Cameroun: Monde du travail - Des bouleversements inédits

La pandémie du Covid-19 a engendré des perturbations dans le secteur professionnel, entraînant du jour au lendemain des changements profonds.

Les premières métamorphoses concernent sans conteste l'organisation de l'espace, les façons de communiquer et de collaborer. Au plus fort de l'épidémie, un grand nombre d'occupants de bureaux ont dû se mettre au télétravail, ce que des employeurs et employés jugeaient impossible ou hésitaient auparavant à essayer. « Mon boulot m'a toujours fait vivre entre deux avions, parcourant le monde pour auditer des entreprises. Ni moi, ni aucun collègue, personne -y compris nos patrons- n'avait imaginé ce qui se passe dans notre secteur depuis mars 2020. Nous sommes cloués au sol, utilisant des technologies pour essayer de faire le chiffre d'affaires et atteindre les objectifs. Depuis le confinement, je n'ai pas remis les pieds au bureau. Chaque jour, je m'installe dans mon salon, devant mon ordinateur, j'échange sur « zoom » avec des partenaires, les collègues ou les chefs, je reçois également les scans des pièces comptables et autres données pour les contrôles », explique Anthony B., 30 ans, cadre d'une multinationale dans le secteur de l'audit à Douala. L'institution a été obligée de faire appel à une armada de partenaires en sous-traitance, pour ne pas perdre ses marchés à l'étranger notamment.

Un peu partout dans le monde du travail, en entreprises, dans les administrations publiques comme chez les particuliers et dans le secteur informel, les stigmates du coronavirus sont visibles. Visibles dans cette entreprise du secteur des hydrocarbures frappée de plein fouet par l'épidémie qui a laissé sur le carreau trois hauts cadres et maintenu une dizaine d'autres employés à l'hôpital pendant deux mois. Le défi pour elle de suite, c'est de concevoir un milieu de travail « à l'épreuve des virus ». « Nous avons compris que nous devions transformer très rapidement nos espaces de travail. D'abord, les bureaux ne sont plus des destinations incontournables. Aussi, avons-nous laissé évoluer en électrons libres les personnels n'ayant pas de contraintes sur le site. Ne se rendent dans les bureaux que ceux qui y ont des responsabilités et pas tous les jours. C'est cela le « bureau souple », avec pour autre conséquence, l'adoption d'une panoplie de technologies intelligentes nous permettant de travailler sereinement, malgré tout », explique le responsable des ressources humaines de l'entité.

Cette crise sanitaire a produit de tout nouveaux défis, devenant un catalyseur pour des changements qui bouillonnaient déjà sous la surface. « Un retour à la normale n'est manifestement pas possible dans l'immédiat. Si l'on se fie aux épidémiologistes et autres instances mondiales de la santé, il se fera vraisemblablement par étapes, en maintenant des mesures de distanciation physique, peut-être jusqu'en 2022, ou même 2025, en l'absence d'un vaccin ou de traitements efficaces. Cela se traduit chez nous par des plans d'aménagement beaucoup moins denses, pour permettre à chaque personne de rester à 2 m de ses voisins. Nous avons calculé qu'il faudrait 12,5 m2 par personne : ce qui est beaucoup plus grand que les dimensions typiques actuelles.

Le milieu de travail contemporain idéal se définissait jusqu'à tout récemment par des espaces souples et des déplacements sans entrave favorisant le plus d'interactions possible. Nous avons décongestionné en mettant certains en télétravail, en créant des box individuels pour d'autres et en maximisant nos locaux en annexe pour d'autres encore. Nous avons dû refaire entièrement les espaces communautaires et investi dans de nouveaux équipements et matériels, des tables aux imprimantes, en passant par les chaises, la reprographie », soutient le responsable d'une entreprise de marketing spécialisée dans les ventes en ligne. Il n'y a pas jusqu'à l'hygiène, la salubrité et l'assainissement, jusqu'alors parents pauvres des lieux de travail, pour être revus et corrigés. En effet, depuis les prescriptions du gouvernement et de l'OMS, chaque institution met un point d'honneur à fournir de l'eau potable, du savon et autres nécessaires pour assurer la propreté des lieux. Il ne reste plus qu'à penser la pérennisation de ces mécanismes pour préserver efficacement les travailleurs de toute nouvelle flambée de cette pandémie ou de toute autre à venir.

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