Sénégal: Assainissement à Tivaouane - L'évacuation des eaux pluviales, un casse-tête dans certains quartiers

4 Août 2020

Dans la ville de Tivaouane, la problématique de l'évacuation des eaux pluviales dans certains quartiers reste toujours une équation pour les populations. Malgré les chantiers engagés dans le cadre du programme de réalisation d'infrastructures et d'ouvrages d'assainissement d'un coût global de 4,3 milliards de FCfa, le problème reste entier.

Il est un peu plus de 9 heures au quartier Kouly Nguidiane situé au cœur de la commune de Tivaouane, à quelques encablures de la zone des mosquées.

Là, 48 heures après les fortes pluies qui se sont abattues sur la ville durant toute la journée du mardi dernier, les populations avoisinantes d'un des points les plus bas de la ville, où quasiment toutes les eaux de pluie convergent en grande partie, sont amères.

Une déception qui, pour ces populations, est aujourd'hui à la hauteur de l'espoir suscité par les pouvoirs publics il y a environ deux ans, précisément le 14 août 2018. C'était la date du lancement du projet d'assainissement de Tivaouane pour 4,3 milliards de FCfa.

Selon les riverains du poste transformateur de la Senelec érigé sur le lieu, le Ministre de l'Hydraulique d'alors avait annoncé que les travaux vont durer 18 mois.

«Aujourd'hui, 22 juillet 2020, nos enfants sont en train de vivre encore un calvaire que nous, leurs pères, avions vécu quand nous avions leur âge.

Or, ce point où nous nous trouvons a été visité par les services techniques de l'État et la municipalité et est considéré comme prioritaire dans le démarrage du projet d'assainissement», souligne Doudou Diagne Mbaye, un chef de famille habitant Kouly.

Sur la même lancée, Gora Seck Mbaye, un voisin, tout comme le président de l'Asc Kouly, Habib Diagne, abondent dans le même sens.

Même si, depuis quelques jours, Pape Sy Mbaye, un natif du quartier et ses ouvriers, munis de pelles, sont en train de creuser des trous de part et d'autre de la voie.

«Le conducteur des travaux, interrogé sur ce qu'il est en train de faire, dit s'atteler avec ses ouvriers à construire des regards et à installer des tuyaux sur une linéaire de 360 mètres qui pourront évacuer les eaux du point bas quand il pleut», confie-t-il.

Mais, pour le président de l'Asc Kouly, au vu de l'ampleur des travaux, les autorités municipales, en relation avec ce tâcheron, font plutôt du colmatage au lieu de faire de vrais travaux en y mettant les moyens matériels et humains comme dans tous les grands projets à coût de milliards. «D'ailleurs, dès qu'il a plu, ces gens ne pouvaient plus travailler.

Faute de moyens logistiques adéquats pour évacuer les eaux et continuer leur boulot, ils étaient obligés d'arrêter. Les sapeurs-pompiers ont été mis à contribution pour pomper les eaux.

Ensuite, il ne leur restait qu'à prier pour que le retour du soleil permettant la poursuite des travaux. Or, tout le monde sait qu'en hivernage, l'exception est que la pluie ne soit pas au rendez-vous», relève-t-il.

En outre, les populations déplorent que les autorités municipales n'aient pas confié le marché à une grande entreprise capable d'exécuter ces travaux d'envergure.

Aussi, sont-elles unanimes sur les risques encourus par les enfants et les vieilles personnes devant cohabiter avec des trous creusés sur le chemin des piétons et remplis d'eau de pluie.

Des maisons inondées à Keur Khaly

Outre Kouly, dans le quartier Keur Khaly longeant la route nationale numéro 2 en allant vers Pire, l'unique voie bitumée y donnant accès a fini d'accentuer les difficultés des populations depuis cinq ans. «Personne ne peut accéder aux maisons sans patauger.

Celles-ci sont également remplies d'eau, des murs de clôture se sont affaissés et beaucoup de mobiliers perdus par des familles touchées par les inondations», indique Mame Asta Ndiaye, une étudiante à l'Ucad domiciliée à Keur Khaly.

Selon elle, les eaux de pluie ont envahi le bâtiment d'une famille en pleine nuit et ses membres étaient obligés d'appeler à l'aide, criant à tue-tête afin que les jeunes du voisinage volent à leur secours. «Tout cela montre que les autorités doivent prendre ce problème à bras le corps pour trouver une solution définitive», dit-elle.

Lui emboîtant le pas, Khalifa Ababacar Seck, un homme connu à Keur Khaly pour sa disponibilité et son engagement à porter les combats utiles pour l'amélioration des conditions de vie de ses compatriotes du quartier, ajoute que depuis le bitumage de cet axe routier, les problèmes n'ont pas cessé.

«Depuis 2014, dès qu'il pleut, nous sommes envahis par les eaux jusque dans nos chambres. Nous sommes fatigués et toutes les autorités sont au courant de notre calvaire, mais personne ne comprend pourquoi elles n'essaient pas de régler ce problème.

Elles sont toujours à la recherche de palliatifs depuis cinq ans», martèle-t-il.

Très traumatisée, Sokhna Diène Diop, présidente de la fédération «Ndimbal jabot» de Tivaouane et habitante de Keur Khaly, soutient que si cette question récurrente des inondations dans leur quartier n'était pas si coûteuse, Dieu sait qu'ils l'auraient prise en charge pour se libérer de la hantise des inondations. Ici, les eaux stagnantes deviennent nauséabondes.

Pis, les moustiques y pullulent, soulignant que le site est même devenu un repère de reptiles comme les serpents.

Le retard du chantier de 4,3 milliards de FCfa agace les populations

À Tivaouane, ce qui taraude l'esprit des populations de Keur Khaly et de Kouly Nguidiane, c'est le retard dans l'exécution du programme d'infrastructures et d'ouvrages d'assainissement d'un coût global de 4,3 milliards de FCfa et qui devait durer 18 mois pour la ville de Tivaouane.

Conçu pour éliminer les rejets d'eaux usées ménagères sur la voie publique, la stagnation d'eaux pluviales et réduire la propagation des maladies d'origine hydrique, le projet devait soulager les populations des inondations.

Un projet qui, dès sa première phase, visait la gestion des eaux usées. Il s'agit de la fourniture et de la pose de 16,539 km de conduites avec 1.558 branchements à l'égout, de la construction de deux nouvelles stations de pompage, de 50 édicules scolaires et de la réalisation d'une station d'épuration d'une capacité de 2.100 m3/j.

Plus de: Le Soleil

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