Cameroun: « La fonction politique locale est devenue plus attractive »

interview

Dr Jean Daniel Bombela, politologue, université de Yaoundé II.

Les élections régionales se profilent à l'horizon et l'on observe une effervescence teintée de revendications notamment celles des autorités traditionnelles. Cela se comprend-il aisément ?

Il faut toujours appréhender la politique comme un espace dominé par des luttes tantôt matérielles tantôt symboliques. De ce fait, l'effervescence que l'on observe actuellement chez les chefs traditionnels et autour de ceux-ci peut se comprendre comme une manœuvre d'inscription durable dans la négociation des rentes de la décentralisation en lien avec le palier régional. Les chefs traditionnels et surtout les entrepreneurs politiques investissant dans le contrôle de cette rente ont bien tiré les leçons des municipales. La fonction politique locale est devenue plus attractive et propose des espaces d'expression et d'exercice du pouvoir non négligeables. La loi de décembre 2019 portant Code général des Collectivités territoriales décentralisées est la principale source de cette attractivité. Par ailleurs, cette effervescence est aussi un positionnement des chefs traditionnels eux-mêmes comme les gardiens du terroir et des territoires en vue d'influencer la politique locale. Les catégories d'autochtones et d'allogènes travaillent considérablement ce positionnement. Les chefs traditionnels en tant que gardiens de la tradition s'annoncent aussi comme gardiens des spécificités territoriales. De ce fait, la place institutionnelle qui leur est accordée ne suffit pas. Ils s'inscrivent donc dans le symbolique.

L'autre enjeu se trouverait au niveau du redécoupage spécial de certaines circonscriptions électorales par le président de la République. Est-ce gage d'une tenue sereine de cette élection ?

Les enjeux sur le découpage des circonscriptions électorales dépendent principalement des jeux de l'acteur politique principal. En fait celui qui en fonction de ces objectifs stratégiques d'organisation de l'espace politique locale décide. Cependant, il peut y être vivement encouragé par des soutiens qui espèrent légitimement des rétributions. Il peut aussi être envisagé comme une revendication identitaire et être formulé par des acteurs aux positions politiques divergentes. Ceci ne peut cependant pas entacher la qualité des élections. La loi donne cette compétence exclusivement au chef de l'État. C'est une compétence dans son initiative et dans sa matérialisation. La sérénité de l'élection ne peut en dépendre.

À quelles conditions cette élection peut-elle véritablement contribuer à l'accélération de la décentralisation ?

La première condition, c'est le respect des dispositions normatives en la matière. La Constitution, le Code électoral et le Code général des Collectivités territoriales décentralisées proposent déjà un cadre assez serein pour l'organisation de ces élections. La deuxième condition à mon sens, c'est le rôle républicain des acteurs engagés dans cette compétition électorale à venir. Les élections régionales sont porteuses d'une charge de rétraction identitaire qu'il faut anesthésier par un discours politique responsable. Les postures autochtones ne doivent pas prendre le pas sur le devenir commun. De manière plus précise, les régionales vont donner un coup d'accélérateur décisif au processus de décentralisation voulu par la communauté nationale.

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