Sénégal: Lutte contre la Covid-19 - Des spécialistes désavouent la politique de l'état

La situation s'aggrave dans une indifférence totale. Alors que plus de 10000 cas ont été confirmés au nouveau coronavirus, les populations défient les mesures restrictives édictées pour endiguer la propagation de la maladie.

L'État de son côté opte pour une «prise de conscience des populations» sans veiller à l'application d'aucune mesure contraignante. Des observations qui ont conduit le Pr Cheikh Mbacké Lô, a déclaré que «nous allons vers des lendemains incertains».

C'est dans ce même spectre d'analyse que le directeur des laboratoires au niveau du ministère de la santé, Pr Amadou Moctar Guèye, a désapprouvé cette tactique assez passive de l'État.

Comme ce dernier, c'est autour du directeur de la prévention, porte-parole du ministère de la santé, Dr El hadj Ndiaye de réfuter cette thèse articulée autour d'une «prise de conscience populaire» soutenue par Diouf Sarr, en optant pour « le durcissement des mesures contraignantes pour le respect des gestes barrières édictées par le ministère de la santé ».

La situation est plus que préoccupante. La maladie prend de l'ampleur au Sénégal. Le nombre de cas confirmés monte au quotidien à la même allure que le nombre de décès. Ou presque ! Après 05 mois de pandémie, l'expert en santé publique, le professeur Cheikh Mbacké Lô, a fini par conclure un bilan «mitigé».

En effet, selon l'enseignant-chercheur de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucas), «sur le plan de la prise en charge, nous n'avons pas beaucoup de difficultés. Et jusqu'à présent, je rends hommage à nos médecins, au personnel médical. Ils ont su contenir les difficultés et les hôpitaux, actuellement, ne sont pas débordés ».

Et d'ajouter : « des stratégies sont mises en place pour pouvoir suppléer à cela. Sur le traitement précoce avec l'hydro-chloroquine, le bilan est positif ».

Mais si sur le plan curatif le Sénégal affiche nettement un taux de guérison au-dessus des 60%, soit 6901 sur 10386 cas de contamination à la date d'hier.

«Le grand problème, c'est justement au niveau de l'adhésion de la population, parce que si cette maladie contagieuse progresse, c'est tout simplement parce qu'il n'y a pas l'adhésion de la population», a d'emblée reconnu le Pr Lô.

Pour corriger cette philosophie de banalisation de la maladie par les populations, la blouse blanche vote pour l'intensification de la sensibilisation à l'adresse des jeunes gens en priorité.

Car explique-t-il, « ces derniers sont des porteurs asymptomatiques et ce sont ces jeunes qui vont retourner dans les maisons pour contaminer toute la famille, y compris les personnes âgées et celles qui ont des comorbidités. Cela explique le nombre de morts ».

Dans la même veine, Pr Lô indique que « la plupart des décès que nous enregistrons, ce sont des gens qui ont d'autres maladies ou bien ce sont des personnes du 3ème âge. Donc, il faut que ces jeunes soient sensibilisés. Si les populations n'adhérent pas, je pense que nous allons vers des lendemains incertains».

Ainsi, l'Expert en santé publique soutient sans ambages que l'État doit appliquer avec la dernière rigueur les mesures coercitives. « La loi est là. Le port du masque doit être obligatoire dans les lieux publics.

L'État peut commencer, au moins dans les marchés, pour faire respecter ces mesures barrières. On ne peut pas mettre un policier derrière chaque citoyen. C'est impossible, d'autant plus que nous sommes dans un pays où les ressources sont limitées ».

Et de poursuivre : «nous pouvons, dans les lieux publics, notamment les banques où l'on note un relâchement, le faire.

Ce sera pédagogique et les populations vont sentir la nécessité de suivre les recommandations des autorités sanitaires».

Dans ce même registre, il laisse entendre que «c'est écœurant de voir des gens ne pas porter des masques, parce qu'ils sont jeunes et vont, à leur tour, contaminer des personnes du 3e âge ou qui ont des comorbidités et conduire malheureusement à leurs pertes ».

