Tchad: Le pays censure internet

Après la diffusion d'une vidéo montrant le lynchage d'un officier de l'armée, le pouvoir tchadien dit vouloir empêcher les messages de haine.

Depuis deux semaines, le gouvernement tchadien a coupé l'accès à internet après la diffusion d'une vidéo montrant le lynchage d'un colonel de l'armée alors que celui-ci venait d'abattre un mécanicien. Le gouvernement souhaite ainsi empêcher les messages de haine alors que ce drame illustre les tensions toujours présentes dans le pays. Mais la société civile dénonce cette décision qui punit tous les internautes.

Le drame survenu le 14 juillet a fait ressortir plus que jamais les tensions ethniques entre la communauté musulmane zaghawa, dont est issue le président tchadien Idriss Deby Itno, et les autres communautés.

"Des méthodes de dictatures totalitaires"

Chaque journée était en effet marquée par des discours de haine ou encore des messages d'appel à la révolte sur la toile. C'est pour éviter cette flambée de violence que le gouvernement a décidé, le 22 juillet dernier, d'opter pour une nouvelle censure d'internet.Une décision que dénonce le directeur Afrique centrale d'Internet Sans Frontières, Abdelkerim Yacoub Koundougoumi.

"Couper internet quelle que soit la raison d'ailleurs n'est pas la solution. Ce sont des méthodes utilisées par des dictatures totalitaires pour bâillonner leur peuple. S'il faut lutter contre la haine en ligne, lutter contre les fake news, ou s'il faut apaiser la tension quand il y a des conflits, c'est justement en utilisant ces outils pour sensibiliser, éduquer contre ces discours de haine en ligne, ces fake news et tout autre comportement qui nuit à la sécurité. Nous appelons le gouvernement tchadien à lever cette restriction et trouver d'autres moyens pour combattre le contenu haineux. "

Pour Yaya Sidjim, secrétaire général de l'Association de défense des droits des consommateurs, le gouvernement ferait mieux de punir les auteurs de publications haineuses plutôt que de punir tous les internautes.

"Ce n'est pas à cause de la faute de quelques individus qu'on doit pénaliser toute la population. Aujourd'hui, les moyens techniques sont là, on peut traquer ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour semer des troubles et porter atteinte à des individus. Pour nous, la solution judiciaire est la meilleure. "

"On n'a pas tiré la leçon du passé"

Une situation dont est conscient le porte-parole du parti au pouvoir, Jean-Bernard Padaré. Cependant, celui-ci évoque les difficultés de traquer les auteurs de ces publications.

"C'est difficile pour tout le monde mais ce sont des mesures nécessaires. Vous savez très bien que des individus se cachent derrière de faux profils et dans la plupart de cas, ils ne sont pas au Tchad donc ils ne craignent rien. Quand ils écrivent par exemple aux Etats-Unis, en France à Londres... dans n'importe quel pays européen ou bien africain, comment les traquer ? Ce sont là les difficultés. Une première fois, il y a eu une restriction d'internet et le chef de l'Etat progressivement avait ordonné la levée de cette mesure. Mais il avait dit : s'il y a encore des abus et que ça peut porter atteinte à l'unité nationale et bien je n'hésiterais pas un seul instant à encore restreindre. Malheureusement, on n'a pas tiré la leçon."

Face à la montée des tensions ethniques sur la toile, le président Idriss Deby a d'ailleurs, lors de la célébration de la fête de Tabaski le 31 juillet dernier, dénoncé la mauvaise utilisation des réseaux sociaux par les jeunes. «WhatsApp et le VPN ne sont pas créés pour s'insulter, pour cultiver la déchirure du tissu national ou pour critiquer des ethnies», a-t-il affirmé.

Plus de: DW

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