Congo-Kinshasa: L'enfer des affaires ou les maux des mots/enfin, douceur après douleur

analyse

«Quand la félonie saute aux yeux, nul n'est à l' abri de l'abus de la licence », dit-on. Il suffisait de quelques sorties politiques et médiatiques du FCC pour que ça sente le roussi et que tous les démons du régime passé remontent à la surface. Pêle-mêle, depuis la défenestration de Jean-Marc Kabund du Bureau de l'Assemblée Nationale, les revendications teintées de déclarations incendiaires ont été exprimées, les marches organisées à la six-quatre-deux... Bref, les hostilités sont bien ouvertes au sein de la coalition. Perdure

Comme déjà dit plusieurs fois, toute crise créée volontairement ou non, dans cette configuration politique, ne fera aucun sou de bénéfice à JKK. Bien au contraire, ses lieutenants, comme organisés dans une collusion, ont, pendant longtemps travaillé pour provoquer une collision, pire une confusion. On y est presque !

Mieux valait s'y attendre dans ce monde des félons et des félins. Dire, par exemple, que la RDC est une propriété privée de Joseph Kabila, nous renvoyait à la conception anachronique de Louis 14 : « L'Etat, c'est moi », avec comme intention de nous fabriquer un dictateur en plein 21ème siècle ; et au cœur de plus beaux rêves d'un géant qui tend à se relever après plusieurs années d'une dictature sanguinaire, suivie d'un régime de prédation et de jouissance.

Y a-t-il crise ?

Ce n'est un secret pour personne : Au même titre que cette situation socio-économique de basse conjoncture, triste héritage du régime précédent, et appuyée par les effets collatéraux de la crise sanitaire due au Covid-19, la qualité du bilan de Félix Tshisekedi passera aussi et surtout par la manière dont il va gérer l'hypocrisie de la coalition FCC-CACH. C'est donc à raison qu'on l'entend trancher nettement sur ce ton : «Nous devons avoir le courage de nous regarder dans le blanc de l'œil. C'est encore possible de gouverner le pays avec une autre majorité ».

Faut-il alors créer une crise pour se procurer les prétextes d'un dialogue politique ? L'intention se lit dans les faits et gestes de ceux qui luttent sans merci pour le repositionnement. On note aussi, dans la foulée, l'improvisation d'un activisme des 13 parlementaires qui, comme par la magie d'une troisième voix, tentent d'arrondir les angles en sollicitant un dialogue extra-institutionnel pour, semble-t-il, discuter sur le dossier sulfureux de la réforme du système électoral en RDC. Questions : Ne sont-ils pas députés ? N'ont-ils pas l'espace d'expression au parlement pour faire des propositions de lois ? Les politiciens aux couleurs feutrées peuvent-ils s'autoproclamer « facilitateurs » dans une crise dont ils sont aussi auteurs, chacun dans la mesure de ses affinités partisanes ?

Pour rappel : A l'initiative de l'honorable Christophe Lutundula, une proposition de loi serait déjà déposée depuis l'année passée au bureau de l'assemblée Nationale pour des discussions conséquentes quant à la nécessité de revisiter le système électoral en RDC. Plusieurs fois, on a entendu ce vieux parlementaire fustiger sur les ondes la nonchalance de la chambre basse qui, décidément, ne semble pas être préoccupée par cette question si urgente et importante.

Bien au contraire, on a vu des juristes acquis à la cause du FCC accorder la priorité à la proposition des lois de nature à replonger le pays dans le chaos et le cauchemar. C'est le cas de le dire quant à la démarche destinée à permettre au ministre de la justice d'avoir une autorité sur tout le système judiciaire, au mépris du principe sacrosaint de la séparation des pouvoirs interdisant l'exécutif d'empiéter sur le judiciaire. Célestin Tunda s'y est frotté et s'y est piqué !

Par ailleurs, dans le souci de requalifier le processus électoral en RD, l'Union Européenne avait déjà appelé, en décembre 2019, les autorités congolaises à procéder à la réforme de la Commission électorale Nationale Indépendante (CENI) et de la Cour Constitutionnelle. Elle avait expliqué que cette réforme permettrait la stabilité des institutions actuelles et la possibilité d'organiser les futures élections dans les conditions les plus souhaitables.

