Sénégal: Mise à sac du siège du quotidien «Les Echos» - Article 19 désapprouve une attaque injustifiée

48heures après le saccage, le lundi03aout2020, du siège du quotidien «Les Echos», la4ème d'une série de violences physiques contre des journalistes et des médias depuis le début de l'apparition de la Covid-19 au Sénégal, la société civile, notamment ARTICLE 19 et la RADDHO, condamne un acte «barbare» et approuve l'ouverture, par le Procureur de la République, d'une enquête.

Pour avoir informé sur un cas de coronavirus, le journal «Les Echos» a été attaqué par des assaillants qui ont également endommagé certains équipements du média, lundi dernier 3 août. Fatou Jagne Senghore, Directrice Régionale de ARTICLE 19 Sénégal et Afrique de l'Ouest condamne cette attaque et exprime «sa profonde désapprobation contre ce saccage injustifié», informe un communiqué daté du 5 août.

«Nous regrettons et condamnons fermement ces actes de violence contre un média en cette période cruciale où tout le monde a besoin d'information sur la pandémie de coronavirus.

Les Médias jouent un rôle clé dans la diffusion des informations fiables sur la pandémie de coronavirus et l'information des populations sur les moyens de se protéger.

Les journalistes prennent des risques contre leur santé pour faire ce travail. Ils ne devraient par conséquent jamais être la cible de violence.

Ces actes de violence sont une sérieuse menace à la liberté d'expression, à la sécurité et à la protection des journalistes. Une investigation doit être diligentée».

Et la source de rappeler que cette attaque fait suite à la parution d'un article qui révélait que le leader religieux des Mouchtarchidines, Serigne Moustapha Sy, a été testé positif à la Covid-19.

Ses adeptes n'auraient pas toléré la publication d'une telle information. La police a ouvert une enquête sur cette attaque et a procédé à l'arrestation de quelques suspects.

ARTICLE 19 de relever que l'attaque contre le journal «Les Echos» est la 4ème de la série des violences physiques contre les personnes et les biens des médias depuis le début de la pandémie du coronavirus au Sénégal.

«Le 24 juin, un cameraman de la 7TV a été sauvagement agressé par des personnes inconnues alors qu'il faisait son travail.

Dans la nuit du 2 juin, la Radio Futurs Médias de Mbacké a été attaquée et ses bâtiments saccagés par des manifestants qui protestaient contre le couvre-feu et les restrictions imposées dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire.

En Mars 2020, au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence, de nombreux citoyens dont le nombre n'a pas été confirmé, deux journalistes en service à Touba, ont été victimes des violences policières pour non-respect du couvre-feu.

Les responsables de ces attaques n'ont pas répondu de leurs actes.» Toutefois, Fatou Jagne Senghore salue «l'arrestation de quelques suspects de l'attaque contre le Journal "Les Echos" parla Gendarmerie.

Ceci est un premier pas dans la bonne direction. Nous demandons aux autorités de poursuivre l'investigation de tous les cas avec diligence et à traduire les suspects en justice.

Il est impérieux que les autorités prennent toutes les mesures nécessaires pour protéger les médias et prévenir d'autres attaques.»

Mieux, ARTICLE 19 invite les autorités à assurer la sécurité des professionnelles et des médias. «Face à la récurrence des attaques contre les médias, le Sénégal doit faire davantage pour assurer la sécurité et l'indépendance des médias et des journalistes, dont le rôle est indispensable dans l'effort national de lutte contre la pandémie du coronavirus».

...LA RADDHO CONDAMNE FERMEMENT DES VIOLENCES BARBARES

«Les règlements de comptes entre citoyens sont incompatibles avec l'Etat de droit.» C'est le titre de communiqué de la RADDHO condamnant le saccage des locaux du journal «Les Echos».

«Face à ces menaces sur la liberté d'expression et d'information, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l'Homme (RADDHO) : condamne fermement ces violences barbares subies par des acteurs de la presse et leur exprime sa solidarité agissante ; se félicite de l'ouverture, par le Procureur de la République, d'une enquête et espère que les auteurs de ce crime abominable seront traduits très bientôt devant les juridictions ; rappelle que la liberté d'expression et d'information est, non seulement, un droit fondamental garanti par la constitution et les instruments juridiques internationaux auquel le Sénégal a souscrits, mais elle est aussi un principe essentiel de bon fonctionnement de l'état de droit et de la démocratie», lit-on dans le document en date du 5 août.

Aussi la RADDHO demande-t-elle «aux autorités de tout mettre en œuvre pour que de tels actes ne se reproduisent plus au Sénégal». Pour la RADDHO, «ces actes constituent une violation grave de la liberté d'information et une sérieuse entrave à l'exercice du métier de journaliste au Sénégal. Une profession qui, depuis le début de la pandémie, est mise à profit pour, non seulement, informer les sénégalais sur l'état sanitaire du pays, mais aussi et surtout sur les comportements à adopter pour éviter la propagation du COVID 19 au sein de nos communautés.

S'y ajoute que tout journal de la place a le droit et le devoir d'informer les sénégalais sur la vie des partis et de leurs dirigeants, qui demeurent des acteurs importants de la vie politique du pays. La protection de l'image d'un guide religieux ne saurait justifier des actes qui semblent s'inscrire dans une dynamique de mise au pas de la presse nationale.»

En effet, note le texte, le lundi 03 aout 2020, aux environs de 13 heures, les locaux du journal «Les Echos» ont été attaqués par un groupe de personnes au motif que l'organe de presse a publié, dans son édition du jour, un article dans lequel il était affirmé qu'un responsable de parti politique, par ailleurs guide religieux, avait été interné dans un hôpital de la place après avoir contracté le Covid19.

Au cours de l'attaque, le bureau du rédacteur en chef, la salle de montage et celle de la rédaction sont saccagés et le matériel informatique, outil de travail des journalistes, complètement endommagé.

Et la source de souligner qu'un peu plus tard, dans la journée, le Secrétaire national à la jeunesse du PUR, a, dans un communiqué rendu public, démenti la nouvelle de la contamination du guide religieux et lancé un avertissement aux journalistes du journal qu'il accuse de participer à une «campagne grandeur nature de déstabilisation, de diabolisation et de dénigrement» de celui-ci.

Plus de: Sud Quotidien

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