Ile Maurice: Wakashio - Une substance noire s'échappe de l'épave

La situation semble se détériorer ce jeudi 6 août. Depuis ce matin, une substance noirâtre s'échappe du Wakashio. Si les autorités se veulent rassurantes, les ONG et les habitants, eux, craignent le pire.

Une partie de la cale 9 du navire échoué s'était abîmée hier et cela a provoqué une fuite. Sollicité, une source de la National Disaster Risk Reduction and Management Centre concède que la fissure s'est empirée aujourd'hui. Cependant, elle affirme qu'il n'y a aucun risque que le navire se brise. Quant au liquide visqueux qui s'échappe, ce membre de la NDRRMC explique qu'il ne s'agit que «d'un peu d'huile qui provient du moteur».

Du côté les ONG, l'inquiétude gagne du terrain. Sur sa page Facebook, le collectif EcoSud demande au public de ne pas s'aventurer dans l'eau. Un des membres, Sebastien Sauvage, explique qu'il se peut que cette huile soit toxique.

Le ministre de l'Environnement, Kavy Ramano, se rendra sur place dans la journée.

L'Andromeda en route pour pomper le fioul

«Un navire, qui s'appelle Andromeda, arrive dans trois-quatre jours. Il a un système de pompage qui lui permet de pomper l'huile à une distance de 200 mètres du vraquier.» Ce sont là les derniers développements qui ont été communiqués par le directeur du Shipping, Alain Donat, lors d'une rencontre avec la presse, hier.

Selon lui, l'Andromeda n'aura pas lieu de s'approcher du MV Wakashio, sauf s'il y a beau temps. Au cas contraire, il peut rester loin, avec un remorqueur pour transférer le fioul. Alain Donat explique que le navire a une capacité de stockage de 2 800 m2 . «Avec les 3 894 MT à bord, il faudra qu'il fasse deux voyages et transférer le fioul dans une autre capacité. Pour l'Angel One, on avait transféré le fioul dans les installations de la Mauritius Fertilizers, aujourd'hui Total.»

La conférence de presse d'hier a également permis d'apporter des éclaircissements à plusieurs interrogations, surtout après que des photos et vidéos montrant le MV Wakashio qui s'enfonçait dans l'eau. Ce qui a laissé craindre le pire aux habitants de Pointe-d'Esny et aux internautes. «Je suis étonné. L'avant du navire est sur les récifs et il pend vers l'arrière», remarque un habitant de la région. «Est-il en train de sombrer ?» s'interroge une internaute.

Les nombreuses extrapolations ont, du coup, fait réagir les autorités. Tout d'abord, un communiqué du ministère de la Pêche qui a apporté un démenti. «Les vidéos et photos montrant le MV Wakashio sur les réseaux sociaux ce 5 août 2020 semblent avoir été manipulées et sont trompeuses. Le ministère rassure le public que, selon les experts, le Wakashio est stable, contrairement aux photos circulées sur les réseaux sociaux. Le vraquier ne sombre pas et ne va pas sombrer. Le processus pour l'opération de renflouage est en cours. Toutes les mesures sont prises par l'équipe de sauveteur pour rééquilibrer le navire.» Et d'ajouter que l'équipe de sauveteur, qui comprend des professionnels étrangers, fait de son mieux pour tirer le navire de notre côte.

Alain Donat a apporté une pluie de précisions. «À 22 heures hier (NdlR, mardi), on a reçu un appel des salvers pour nous dire que la machine a été inondée. Et ils avaient déjà informé que si le bateau continue à souffrir sur les récifs, il y avait un risque que la machine soit inondée. L'eau est montée jusqu'au palier des générateurs et ils ne pouvaient plus produire de l'électricité pour travailler. Ils ont mis en marche les générateurs de secours. L'agent a déjà fait le nécessaire pour envoyer un générateur.»

Cales inondées

Pourquoi le vraquier est sur l'arrière ? L'explication, selon le directeur du Shipping, est simple. La cale no 9, qui est juste avant la salle des machines, a eu une entrée d'eau, dit-il. Et la cloison entre la cale no 9 et la machine a une fuite. Ce qui fait que l'eau de la cale no 9 est entrée dans la machine. «Les cales nos7, 8 et 9 sont inondées. Dans la cale no 6, les salvers, avec toute leur équipe d'architectes navals, ont mis de l'eau pour que le bateau soit stable. Donc, les cales nos1, 2, 3, 4 et 5 n'ont pas d'eau.»

Autre clarification : le vraquier est déjà «assis au fond de la mer» et ne peut aller plus bas, poursuit Alain Donat. «Il y a une différence de 12 m entre l'avant et l'arrière sur les 300 mètres. La cale a eu une brèche et, puis, la cloison entre la cale no 9 a fait une fuite. À cause du mauvais temps, le bateau bougeait toujours et une structure a cédé. Ce qui a provoqué une fuite.»

Le directeur du Shipping affirme que les salvers attendent les pompes, qui arrivent ce matin. Selon lui, une partie est déjà là. Aussitôt après, l'eau sera transférée sur les ballasts d'en haut du MV Wakashio. Dans un communiqué émis hier, l'armateur japonais Nagashiki Shipping Company explique qu'il travaille en étroite collaboration avec les autorités mauriciennes et la société de sauvetage pour le renflouement en toute sécurité du vraquier.

«Suite à l'approbation des autorités, les experts en sauvetage et l'équipage ont commencé les opérations de pompage dans les zones à bord du navire qui ont subi des infiltrations d'eau. Actuellement, toute l'eau pompée des zones endommagées est stockée dans d'autres réservoirs à bord pour éviter tout risque de pollution.»

Avec les données qui ont changé à cause du moteur inondé, Alain Donat fait ressortir que l'opération devient plus complexe. «Ils ont toute leur équipe d'architectes navals. Ils vont changer les données et la prochaine étape sera de stabiliser le bateau et de transférer le fioul. Il y a des risques pour le carburant, mais c'est moyen», a-t-il répondu à une question de la presse.

Selon lui, les carburants du vraquier se trouvent à la salle des machines. «Ils sont assez en haut. Tout ce qui était en bas a été transféré en haut. Ce matin, ils ont trouvé un sheen (NdlR, éclat d'huile) et vers 15 heures, un autre. Ça pourrait provenir du lubrifiant de l'arc de l'hélice. Mais ce sont des sheen, pas de déversement d'hydrocarbures. Il n'y a aucun risque. Tout ça s'évapore après.»

Après le pompage d'eau et de l'huile, l'étape finale sera le refloating. D'où la raison de changer le plan de sauvetage. Au départ, indique Alain Donat, l'idée était de remettre à flots sans avoir à pomper l'huile et l'eau car la salle des machines n'était pas inondée. «Mais les conditions ont changé. Ils retravaillent leur plan pour nous dire comment ils vont procéder pour pomper le fioul, faire le plan de renflouement et le manuel de renflouement.»

À noter que cinq Japonais de Nippon Salvage sont arrivés mardi. Ils ont été transférés aussitôt sur le vraquier, après avoir soumis à des tests de dépistage au Covid-19 qui sont avérés négatifs. Six autres arrivent aujourd'hui.

Plus de: L'Express

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