Congo-Kinshasa: Appréciation du franc congolais - Des mesures aléatoires à effet éphémère

Quelles sont les mesures prises par la Banque centrale du Congo pour contenir les effets pervers de la variation du taux de change sur le marché ? La question est visiblement sans réponse à l'illustration du comportement déplorable de différents acteurs intervenant dans le secteur de change. Un comportement qui favorise la spéculation sur le marché. Et c'est sans compter qu'aucun impact n'est ressenti sur la structuration des prix des biens. De l'avis des experts, à l'instar du Dr Noël K. Tshiani, la BCC donne ainsi l'impression de ne pas savoir ce qu'elle veut par le fait de garder inchangé le dispositif monétaire avant et après la chute de taux de change. Sinon, la BCC ne se contente que des mesures aléatoires à effet éphémère, un peu comme un perroquet qui répète la même chanson, quelle que soit la saison.

Le caractère extraverti de l'économie congolaise devrait davantage pousser le gouvernement de la République, de par sa politique financière, et la Banque centrale du Congo qui a la charge de la politique monétaire, à une capacité de réponse face à la crise sanitaire qui a pratiquement déraillé l'économie nationale. Ce n'en est pas le cas. La RDC fait montre d'une économie qui nage dans l'instabilité accentuée avec des spéculations à la hausse tout comme à la baisse de sa monnaie.

Le sujet a pourtant préoccupé. Il y a peu, le chef de l'Etat qui avait réitéré, au cours de la 41ème réunion du Conseil des ministres, l'instruction qu'il avait donnée au Premier ministre de veiller à ce que le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale du Congo qui ont la responsabilité de la stabilité de la monnaie, prennent des mesures appropriées pour arrêter la dépréciation du franc congolais.

La BCC, qui se dit déterminée à lutter contre la dépréciation du franc congolais, est loin d'asseoir une politique monétaire adéquate. Parce que déjà incapable de garantir la valeur de la monnaie nationale qui est totalement supplantée par la dollarisation de l'économie du pays.

Et pourtant, en ce temps de crise sanitaire mondiale, la BCC devrait concevoir et mettre en œuvre une politique monétaire à même de résister dans le contexte bien connu d'un système financier extraverti, du reste à inverser, dans la durée pour changer les cours des choses.

En lieu et place d'une telle politique, on assiste à des solutions cosmétiques avec des mesures, les mêmes, qui se répètent de réunion en réunion du Comité de politique monétaire. Des mesures que la BCC seule juge « très efficaces » pour ralentir le rythme, dit-elle, de dépréciation de la monnaie nationale sur les segments indicatif et parallèle.

Comment donc procéder à des ajustements budgétaires, à l'amélioration des recettes dans un Etat déficitaire ? Le gouvernement qui est déjà loin d'atteindre les assignations budgétaires inscrites dans son budget de l'exercice en cours n'a fait que traîner le pied pour procéder à un collectif budgétaire. La conséquence, c'est que la capacité d'intervention de l'Etat et même le respect de la règlementation de change par le secteur privé sont impossibles.

Dans un tel jeu, sur le marché les différents acteurs ne peuvent qu'afficher un comportement qui favorise la spéculation sur le marché de change. La preuve, c'est, qu'à ce jour, ce qui apparaît comme appréciation de la monnaie n'est qu'un leurre face à un jeu spéculatif.

Entretemps, la BCC maintient son dispositif monétaire inchangé avant et après la chute de taux. Ce qui ne s'explique pas.

Pour Dr Noël K. Tshiani Muadiamvita, du fait que la BCC cherche à éponger la surliquidité en franc congolais sur le marché, elle aurait dû changer à la hausse les coefficients de réserves obligatoires sur les francs congolais. Et comme elle cherche à augmenter l'offre des devises sur le marché de change, elle aurait dû baisser les coefficients de réserves obligatoires sur les dépôts en dollars.

De l'avis de plusieurs experts, la BCC ne cherche même plus à combattre la dollarisation de l'économie qui pourtant l'empêche de concevoir et mettre en œuvre une politique monétaire indépendante et crédible. Plus grave, c'est que la dollarisation fait perdre à la BCC des revenus de seigneuriages du fait de la circulation en RDC des dollars américains. Ces revenus de seigneuriages sont subtilement transférés aux États-Unis d'Amérique, pays producteur des dollars, pendant que la BCC encaisse des pertes d'exploitation importantes années après années. Promouvoir la dollarisation en RDC au détriment du franc congolais équivaut pour notre banque centrale à scier la branche de l'arbre sur laquelle la BCC est assise. Pas possible de comprendre la vision des autorités monétaires congolaises qui semblent de plus en plus dépassées par les événements et qui vont en sens inverse de la vision de développement du chef de l'Etat.

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