Congo-Kinshasa: Haut-Katanga - Qui a « privatisé » le poste-frontière de Kasumbalesa?

Une situation malsaine règne au poste-frontière de Kasumbalesa, situé à une centaine de kilomètres de Lubumbashi, le chef-lieu de la province du Haut-Katanga. En effet, la Direction générale des douanes et accises (DGDA), sous Déo Rugwiza Magera, avait confié, dans une totale opacité, la gestion du deuxième poste-frontière du pays - après le port de Matadi - à la société privée « Trafigo ». Un cas sans précédent.

Au cours de son émission « Masolo na Député » de mercredi 29 juillet 2020, le journaliste et député national, Eliezer Ntambwe, a fait état de la présence au poste-frontière de Kasumbalesa de deux entreprises privées qui brassent, au quotidien, plusieurs dizaines de milliers de dollars. Il s'agit de « Pacific Trading SPRL » et de « Trafigo SPRL » qui sous-traitent les activités de la DGDA. La première s'occupe de la sécurité, de la manutention dans les entrepôts et le parking. La seconde sous-traite carrément les activités douanières tant à l'import qu'à l'export.

Dans son émission, Eliezer s'est attardé en particulier sur Trafigo. « À qui appartient-elle? », s'est-il interrogé. Un journaliste étant par définition un investigateur, Ntambwe n'a pas manqué de glaner quelques confidences sur ce qui se passe à Kasumbalesa. Habile, il a préféré se limiter au questionnement.

En fouillant sur la « toile », il apparaît que la société Pacific Trading SPRL est présentée comme une filiale de la très controversée Congo Futur. L'ombre de la BGFI Bank apparaît en filigrane. Durant plusieurs années, cette banque était représentée à Kinshasa par Francis Selemani Mtwale, dont la parenté détiendrait 40% du capital de cette institution financière.

Quid de Trafigo? En scrutant la toile, on y apprend très peu de chose. Sauf que Trafigo Groups SPRL a été immatriculée le 20 octobre 2018 au GUCE (Guichet Unique). La date de sa création remonte, par contre, au 5 février 2019. Elle est dirigée par Magali Raway Kayitesi. Le siège est situé au n°15 de l'avenue de la Paix, Quartier Beau Vent, dans la commune kinoise de Lingwala.

Étrange contrat de concession

C'est au mois de mai 2018 que l'Agence congolaise de presse (ACP), citant une source qui avait requis l'anonymat, rapportait que le gouvernement provincial du Haut-Katanga a transmis la gestion du poste frontalier de Kasumbalesa à la Direction générale des douanes et accises (DGDA).

Contre toute attente, la DGDA, dirigée alors par Déo Rugwiza Magera, décide de concéder l'administration de ce poste douanier à une société privée dénommée « Trafigo SPRL ». On entend déjà les adeptes du juridisme épiloguer qu'un « contrat de concession » passé entre une personne publique (le concédant) et une personne de droit privé (le concessionnaire) est parfaitement légal. Sans aucun doute.

Là où le bât blesse est qu'en mai 2018, « Trafigo SPRL » n'existait que sur papier. Elle n'avait pas d'existence légale. Cette société ne sera immatriculée que le 20 octobre 2018. Sa création n'interviendra que trois mois plus tard soit en février 2019. Voilà un étrange contrat de concession.

La DGDA avait confié la sous-traitance de ses activités à une entreprise privée qui n'avait pas encore la personnalité juridique. Cette lacune n'a pas empêché la tenue de plusieurs rencontres tripartites DGDA-Gouvernorat du Haut-Katanga-Trafigo. Pourquoi cet empressement?

Baisse des recettes fiscales et douanières

Des observateurs tant à Kasumbalesa qu'à Lubumbashi ne cachaient pas un certain étonnement au vu du zèle du sous-traitant Trafigo qui a lancé, à grands frais, des travaux d'élargissement du « Parking 2 ». Celui-ci est destiné au trafic des camions-remorques, les fameux « trucks » transportant des minerais qui sortent du pays. Tout un programme.

En « grattant » un peu, on apprendra qu'il y a une « dame » derrière Trafigo. De qui s'agit-il? Procès d'intention? Assurément pas! Il est d'ailleurs loisible aux autorités compétentes de faire auditer la DGDA et d'ouvrir une enquête sur le « deal » passé avec cette énigmatique société. La DGDA était-elle indisponible pour accomplir les tâches confiées à Trafigo? Serait-on en présence d'un cas flagrant de passe-droit?

Il serait loisible également aux mêmes autorités de se pencher sur la gestion de la « Station de péage de Lubumbashi ». Il y a manifestement une « division de travail ». Le péage serait « concédé » à un membre influent du régime sortant. C'est un sujet chinois, nommé Simon Kong, qui serait chargé de la gestion. Pour la petite histoire, cette « Station » a été construite en 2011 dans le cadre des fameux « Cinq chantiers du chef de l'État ». Ceci explique-t-il cela?

Un mois après l'investiture de Felix Tshisekedi à la tête de l'État, un « lanceur d'alerte » n'avait pas manqué d'attirer l'attention du nouveau président de la République sur la « baisse continue » des recettes fiscales et douanières dans le Haut-Katanga. À en croire cette personne, la société Trafigo éluderait chaque mois un montant important, évalué en millions de dollars.

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