Non sans énoncée la tactique selon laquelle « il faut donner la parole à ces gens qui ont combattu la maladie dans les hôpitaux et les montrer aux populations. De même, une implication communautaire est encouragée.

Il faut que nos guides religieux puissent s'exprimer sur cette question, parce qu'au moins il y aura une grande partie de la population qui va rallier la cause ». Pour l'expert en santé publique, «si nous combinons les deux, je pense qu'ils auront des résultats très rapidement.»

«ON NE PEUT PAS GAGNER CETTE BATAILLE SANS LE RESPECT DE CES MESURES»

Après avoir déclaré : «je suis d'accord avec lui sur le cri du cœur qu'il a lancé », le directeur de la Prévention, Dr El Hadj Mamadou Ndiaye a soutenu la tactique indiquée par le Pr Lô avant de faire savoir que «c'est essentiellement là où nous devons mettre l'accent.

La limite de nos stratégies, aujourd'hui, c'est au niveau de la sensibilisation et au niveau de l'implication de la communauté à prendre part activement à la lutte contre cette pandémie. Il faut que la population accepte les mesures qui ont été édictées. On ne peut pas gagner cette bataille sans le respect de ces mesures».

Pour rappel, le ministre de la santé et de l'action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, avait opté pour « une prise de conscience des populations » et non « un durcissement des mesures contraignantes ».

Une philosophie de riposte très contestée par plusieurs spécialistes en épidémiologie et en santé publique. D'ailleurs, le directeur de laboratoire a de manière ferme réfuter cette approche de lutte en indiquant «l'application des mesures très contraignantes afin de faire respecter la loi.

Le port de masque est obligatoire et il faut que les populations se conforme à cela». En outre, Dr Ndiaye a, une fois encore, alerté les populations relativement à la bombe que constituent les cas communautaires qui montent en flèche au quotidien.

«Il ne faut pas qu'on se voile la face. La transmission communautaire est là et les chiffres communiqués, c'est selon une collecte donnée. Il y a toujours une transmission communautaire et cela signifie que c'est la partie visible de l'iceberg et qu'il y a des cas qui peuvent toujours passé inaperçus ».

REFUS DU PORT DE MASQUE ET/OU MAUVAIS PORT DE MASQUE MOUSTAPHA DIAKHATE VOTE POUR LE DURCISSEMENT DES SANCTIONS

Contre cet incivisme populaire meurtrier, l'ancien parlementaire Moustapha Diakhaté ne voit qu'une seule solution pour ne pas sombrer dans un cataclysme sanitaire irréversible : «criminaliser d'urgence le refus du port du masque ».

Pour l'ex-chef de cabinet de Macky Sall, « face aux périls qu'engendre cette épidémie, la République doit se doter d'une puissante loi pour enrayer le refus de porter le masque sur l'ensemble du territoire national».

Un acte d'urgence selon lui et invite les autorités à modifier au plus vite le Code pénal, pour sanctionner aussi bien le refus du port du masque que le mauvais port du masque dans les espaces publics.

Car lit-on dans son plaidoyer rendu public sur sa page Facebook, « en vue de mettre la loi pénale en conformité avec les impératifs de la lutte contre la Covid19, des modifications du Code pénal s'avèrent nécessaires, par la création de nouvelles incriminations telles que le non port du masque ou le mauvais port du masque dans la rue et dans tous les espaces recevant du public ».

Et de poursuivre : « le mauvais ou le non-port du masque étant une mise en danger de soi et de la vie d'autrui, représente un grave risque sanitaire pour les individus et la communauté nationale.

Pour lutter plus efficacement contre le coronavirus, il est impérieux de durcir les sanctions pénales et financières, pour obliger les Sénégalais à respecter le port obligatoire du masque ».

Par ailleurs, M. Diakhaté n'a pas manquer de souligner qu'en « raison des difficultés économiques que vivent les Sénégalais, en plus d'un arsenal répressif, le gouvernement doit mettre, gratuitement, à la disposition des populations, suffisamment de masques avec un programme national de tests massifs pour identifier les infectés du coronavirus ».

Plus de: Sud Quotidien

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