Cameroun: El Aboubakar Ousmane Mey «Justice Plus, se tiendra aux côtés des restes du Président Ahidjo»

interview

Le débat sur le rapatriement des restes du tout premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo sera une fois de plus relancé le 30 novembre prochain. Ce sera à l'occasion du 31e anniversaire de son décès à Dakar au Sénégal.

Si depuis des années les autorités camerounaises se sont montrées peu favorable au retour des restes de l'ancien président camerounais, le président et fondateur de l'ONG « Justice plus », Aboubakar Ousmane Mey ne compte pas laisser ce dossier tomber. Il travaille depuis des années sur le retour des restes du premier président du Cameroun dans son pays natal. L'homme n'a surtout pas perdu son sens critique, même si, dans l'entretien qui va suivre, il n'hésite pas à mettre des gants. Lisez...

En 2014, Justice Plus avait annoncé la création des coordinations départementales et régionales dans le cadre des démarches visant à rapatrier les restes du président Ahmadou Ahidjo. Vous revenez en 2020 avec la nomination du coordonnateur diplomatique du comité de pilotage international de l'association, le renforcement des différentes coordinations etc. Est ce à dire que vous voulez passer à l'étape supérieure de vos objectifs et projets ?

Vous faites bien de relever nos démarches antérieures pour la cause de l'ancien Président Ahmadou Ahidjo qui pour nous est l'une des clés de décrispations dont le Cameroun dispose et que l'ordre gouvernant persiste à fouler aux pieds pour des raisons que nous cherchons encore à déchiffrer.Pour ce qui est de notre redéploiement en cours, Celestin Djamen est en effet le responsable de la coordination diplomatique pour des raisons évidentes. Il y a plusieurs démarches à entreprendre localement mais aussi dans d'autres pays tel que le Sénégal où repose l'ancien Président. Mais l'importance de cette coordination vise beaucoup plus la sensibilisation de notre diaspora longtemps tenue en marge des affaires de leur pays qu'ils aiment autant que ceux restés dans le territoire.En 2014 nous étions deux structures à avoir envisagé le colloque malheureusement avorté du 7 et 8 février suite à la note du souprefet de Garoua 1er datant du 23 janvier 2014. Le Pr Alain Fogué s'était rallié à la cause et chemin faisant plusieurs autres personnalités comme le Pr Maurice Kamto, le cardinal Christian Tumi et beaucoup d'autres s'étaient manifestés. 2020 c'est une autre dimension. Le colloque que le Sous-Prefet nous avait interdit de tenir à Garoua sera transposé à Dakar où Paris.

Depuis lors, vous n'avez plus organisé de conférence à moins que ce soit passé inaperçu de notre part. Avez vous prévu une activité cette année au Cameroun ?

En réalité plusieurs impondérables sont entre temps intervenus et de façon générale la situation sécuritaire avait prit un coup dans le grand nord. Boko haram dans l'extrême-nord, prises d'otages dans l'Adamaoua et la crise anglophone a définitivement refroidi certains ardeurs. Nous ne pouvions donc pas compromettre l'action des forces de défenses en pleine activités militaires.Pour autant, chaque fois que l'occasion se présentait, nous ne manquions pas d'interpeller les uns et les autres à se saisir de cette cause hautement valorisante pour la république et pour la réconciliation nationale.L'occasion nous a pourtant été refusée une fois de plus lors du grand dialogue d'avril 2020 à Yaoundé où un membre du gouvernement originaire de l'extrême-nord dont je communiquerai le nom, a manipulé le Premier Ministre pour le convaincre de rejeter le dossier de ´Justice Plus' qui n'avait pour seul objet que l'affaire Ahmadou Ahidjo.Il vous souviendra pour tout dire que le rapport sur les propositions de sortie de crise des régions anglophones avait dans l'un des ses points demandé le rapatriement des restes du Président Ahidjo.Comment un membre du gouvernement peut il s'opposer à une volonté issue de quatre coins du Cameroun? C'est juste des incompétents qui sont assis dans des bureaux à manipuler les instruments de l'Etat comme des gamins avec des jouets.Nous avons en réalités beaucoup travaillé sur les objectifs à atteindre en élargissant les actions. Cette année verra la célébration du 30e anniversaire du décès de l'ancien président survenu le 30 novembre 1989 à Dakar.

Il est prévu un colloque je le disais plus haut, et nos coordinations au niveau local seront bien entendu mises en route pour ce rappel de notre histoire.

Une coordination nationale chapeautera les dix coordinations régionales. Nous sommes en pleine tractations pour la cooptation des responsables qui s'occuperont des activités.Une conférence de presse est déjà prévue pour rendre public nos activités et les différents points d'attaches vont être indiqués à tous ceux intéressés par notre démarche plutôt trans-partisane.

