Madagascar: Abubakar ABOUD - Pour le soutien de Madagascar au peuple comorien

interview

Abubakar ABOUD (au second plan) était Conseiller spécial de l'ancien président Sambi.

Le Conseiller spécial de l'ancien président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi parle de la situation qui prévaut aux Comores. Interview.

Midi : La situation aux Comores semble de plus en plus tendue depuis les dernières élections présidentielles...

Abubakar ABOUD : « Je dirai que la situation a commencé à se dégrader bien avant le dernier coup d'Etat de mars 2019. En effet, depuis son accession au pouvoir en mai 2016, le Colonel Azali Assoumani n'a pas chômé en matière d'abus de pouvoir. Dès ses premières semaines à la tête de l'Etat, il a mis fin aux fonctions de la commission anti-corruption, et malgré l'annulation de son décret par la Cour Constitutionnelle, cette institution prévue par la loi n'a jamais vu le jour.

Ensuite il y a eu le passage en force pour organiser de façon très partisane des assises dites nationales et qui avaient pour unique but de lui accorder des mandats supplémentaires en violation de la Constitution du pays. Puis il eut le premier d'une longue série de coups d'Etat avec la modification unilatérale de la Constitution le 12 avril 2018, suivie peu de temps après par la pseudo-révision constitutionnelle boudée par 95% des Comoriens.

Et enfin, il eut le coup d'Etat de mars 2019 où l'armée prit le pouvoir par la force en empêchant la population de voter. Depuis cette date, il y a eu d'autres nominations imposées par les militaires, notamment dans la désignation des membres de l'Assemblée nationale et des mairies. Le Colonel Azali détient tous les pouvoirs : Exécutif, Judiciaire et Législatif ».

Midi : Vous parlez de junte militaire, pourtant ce sont bien des civils qui ont été élus ?

A.A : «Je suis étonné d'apprendre que le Colonel Azali Assoumani est un civil, tout autant que je suis surpris d'apprendre que lorsque les soldats empêchent, sur ordre de leur hiérarchie, les citoyens d'entrer dans les bureaux de vote, puis ramassent les urnes devant contenir les suffrages afin de les remplir eux-mêmes, on puisse parler d'élections. La vérité c'est qu'il n'y a plus d'institutions étatiques viables aux Comores.

L'armée, avec à sa tête le Colonel Azali Assoumani et ses fils, contrôle tout l'appareil d'Etat. Comme je l'ai dit, il n'y a plus d'institutions indépendantes et démocratiques aux Comores, tout comme il n'y a pas d'élus du peuple. La junte militaire a réussi à tuer l'Etat comorien tel que nous le connaissions jusqu'alors.

Les élus du peuple ont tous été exilés ou mis en détention. Je pense notamment au vice-président de la Grande Comore Monsieur Djaffar Ahmed Said exilé depuis deux ans et condamné à 30 ans de prison, ou encore au Gouverneur d'Anjouan Salami Abdou, pris en otage par la junte militaire pour son opposition à la pensée unique et détenu en isolement depuis bientôt deux ans ».

Midi : Mais comment un pouvoir issu d'un putsch comme vous le dites, arrive-t-il à être reconnu par la communauté internationale ?

A.A : « La question est avant tout de savoir si le pouvoir du Colonel Azali est réellement reconnu, vu les accueils en demi-teinte qu'il reçoit dans différents pays. Mais la question a le mérite d'être posée, et nous sommes nombreux à avoir été surpris que les autorités malgaches par exemple aient félicité le Colonel Azali suite à son coup d'Etat de mars 2019.

Surtout que le pouvoir en place dans la Grande Ile est bien placé pour savoir que les Comores et le peuple comorien avaient aidé Madagascar à réintégrer le concert des Nations. L'ironie du sort a voulu que ce soit le président malgache actuel qui était à la tête de l'Etat au moment où l'ancien président Sambi plaidait pour que les Malgaches se réconcilient.

D'ailleurs le président Sambi avait fait le déplacement le 18 février 2011 à Madagascar pour « soutenir tous les Malgaches dans leur démarche visant la sortie de crise » comme le titrait un journal de la Grande Ile. En parallèle le président Sambi poussait la communauté internationale à accepter la levée de l'embargo diplomatique qui pesait sur Madagascar. Le président

Andry Rajoelina avait d'ailleurs fait le déplacement aux Comores en mai 2011 lors de la passation entre le président sortant Sambi et le président nouvellement élu Ikililou Dhoinine ».

Midi : Où en est le dossier de l'ancien président Sambi qui est accusé de détournements de fonds publics et de corruption entre autres ? Et quid également de son état de santé ?

A.A : «Je vous aurai parlé volontiers de son dossier s'il en existait un. La réalité, c'est que le président Sambi est le prisonnier politique le plus encombrant de la junte de par sa popularité. Les accusations dont il fait l'objet sont purement fantaisistes et ne se basent sur aucune preuve tangible. Sinon qu'on nous les présente.

D'ailleurs si les délais légaux de détention sont dépassés depuis plus d'un an et demi, c'est bien parce qu'il n'y a pas de dossier. Il n'est donc plus en détention mais fait plutôt l'objet d'une prise d'otage pure et simple. Il est séquestré arbitrairement dans une cellule depuis plus de 27 mois. Plusieurs rapports d'organisations internationales l'attestent.

Et à défaut de pouvoir fournir des preuves pouvant justifier le traitement inhumain dont Sambi est victime, le Colonel Azali encourage et multiplie les campagnes de dénigrement contre sa personne. L'objectif étant qu'un jour la population finisse par croire à ces nombreux mensonges et contre-vérités.

Mais les Comoriens ne sont pas dupes et sont conscients de l'acharnement dont est victime le président Sambi. Pour ce qui est de sa santé, je sais, par l'intermédiaire de son médecin, qu'il est mal en point. Son état de santé continue de se dégrader depuis plus d'un an et les soins médicaux lui sont refusés. Il y a donc, sans l'ombre d'un doute, une volonté réelle d'élimination physique du président Sambi ».

Midi : Qu'espérez-vous de la part des autorités de pays amis comme Madagascar?

A.A : « Nous espérons que les pays amis se montrent solidaires des Comores et du peuple comorien. Et être solidaires des Comores, c'est refuser que le peuple comorien continue d'être torturé, emprisonné et tué par une poignée de militaires. Soutenir les Comores, c'est s'indigner qu'il n'existe plus aucun opposant libre.

Aider les Comores, c'est par exemple, accepter de donner refuge et exil aux rescapés de la tyrannie. C'est permettre aux victimes des répressions quotidiennes de venir se soigner sans avoir à craindre une expulsion qui les enverra inévitablement à la mort. Soutenir les Comores et le peuple comorien, c'est refuser de cautionner le régime Azali ».

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