Sénégal: Mévente de moutons de Tabaski - Au foirail de Guinaw Rails, le coronavirus et l'élevage à domicile indexés

3 Août 2020

Comme dans plusieurs points de vente, les moutons invendus sont nombreux au foirail de Guinaw Rails. Les estimant à un chargement de plus de deux camions, Abdoulaye Tall, président de ce point de vente, pense que c'est la conséquence d'une situation économique difficile et de l'élevage à domicile.

Les choses n'ont pas trop bougé, cette année, pour beaucoup de vendeurs de moutons du foirail de Guinaw Rails. Ces derniers l'ont très tôt senti. Jeudi dernier, veille de la Tabaski, certains d'entre eux avaient quitté le périmètre qui leur est consacré pour s'installer sur la chaussée et intercepter la clientèle.

D'autres avaient choisi, entre 19 heures et 22 heures, d'investir les rues de Tivaouane Diacksao, Guinaw Rails... avec quelques têtes, dans l'espoir de trouver des acquéreurs, à quelques heures de la fête. Malgré toutes ces stratégies, le nombre d'invendus est très important.

Dimanche, surlendemain de Tabaski, le point de vente est assez calme. Pas de marchandages, ni d'approche des intermédiaires ou vendeurs de cordes. Les éleveurs, installés sous des tentes, surveillent les centaines de têtes restées entre leurs mains.

Ibra Dia en est un. Chapeau couvrant la tête, cet originaire de Dahra Djolof déplore une importante mévente. « La situation économique est difficile. Notre activité est impactée. Il m'en reste actuellement 72. C'est une opération catastrophique », regrette-t-il, le visage sombre, les traits tirés.

À quelques mètres, Ablaye Gaye sert du foin à une dizaine de béliers. Ce sont les invendus de son opération Tabaski. En boubou noir, le portefeuille autour de la taille, l'éleveur s'apitoie sur son sort. « À deux jours de la fête, j'ai commencé à m'inquiéter.

Je n'arrivais pas à vendre que quatre moutons pendant toute une journée. Actuellement, je me retrouve avec 16 bêtes non vendus », informe-t-il. Madou Dia vit la même situation. Pour lui, c'est une opération moins faste que la précédente.

« J'ai 11 moutons invendus. D'habitude, on profitait du retour des pèlerins de La Mecque pour vendre les restants. Cette année, ce sera très difficile puisqu'il n'y a pas de pèlerinage ». Pour le président du foirail, Abdoulaye Tall, la crise sanitaire n'a pas beaucoup aidé les éleveurs.

« J'ai vu des pères de famille acheter des chèvres par manque de moyens. Les conséquences de la Covid-19 n'ont pas épargné les éleveurs », déplore M. Tall, estimant les invendus « à un peu plus de deux camions ».

L'élevage à domicile, l'autre raison

En 2019, c'était le grand rush dans les points de vente à quelques heures de la fête. Du coup, plusieurs familles ont pris les devants cette année. Pour Madou Dia, les familles qui craignaient une rupture ont très tôt pris l'initiative d'élever chez eux.

« Certains ont acheté très tôt, d'autres ont commencé à élever à six ou huit mois de la fête. Du coup, notre activité est impactée », analyse le vendeur de moutons établi à Guinaw Rails. Il est conforté dans sa position par Aliou Sow. Travaillant dans une société de gardiennage, le père de famille n'a pas eu besoin d'aller dans un point de vente.

Il a élevé deux moutons. « J'ai vendu l'un et j'ai sacrifié l'autre. J'adopte cette stratégie pour la première fois. Et je vais continuer ainsi », prévoit-il. Habitué des foirails pour les besoins de son activité, l'éleveur Lamine Sylla dit avoir vu venir la mévente.

Tasse de café en main, le quinquagénaire explique : « J'ai constaté que la plupart des voisins ont élevé chez eux. Rares sont ceux qui se sont rendus dans les points de vente ».

Ayant très tôt entamé son opération Tabaski, Maguette Sy n'a pas eu la même réussite que lors des précédentes années. C'est une situation inédite pour lui. « Deux jours après la Tabaski, je suis à trois moutons invendus. L'élevage à domicile nous a porté un sacré coup », lâche l'opérateur.

La cherté des prix dénoncée

« Le marché a été certes bien approvisionné, mais les moutons sont trop chers », pense Abdoulaye Diaw. À l'en croire, les éleveurs sont tombés dans leur propre piège « en voulant vendre des agneaux à 70 000 ou 80 000 FCfa ».

En pantalon et chemise, Moustapha Ndiaye est debout à quelques mètres du foirail de Guinaw Rails, attendant un bus de la ligne 73. Selon lui, certains éleveurs font dans l'abus. « Les prix ne sont pas raisonnables.

Les pères de famille achètent parce qu'ils sont dos au mur », dit-il. Ainsi, il invite les ménages à privilégier l'élevage à domicile. Pour le vendeur de moutons Madou Dia, la cherté des prix est inhérente aux frais de transport et de nourriture du bétail.

Plus de: Le Soleil

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