Vous travaillez depuis des années, sur le retour de la dépouille de l'ancien président du Cameroun, Mr Ahmadou Ahidjo, enterré à Dakar au Sénégal. Où en êtes vous actuellement avec ce dossier ? Qu'est ce qui n'a pas marché ?

Le plus simple d'esprit dans notre pays peut vous dire d'où vient le blocage. Vous avez des gens assis sur des fauteuils d'avantages parce que simplement portant le nom de l'ancien Président. Je veux parler de son fils aîné Mohamadou Ahidjo (alias) Badjika, non moins ambassadeur itinérant et PCA de l'hôtel Sawa à Douala. Son épouse (fille de Moussa Yaya) qui a effacé le nom de son époux sur son libellé de nom devenant 'Oumoul Ahidjo' au lieu de 'Oumoul Mohamadou Ahidjo' pour plus de visibilité, est parlementaire. Vous avez sa fille cadette Aminatou qui trône elle au palais de congrès comme Pca. C'est avec beaucoup de déception que nous observons cette indignation qui ne grandit pas ces protagonistes du parricide. Le palais de congrès et l'hôtel Sawa sont les œuvres de Ahmadou Ahidjo, je ne suis pas sûr que ces trois plaisantins trouvent le sommeil la nuit. Je n'envie pas leur sorts, un homme comme Ahidjo, ça n'a pas de prix, l'avenir nous dira s'ils étaient du bon côté de la barrière. Puis vous avez les hommes d'affaires politiques comme Bello Bouba de l'UNDP, qui a roulé tout le monde dans la farine avec l'approche Ahidjo, un vrai filou politique. Ils sont un certain nombre comme lui qui aujourd'hui, se sont agrippés à la mangeoire, pince sans rire.

Paul Biya, ne donne pas l'impression d'avoir inscrit cette question dans son agenda.Si vous n'êtes pas entendu, et que les restes du président Ahmadou Ahidjo ne sont pas rapatriés, que fera Justice Plus ?

Paul Biya est sur la fin, autant nous lui devons du respect pour son âge, autant il doit être à la hauteur de l'âge qu'il porte. Nous sommes un pays fragilisé et cherchons les moyens de raccommoder le tissus social qu'il a grandement contribué à mettre en lambeaux. Il devrait plutôt se frotter les mains de ce qu'il y ait des camerounais qui se soucis de l'après Biya qui est inéluctable. Sa famille ne disparaîtra pas après sa sortie de piste, cela il le sait et eux, le savent aussi. Il serait pour eux avantageux de s'inscrire à grande vitesse dans ce processus qui de faite est un volet important de la réconciliation nationale et de maturité du point de vu humain. Vous ne pouvez pas passer près d'une quarantaines d'années au pouvoir et laisser d'aussi salles casseroles dans votre cuisine. Nulle ne l'admettrait encore moins les camerounais qui ont en souvenir la gestion de l'état totalement à l'opposée de la leur durant le règne de Ahmadou Ahidjo.'Justice Plus' ne reculera pas et se tiendra aux côtés des restes du Président Ahidjo, jusqu'à ce que la cause soit entendue. Cela prendra le temps qu'il faut, mais nous seront toujours derrière cette démarche, et là dessus, il n'y a aucun doute à entretenir.

Après avoir quitté le pouvoir en 1982, Ahmadou Ahidjo avait été condamné à mort par contumace à la suite de la tentative de coup d'Etat d'avril 1984 puis, officiellement réhabilité en 1992, trois ans après son décès et son enterrement à Dakar au Sénégal. Les propriétés familiales qui avaient été saisies furent restituées mais, la commission mise sur pied à l'époque pour évaluer les dégâts et le montant des réparations à effectuer n'a jamais abouti à des résultats probants. En 2020, que deviennent ces propriétés familiales d'Ahmadou Ahidjo ?