L'appel était donc lancé pour la réforme des institutions garantes de la démocratie et des processus électoraux, en l'occurrence la Cour Constitutionnelle et la Commission Nationale Indépendante, dans le seul souci d'un processus inclusif et crédible. Selon elle, et après avoir examiné la situation de la RDC depuis les élections de décembre 2018, la transparence et la crédibilité de prochains scrutins ainsi que la participation de tous, y compris des jeunes et des femmes, seraient essentielles pour consolider la stabilité en RDC.On n'en dira, malheureusement, pas assez en évoquant l'instrumentalisation et la manipulation dont les cours et tribunaux avaient fait l'objet pendant tout le règne de Joseph Kabila, foulant ainsi aux pieds le sacrosaint principe démocratique de la séparation des pouvoir selon la théorie de Montesquieu.

En gros comme en clair, l'actuel Chef de l'Etat a réellement conscience de la mauvaise qualité des élections depuis 2006, et de la pertinence des réformes qui s'imposent dans le domaine électoral en RDC. Plusieurs fois, on l'a entendu dénoncer la corruption à outrance ayant caractérisé ces scrutins scabreux. Comme quoi, les reformes à réaliser au sein de la Commission Electorale Nationale Indépendante et de la Cour Constitutionnelle, occupent aussi une place de choix dans ses préoccupations majeures en tant que garant du bon fonctionnement des institutions.

Créons une crise en vue d'un dialogue

Il est à savoir que l'absence de bonne foi et de bonne volonté politique a, pendant longtemps, justifié la crise sécuritaire et économique en RDC. Il ne serait pas non plus superflu de parler d'une complicité au regard de la nonchalance et de la faiblesse du leadership politique et militaire sous le règne passé caractérisé par la jouissance et la prédation.

Ironie du sort : ceux qui, après un règne de plus de 2 décennies, ont servi le pays d'un bilan catastrophique, s'érigent en donneurs des leçons en dénonçant maladroitement une dictature dont ils sont les seuls à connaitre les termes définitionnels. A ce sujet, ce vieil adage : « Qui veut noyer son chien, l'accuse de rage ».C'est le cas de le dire tant que les tireurs des ficelles et les manipulateurs des consciences savent à quoi s'en tenir pour poser les actes ignobles de sabotage. Les observateurs les plus perspicaces connaissent, du reste, leur mode opératoire tant ils ne manquent pas les moyens et les stratégies pour corrompre même les âmes les plus pures. C'est à ces explications que se doit l'instabilité de la monnaie locale face aux devises étrangères.

On en a vu aussi surfer sur la considération traditionnelle de l'insécurité à l'Est de la RDC, corroborée par la présence de l'armée zambienne dans la partie Sud du pays. Une façon à peine voilée d'accréditer la thèse d'Adolphe Muzito qui, depuis toujours, ne jure que par l'insécurité pour faire courber l'échine à l'actuel pouvoir. En réaction à ces inepties distillées par cet ancien 1er Ministre, ces propos seraient venus d'un diplomate : « Le jour où Adolphe Muzito rétablira la paix avec une entité nommée « Raison » et le jour où il occupera un territoire nommé « cerveau », ce serait déjà un bel exploit ». A l'évidence : Quel que soit le caractère plus ou moins démentiel de la démarche tendant à créer une crise artificielle, rien ne semble rimer avec l'atavisme des esprits belliqueux et la mesquinerie des pêcheurs en eau trouble.

En ce 21ème siècle, caractérisé par la modernité des techniques diplomatiques, et fondé essentiellement sur l'ambition de la création d'un village planétaire, en passant par la formation de grands ensembles et la suppression des frontières pour l'intégration des forces, penser résoudre une crise avec les biceps, c'est puiser dans l'anachronisme préjudiciable aux projets du développement communautaire. C'est à la diplomatie moderne que ce doit cette sagesse : « La paix se négocie, mais la guerre se gagne ».A ce sujet, une grande leçon de diplomatie venait d'être donnée par Félix Tshisekedi au regard de la manière dont il a réglé l'affaire de l'occupation zambienne dans la partie Sud du pays.

