Afrique de l'Ouest: Présidentielles guinéenne et ivoirienne - Condé et Ado sur la vague du faux suspense

analyse

Que nous réservent les présidents guinéen Alpha Condé et ivoirien Alassane Ouattara pour la présidentielle à venir dans leurs pays, respectivement les 18 et 31 octobre prochains ? Le premier gravira-t-il le Fouta-Djalon pour aller à la conquête d'un hypothétique troisième mandat et le second bravera-t-il la lagune Ebrié pour lui aussi s'accorder un troisième bail au palais de Cocody ? Chez l'un comme chez l'autre, c'est un suspense, un long suspense qui est toujours volontairement entretenu.

En effet, en Guinée Conakry, depuis que le président Alpha Condé a fait réviser la Constitution par référendum, beaucoup de ses compatriotes en ont déduit sa volonté manifeste de remettre son compteur à zéro après deux quinquennats au pouvoir, respectivement en 2010 et en 2015, ce qui, normalement, le disqualifiait à jamais de toute nouvelle course vers le palais de Sékoutoureya. Après l'adoption et la promulgation de la nouvelle loi fondamentale, le RPG et l'ensemble de la majorité présidentielle estimaient que cela lui ouvrait de droit la voie à un 3e mandat.

Alors que le débat sur la possibilité ou non pour le président sortant guinéen de se représenter fait rage, l'intéressé, lui, s'est emmuré dans un silence qui ne trompe pas grand monde sur ses véritables intentions. Malgré les manifestations depuis plusieurs mois du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui ont fait de nombreuses victimes, les partisans du chef de l'Etat n'ont cessé de demander à leur champion de réponde à « l'appel de son peuple ».

Voilà qu'au terme d'une convention nationale qui s'est tenue mercredi et jeudi dernier à Conakry, le RPG-Arc-en-ciel a officiellement désigné l'opposant historique comme son candidat à la présidentielle à venir. « Il ressort des interventions un plaidoyer en direction du président Alpha Condé pour qu'il veuille bien accepter la volonté du peuple d'être le candidat unique du RPG à l'élection présidentielle », a déclaré la députée chargée de la synthèse des travaux, Diakagbé Kaba.

C'est une démarche aussi vieille que la démocratie sous nos tropiques. C'est le parti qui implore d'abord le messie de répondre favorablement à l'appel pressant du bon peuple. Et la réponse est invariablement la même : « J'ai entendu votre appel et j'accepte de faire don de ma personne pour encore guider la nation vers des lendemains meilleurs ». Certes, l'intéressé qui a assisté à la cérémonie de clôture de la convention, a dit en prendre acte et promis d'y réfléchir, mais sa décision est d'avance connue, dans la mesure où toute cette mise en scène, c'est lui qui en est le scénariste en chef.

En Côte d'Ivoire, c'est la même commedia dell'arteque le RHDP est en train de jouer avec la présidentielle du 31 octobre à venir. En effet, depuis le décès en début juillet du premier ministre Amadou Gon Coulibaly, des voix ne cessent d'appeler Alassane Ouattara à briguer un 3e mandat, au nom de l'unité nationale de la famille houphouétiste. Comme en Guinée voisine, son parti, lors d'une convention, avait aussi prié l'actuel locataire du palais de Cocody de prolonger son bail au nom de l'unité du parti.

Si jusqu'à présent l'ancien gouverneur de la BCEAO n'a pas donné suite à cette supplication de ses ouailles et dit réserver sa réponse pour après le 40e jour du deuil de son « fils », on voit mal lui aussi refuser d'entendre « l'appel de son peuple ». Du coup, dans son discours à la Nation, qui n'avait pas encore eu lieu au moment où nous bouclions la présente édition, beaucoup s'attendaient à ce qu'il lève un coin du voile sur ses intentions.

En Côte d'Ivoire, l'opposition n'est pas non plus prête à accepter un 3e mandat du président sortant. Comme on le voit, en Guinée comme en Côte d'Ivoire, on surfe pour le moment sur la vague du faux suspense qui pourrait conduire à des élections incertaines si toutefois les deux tentaient un forcing, car c'en est vraiment un, pour se présenter à un mandat qui pourrait se révéler de trop.

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