Déjà la condamnations Président Ahmadou Ahidjo est survenue à la suite du complot imaginaire, supposé ou réel d'août 83. Il a effectivement été condamné le 28 février 1984 à la peine que vous relevez et sa pension de retraite fut par décret du 16 mars 1984 signée de la main de Paul Biya suspendue. Tous ses biens, ceux de son épouse et ses enfants réquisitionnés, les passeports retirés.Là loi d'amnistie du 16 décembre 1991 en son article 2, l'a en effet rétabli dans ses droits avec pour effet selon le dit article, de dissiper tout préjugé négatif qui entourait toute référence à l'ancien Président, notamment en ce qui concerne son nom, sa biographie, son effigie, son portrait, etc...L'article 3 de cette loi nous édifie quand à lui sur les conditions de rapatriement que la famille devrait solliciter, et l'Etat se chargerait quand à lui des frais. Aucune trace des titres de transports retirés malgré la loi d'amnistie, ce qui aurait dû être la première étape de toutes les démarches.Sans trop verser dans les détails, je puis affirmer ici pour avoir fait le tour de l'ensemble des propriétés du Président Ahidjo, que ses biens pour la plus part ont été pillés pour certains par des responsables du régime, et vandalisés par des personnes malveillantes pour les autres. La seule des maisons qui peut encore être utilisée est celle du quartier Sabongari à Ngaoundéré. Aucune de ses résidences de Garoua n'est habitable, celle de Mayo Oulo a été totalement mise à sac.

Existe t-il encore des proches de l'ancien président Ahmadou Ahidjo encore vivants qui ont été bannis du Cameroun ?

Dans cette famille à ma connaissance il ne reste pas grand monde. Son cousin germain Alhadji Ballo que je fréquentais du côté de Nassarao son village natale, est également décédé.Il lui reste certes des neveux et nièces mais pas de proches parents au 1 er degrés. La seule véritable proche de Président Ahidjo est sa veuve qui est aujourd'hui comme vous le savez, basée à Dakar depuis leur exil qui a débuté en 1983 soit un an environ après sa démission.

Parlant justement de la veuve Ahidjo, elle a accompagné pendant des décennies les pas du premier président de la république du Cameroun. Elle vit en exil à Dakar et n'a toujours pas reçu sa pension de veuve d'ancien président. A votre avis, qu'est qui n'a pas marché ? l'ONG Justice Plus a t-elle engagé une activité sur ce manquement afin de débloquer la situation ?

Mme Ahidjo est effectivement sans pension et vit à Dakar avec deux de ses filles, trois petits enfants et ses arrières petit enfants. En dehors des deux filles parties du Cameroun depuis 35 à 36 ans, tout le reste de la famille Dakaroise ne connais leur pays que de nom et à la télévision.Nous avons au niveau de 'Justice Plus' entamé plusieurs démarches visant le déblocage de la pension qui est un droit acquis en effet. Personnellement l'ancien Directeur de Cabinet Belinga Eboutou m'avait reçu dans ses bureaux et en 3h d'échanges, j'ai eu largement le temps de lui servir toute l'histoire et la documentation y affairante. Par la suite le conseiller juridique du Président de la république Mr Jean Foumane m'avait également ouvert ses portes dans son village non loin de Mvomeka'a, et les échanges s'étaient très bien terminées. Le Sultan roi des Bamoun a été très attentif à ma sollicitation quand il m'a reçu pour cette même démarche et à de façon très confiante quand plutard je l'ai revu, affirmé avoir transmis au président Biya mes sollicitations, me rassurant que le Président avait donné des instructions au SGPR Ngo'o Ngo'o, pour le règlement de ce manquement. Mais rien n'a été fait.

Le 30 novembre 2020,sera commémoré le 31e anniversaire du décès du président Ahmadou Ahidjo.L'Ong Justice Plus a t-elle prévue une activité sur cette commémoration ?

Nous sommes dans la perspective de la célébration du 31e anniversaire du décès de notre premier Président Ahmadou Ahidjo. Cela devait se faire il y a quelques mois mais avec l'arrivée du COVID-19, les choses ont été bousculées et nous pensons que le programme se déroulera finalement dans cette fourchette de temps qui correspondra au mois de novembre. Il y a des concertations en cours que nous ne sauront dévoiler

Comment doit t-elle se dérouler et qui sont ceux qui sont attendu ?

La commémoration sera à l'image de notre Président, nous y travaillons de façons ferme. Des Camerounais très disponibles pour cette cause se sont manifestés et il y aura trois articulations:1- Un comité de pilotage international (CPI), que je coordonne avec Me Kack Kack comme secrétaire permanent et Joseph Marie Eloundou en est le communicateur, Célestin Djamen et chargé des contacts diplomatiques.2- Une coordination national que dirige Syrille Sam Mbaka, avec des démembrements régionaux et communaux3- Un comité de haute personnalité que dirigera Françis Kwa MoutoméCette appareil contribuera à la mise en place d'un groupe de médiateurs qui prendra langue avec la famille Ahidjo à Dakar et le Président Paul Biya. Nous envisageons confier cette médiation à des hommes de Dieu comme le cardinal Tumi et les imams. Il devront donc faire le va et vient pour nous sortir de cette triste affaire.

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