Saluons le renouveau

C'est donc le glas du règne des jouisseurs qui est en train de sonner. L'à-peu-près et la complaisance foutent le camp pour laisser la place aux choses sérieuses. N'avait-t-il pas dit qu'il allait déboulonner le système ? Déjà le procès dit de 100 jours aura été une marque de fabrique pour celui qui a su par quel bout tenir la corde pour le relèvement du géant au cœur de l'Afrique ? A retenir donc que c'est le Peuple (d'abord) qui, désormais, secoue le cocotier, et les délinquants semblent s'agiter dans la souricière selon que l'indépendance de la justice constitue le crédo de l'actuel leadership.

Pour le moins, la préoccupation majeure consistait à savoir où se trouvait la gangrène. Certainement dans une justice sous coupe réglée et à géométrie variable ayant érigé la corruption en style de vie. Fière chandelle donc à celui qui a su par quelle corne il fallait tirer le taureau. Sachant tout d'abord que le changement des mentalités est le premier chantier souvent ignoré, l'exercice des libertés élémentaires et des droits fondamentaux, reste la voie royale pour une gestion transparente de la chose publique.

Ceux qui, depuis toujours, se pavanaient de leur majorité parlementaire aux mains libres pour piocher impunément dans le trésor public, ont aussi du mal à comprendre la flopée de toutes ces ordonnances présidentielles qui accompagnent la création de nouvelles structures étatiques dont la vocation est de donner au Chef de l' Etat une marge de manœuvres suffisante pour la réalisation de son plan d'action selon sa vision politique.

Quant à la problématique des élections à venir, tous les bons observateurs ont les éléments d'analyse sur la félonie de ceux qui ont échoué après 18 ans de règne. Avec un bilan largement négatif, ils ont encore le toupet de fantasmer, croyant mieux faire en créant délibérément et si tôt, un remue-ménage dans une gouvernance de coalition dont le seul mérite est d'éviter la déflagration de l'espace politique et l'embrasement du pays. Ils ont tort d'oublier que la véritable source de légitimité reste la population qui a le dernier mot dans un contexte politique qui se veut démocratique.

En prenant le cas de l'Algérie et du Kenya où le peuple ne voulait reculer devant rien, la levée de bouclier constatée depuis les fameuses propositions de lois Minaku-Sakata suivies de la candidature contestée de Ronsard Malonda à la présidence de la CENI, n'en est pas moins un signal d'avertissement.

Avouons aussi que les dernières mises en place dans l'armée et la magistrature font l'effet d'un uppercut dont seuls les boxeurs peuvent s'imaginer l'intensité lorsque le coup est administré avec la dernière énergie. Au-delà des étoiles dans les yeux du Professeur Ilunga Ilunkamba, la célèbre journaliste, Collette Braeckman du journal « Le Soir » avait déjà eu les mots justes pour décrire la stratégie bien peaufinée par Félix Tshisekedi pour s'échapper du filet de l'oiseleur et regagner sa marge de manœuvres. C'est du politiquement correct au royaume des joueurs de dame.

Dans l'autre camp, on assiste, plutôt, à ce qui ressemble à l'ivresse de lait qui n'est pas qu'une simple figure de style. C'est tant pis, car on n'est ni à l'école de Bill Clinton ni à l'académie de Lionel Jospin où l'on sait définir la politique comme un mandat, et non comme une carrière à poursuivre contre et envers tout. Sous d'autres cieux, après son mandat, le professeur sait quitter la scène politique pour rentrer à la faculté, et l'ingénieur rentre à l'usine pour bien achever sa carrière. D'où, la notion de la mise en disponibilité et celle de l'incompatibilité des fonctions.

Nos professeurs et juristes peuvent encore continuer à se déculotter au mépris de la science en optant pour l'interprétation partisane des textes juridiques. Le comble, c'est qu'ils ignorent que la substance de la politique n'est pas que juridique, mais un mixage de plusieurs sciences où la sociologie politique et la psychologie sociale sont de grands déterminants dans la définition de la légitimé d'un pouvoir.

Plus de: La Prospérité

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