Sénégal: Adieu le condisciple, adieu l'ami

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Désormais, la Maison de la presse à Dakar va porter le nom de Babacar Touré. Une décision prise par le président Macky Sall, en hommage à l'ancien président-fondateur du Groupe Sud Communication et ancien président du Conseil national de régulation de l'audiovisuel (CNRA).

Babacar Touré qui est décédé le 26 juillet 2020 a commencé sa carrière professionnelle à Enda Tiers-monde, en 1979, au sortir de sa formation professionnelle au Centre d'études des sciences et techniques de l'information (CESTI).

Comme journaliste, il avait ainsi participé au lancement du périodique «Vivre Autrement». A ses côtés, Sié Offi Somé qui fut aussi son condisciple au CESTI.

SOS, comme l'appelait Babacar, revient sur son parcours avec son «ami» et sur ces moments durant lesquels les idées avancées par Enda Tiers Monde étaient marquées d'originalité et préfiguraient les transformations fondamentales (consommation, énergie, environnement, etc.), qui sont toujours actuelles pour nos sociétés.

«J'ai connu Babacar en octobre 1976, à Dakar, au CESTI. Babacar Touré faisait partie d'un groupe de sept Sénégalais, Ibrahima Fall, Martin Faye, Mamadou Koumé, Sidy Gaye, Ibrahima Souleymane Ndiaye et Fatoumata Sow.

Nous étions la septième promotion. J'avais choisi la presse écrite et je m'intéressais au secrétariat de rédaction. J'avais ainsi eu à coordonner la publication des suppléments de journaux-école que nous faisions, aussi bien à Dakar qu'à Montréal. A la fin de notre formation, je suis retourné au Burkina (à l'époque Haute-Volta).

En 1984, Babacar Touré, qui était alors à enda tiers monde, m'avait demandé si j'étais intéressé à travailler dans une revue en gestation comme secrétaire de rédaction.

En mars 1984, j'ai intégré la petite équipe de la rédaction de «Vivre Autrement» dirigée par Jacques Bugnicourt, le Secrétaire exécutif d'Enda Tiers Monde.

Il y avait Diana Senghor, rédactrice en chef, Babacar Touré, rédacteur et moi comme secrétaire de rédaction. Charles Diagne en était le maquettiste pigiste. Babacar Touré, a contribué à au lancement du journal en parcourant quelques pays d'Afrique de l'Ouest francophone pour faire sa promotion.

En somme, mettre en place un réseau de distribution, identifier des collaborateurs éventuels et récolter les sujets susceptibles d'intéresser le lectorat.

La revue voulait impulser une autre façon de traiter l'information en mettant l'accent sur l'analyse de grandes thématiques économiques et sociales comme l'école, l'énergie domestique, l'agriculture, la consommation, les valeurs sociales, etc.

Elle aura des de la peine à s'imposer dans une Afrique de l'Ouest en proie à des régimes politiques rigides, avec une liberté d'expression surveillée. L'équipe était également réduite et le réseau de correspondants peu dynamique.

Avec les lenteurs administratives et les difficultés financières d'Enda Tiers Monde, la revue «Vivre Autrement» ne parviendra pas à s'imposer comme un journal grand public. Au bout de quatre numéros, réalisés dans des conditions éprouvantes, Babacar Touré, avait décidé d'aller tenter une autre expérience.

C'est ainsi qu'il va lancer, avec d'autres journalistes sénégalais, mais pas seulement, «Sud Magazine», embryon de ce qui est aujourd'hui le Groupe Sud Communication. Diana Senghor, la rédactrice en chef de «Vivre Autrement», elle, ira à Paris pour diriger l'Institut Panos qui s'installait alors en Afrique francophone.

«Vivre Autrement», de journal à vocation grand public va devenir, au début des années 90, un périodique militant, le porte-voix du mouvement consommateur qui émergeait sur le continent.

En mars 1992, c'est à mon tour de quitter «Vivre Autrement», et Enda Tiers Monde pour regagner mon pays. Babacar Touré, l'ami J'ai gardé d'excellentes relations avec Babacar Touré Je suis resté en contact régulier avec lui.

Après l'expérience d'Enda Tiers Monde, j'avais eu l'occasion de le revoir plusieurs fois, lorsque je passais à Dakar au cours de mes voyages professionnels. Il me faisait l'amitié de m'inviter à la maison.

S'il ne le pouvait pas, il faisait l'effort de passer me voir dans l'hôtel où je descendais. En 2004, alors que je travaillais comme chargé de projets à Terre des Hommes Allemagne au Burkina, j'étais tombé gravement malade. Il fallait m'évacuer à l'étranger pour des soins appropriés assez coûteux.

Dans la chaîne de solidarité qui s'était constituée à l'occasion, Babacar Touré avait été l'un des maillons forts.

Il avait travaillé alors en tandem avec Gary Engelberg, un autre ami disparu en août 2019. Babacar, dans la discrétion, avait activé également son réseau pour contribuer à réunir la somme nécessaire.

C'est donc dire si, pour moi, la disparition de Babacar, ce 26 juillet 2020, est une perte éprouvante. Notre dernière rencontre remonte à 2009, lors d'un séjour professionnel à Dakar.

C'est cette année-là que nous nous sommes revus après ma convalescence. Il revenait, m'avait-il dit, d'un long voyage à l'intérieur du Sénégal.

Il avait tout de même tenu à venir me voir. C'est la seule fois où, parlant de mon état de santé à moi, il avait - brièvement- évoqué le sien, mais en n'y attachant pas beaucoup d'importance. Je lui avait tout de même conseillé de se ménager.

En rigolant, il m'avait assuré de ce que cela n'était pas bien grave. Nous ne nous sommes plus revus depuis. Nous échangions de temps à autre au téléphone et par mail.

Et c'est justement en voulant le taquiner dans la journée du lundi 27 juillet dernier, à l'occasion de l'Aid el Kébir, que j'ai vu le triste message de notre ami et condisciple Mamadou Koumé m'annonçant sa mort la veille, le dimanche 26 juillet. Babacar, SOS (comme tu aimais à m'appeler) te dis « Repose en paix ! »

Plus de: Sud Quotidien

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