du terrorisme, plusieurs personnes ont été interpellées à l'aéroport de Ndjili et les fonds qu'elles avaient sur elles saisis. En attendant de connaître la suite judiciaire donnée à ces saisies, on peut rappeler, à titre exemplatif, les cas de Diawara Oumar (2.015.560 USDO), Patel Ranchhobbnai (1.050.000 USDO), et autres Barete Bidal et Bonane.

Ce travail, qui a commencé à l'aero-Ndjili va être amplifié à tous les postes-frontières du pays et pourra, d'ici peu, mettre fin à l'anarchie qui y règne en maître notamment à Kasumbalesa, au Katanga, où l'État est dribblé, au propre comme au figuré, par des particuliers bénéficiaires d'un contrat à la Samibo -la fameuse société de Samih Jammal- c'est-à-dire un contrat conclu alors même que la société bénéficiaire n'avait pas encore d'existence légale. Depuis, les recettes baissent et continuent toujours de baisser. Cherchez l'erreur...

Toujours dans le secteur de la douane, un vrai scandale vient d'être mis à jour par la Police des Parquets en rapport avec les exonérations. Un communiqué remis à Christian Bosembe et lu par ce dernier fait état d'une véritable mafia qui opère avec des exonérations fantaisistes depuis la nuit des temps. Les montants annoncés sont pharaoniques et s'élèvent à plusieurs milliards de dollars. Un certain Vangu d'Infinity est le premier nom sorti de la boite de Pandore. Déjà aux arrêts, il va servir de fil d'Ariane pour mettre la main sur d'autres membres de la mafia.

Quand le Président de la République avait tablé sur un budget de 11 milliards de dollars, on avait vu sortir du bois quelques pseudo spécialistes pour crier à l'ignorance des réalités économiques. Mais à la lumière des événements qui se déroulent sous nos yeux aujourd'hui, on se rend compte que même ce chiffre-là était sous-estimé. Beaucoup d'argent circule dans notre pays mais l'essentiel va dans les poches des prédateurs, grâce à des complicités dangereuses. Imaginez un peu : 118 déclarants en douane ne paient jamais la douane. Combien d'entreprises bénéficient de leurs services et quelle est leur taille ? Avant même que des réponses soient données à ces questions, voilà que les mines s'invitent dans le débat. Ici aussi, personne ne paie les redevances minières et cela, depuis plusieurs années. Quand le révérend Ekofo avait parlé d'un non-État, il avait été menacé de mort et contraint à l'exil. En toute sincérité, comment peut-on qualifier une situation de ce genre ?

Le gâchis, il faut le dire, est immense et c'est la raison pour laquelle Félix Tshisekedi a décidé de prendre le taureau par les cornes. Les différentes agences récemment créées et la réactivation de toutes les structures de contrôle sont destinées à redonner une existence effective à l'État et à mettre fin à la gabegie entretenue par les personnes chargées de servir le peuple.

Face à cette détermination de redonner une âme à la nation, on a entendu quelques individus s'exclamer : « oh, la République des Juges », « Oh, on arrête les gens ». Mais, bon Dieu ! Comment des hommes normaux peuvent-ils se plaindre de voir les braqueurs des finances publiques jetés en prison ?

L'arnaque a trop duré et il est temps de sortir la République Démocratique du Congo du tombeau dans lequel on l'a enfermée depuis des décennies. La thérapie ayant été mise en route, il faut maintenant aller jusqu'au bout, quoiqu'il arrive et quoiqu'il en coûte.

Les pilleurs n'ont qu'à bien se tenir. Le Phare

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