Congo-Kinshasa: [Pour sortir la RDC du gouffre et combattre la faim] Didier Mumengi - Militariser l'agriculture, thérapeutique de choc

«La vérité qu'il faut oser affronter aujourd'hui est que la République Démocratique du Congo n'est plus au bord du gouffre. Notre pays est au fond du gouffre. Les gouvernements se succèdent et tous se cantonnent à des vieux outils agronomiques inopérants et à des vieilles solutions agropastorales infertiles, qui se montrent chaque fois incapables de mettre un terme à la faim, à la malnutrition, et plus généralement à l'insécurité alimentaire nationale». Tout est dit dans cet extrait tiré de la 5ème Tribune du Sénateur Didier Mumengi.

«Déclarer la guerre contre la faim, Militariser l'agriculture», ainsi s'intitule ladite tribune largement relayée par la presse locale. Cet illustre écrivain n'y va pas par le dos de la cuillère. Selon lui, l'ennemi national numéro un c'est la faim. Car, celle-ci est la racine, la source et l'origine de tous les malheurs qui endeuillent la RD Congo.

Que disent les statistiques agricoles d'antan ? Un aperçu historique troublant. «Ce pays qui crève de faim aujourd'hui comptait, en 1948, plus de 15.000 entreprises industrielles, commerciales et agricoles. Le pays possédait près de 3 millions d'hectares de terrains agricoles répartis entre 135.000 «fermettes» en région forestière et 250.000 «fermettes» en région de savane. Il a exporté plus de 8.500 tonnes de riz en 1950, dont près de 1.500 tonnes à destination de la Belgique. En 1947, 340.000 têtes de bovins ont produit 4.400 tonnes de lait, 75 tonnes de beurre et 15 tonnes de fromage.

En 1959, le Congo a produit 1.500.000 tonnes de manioc, ce qui le classait jusqu'à cette date, parmi les dix premiers producteurs mondiaux de manioc. Il a aussi produit 1.590.000 tonnes de bananes, 560.000 tonnes de maïs, 250.000 tonnes de paddy (riz non décortiqué), 15.000 tonnes de caoutchouc, 1.500 tonnes d'écorces de quinquina, 30.000 tonnes de sucre, 39.000 tonnes de production globale de café (robusta et arabica), ... », relate Didier Mumengi. Et dire que, 60 ans après son indépendance, ce même pays importe aujourd'hui quasiment tout à hauteur de 2 milliards de dollars annuellement. Certaines études sérieuses prédisent qu'à la fin de cette année 2020, le déficit de la balance commerciale agricole atteindra 90%. C'est extrêmement grave !

Une illustration paradoxale : depuis 40 ans, la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, avec une production moyenne annuelle de 1.200.000 tonnes, soit 41% de l'offre mondiale, explique Mumengi. Alors que les plants du cacao qui sont à la base du boom cacaoyer ivoirien viennent du Centre de Recherche Agronomique de Yangambi à l'ouest de la ville de Kisangani en RDC. Pourtant, cet immense pays au cœur de l'Afrique produit seulement à peine 6.000 tonnes de cacao chaque année. De quoi hocher la tête.

Didier Mumengi prévient : «... la force agricole détermine la force de chaque Etat comme la faillite de la production agricole est le miroir de la faillite des Etats. Aussi, étant donné que la sécurité nationale dépend de la sécurité alimentaire, les moyens dont dispose un Etat pour nourrir sa population constitue le nerf moteur de la souveraineté nationale, et conditionne le positionnement de la République dans le concert des nations».

D'où, il faut une thérapeutique de choc pour enrayer la faim, ennemi public numéro un. «... il n'y a pas trente-six solutions : militarisons la production agricole !», préconise-t-il. Au-delà de trois principales forces qui structurent l'armée congolaise, à savoir la «Force terrestre», la «Force aérienne», la «Force navale», créer une quatrième force, en l'occurrence, la «Force Militaire Agricole». Inédit. Tous les détails concernant le fonctionnement de cette nouvelle force sont repris dans ladite tribune.

Selon Didier Mumengi, la militarisation de l'agriculture permettra non seulement d'expérimenter une façon totalement inédite d'assurer le développement de la production agro-pastorale, mais aussi et surtout, de construire les fondements d'une économie agricole qui nourrit le peuple tout en protégeant la nation. Formidable réflexion. Les dirigeants congolais ne doivent pas avoir peur de l'innovation. Essayons la recette Mumengi dans le secteur agricole.

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