Cameroun: La nécessaire mobilisation

Si le fichier électoral ne comporte pas encore les noms des dix millions de potentiels électeurs qui existent au Cameroun, c'est aussi à cause du faible engouement manifesté par la grande majorité des 318 partis politiques légalement constitués, notamment au moment où se déroulent les opérations préparatoires aux élections et en particulier, la révision des listes électorales.

On se serait attendu à ce que les partis politiques qui concourent à l'expression du suffrage, d'après la Constitution, se bousculent pour s'assurer que leurs militants et sympathisants prennent la peine d'aller se faire inscrire sur une liste électorale, afin de pouvoir participer au vote en leur faveur le moment venu. Pour qu'il en soit ainsi, le Code électoral a même prévu que chaque parti politique, entre autres, notifie au moins 15 jours avant le début des opérations de révision des listes électorales, au démembrement communal d'Elections Cameroon (Elecam), les noms de ses représentants désignés pour siéger au sein de la commission dédiée.

Si un parti politique n'a pas désigné de représentant en temps utile, le responsable du démembrement communal d'Elecam peut, après une mise en demeure restée sans effet, adjoindre à la commission une personnalité issue de la société civile afin de pallier cette défaillance. Soit. Mais, à vrai dire, seuls les mandataires des partis politiques peuvent mieux défendre les intérêts de ceux-ci. Pour expliquer leurs absences régulières au sein des commissions communales chargées des inscriptions sur les listes électorales, plusieurs responsables des formations politiques évoquent le manque de moyens financiers auquel ils sont confrontés.

Car pour missionner un membre, il faut lui assurer une prise en charge minimale, en termes de frais de transport et de restauration. La loi n'ayant pas prévu de financement pour ce genre de dépenses, la plupart des partis politiques brillent par leur absence. Un fait qui confirme le manque de sérieux de la majorité d'entre eux, dépourvus de sièges dignes de ce nom et de partisans engagés. C'est pour cette raison que ce n'est qu'à la veille d'une consultation électorale qu'on entend parler de bon nombre de présidents ou de premiers secrétaires de partis politiques sortis subitement de leur hibernation pour faire monter les enchères sur le marché politique. Alors même qu'ils ne sont que des coquilles vides.

Dans ce contexte, quel crédit accorder à certaines contestations du processus électoral, quand les frondeurs ne se sont même pas donné la peine d'être présents à une étape aussi cruciale du processus, si tant est que ce sont les militants inscrits dans le registre des électeurs qui font la force première d'une formation politique en temps d'élection ? A moins que ces entités n'aient pas été conçues dans l'optique de conquérir et conserver le pouvoir politique. En tout état de cause, si la légitimité de l'occupant d'un poste électif est aussi fonction du niveau de participation des électeurs au scrutin dont il est issu, notre système électoral et démocratique gagnerait à être plus inclusif, en mobilisant davantage le peuple à qui appartient en définitive la souveraineté. Dans cette perspective, les partis politiques doivent sortir de la léthargie et jouer à fond le rôle pour lequel ils ont été créés.

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