Congo-Kinshasa: CENI/Paul Nsapu - « J'ai les compétences professionnelles requises pour occuper ce poste »

interview

Paul Nsapu, expert des questions électorales et des droits de l'Homme, président de la Ligue des électeurs (LE) et vice-président de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), est candidat à la présidence de la Commission électorale indépendante (CENI) de la RDC.

Au cours de cette interview qu'il a accepté de nous accorder, il énonce les motifs sur lesquels repose sa décision et livre sa vision du poste qu'il entend occuper dans l'hypothèse où il est élu.

Vous êtes officiellement candidat à la présidence de la Commission nationale électorale indépendante (CENI). Qu'est-ce qui vous a motivé à postuler à ce poste ?

Le déclic a été l'arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Je suis parti en exil parce qu'on ne voulait plus de moi en RDC.

Mon travail de défenseur des droits de l'Homme, ayant un œil particulier sur les questions de l'organisation des élections, dérangeait certaines autorités du pays.

17 ans après, je suis donc rentré. Aujourd'hui, les conditions sont réunies pour que je puisse travailler en toute quiétude. J'ai pris ma décision depuis une dizaine de jours.

Ma candidature est fortement soutenue par la population, mes collègues de défense des droits de l'Homme, les mouvements citoyens, les organisations féminines ainsi que le conseil d'administration de la Ligue des Électeurs dont je suis le président. Evidemment, il y'a aussi la diaspora congolaise qui loue mon entregent et mon expérience.

Tout ce monde m'a exhorté à me lancer dans cette compétition, sachant que j'ai les capacités nécessaires pour faire ce travail.

Je crois sincèrement que nous sommes à un tournant dans la reconstruction de notre pays. Je me le reprocherai longtemps, si je n'y vais pas.

Votre décision a-t-elle été mûrement réfléchie, après tous ces marchandages politico-religieux que l'on entend à propos des candidatures à ce poste ?

Bien sûr que oui, parce que décevoir tous les hommes et toutes femmes qui me soutiennent et ne pas vouloir servir mon pays dans ce que je sais faire, serait indigne de moi.

Le moment est venu d'y aller parce que j'ai les compétences professionnelles requises pour occuper ce poste.

Et les soutiens dont je bénéficie me poussent à aller de l'avant. Ma parole a mis plus de 17 ans à se libérer complètement. Je vais maintenant parler, car je connais tous les acteurs politiques et religieux.

Je le ferai au cours de cette campagne. Je dirai tout ce que j'ai constaté lors des différentes élections organisées en RDC par les précédentes Commissions dites indépendantes, de l'abbé Apollinaire Malu Malu à Corneille Nangaa en passant par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda.

À vous entendre, vous êtes donc prêt à assumer cette responsabilité. Avez-vous mesuré l'ampleur de la tâche ?

Je suis prêt psychologiquement, spirituellement... Cette candidature est un engagement ferme auquel je ne peux me soustraire.

Je connais la question de l'organisation des élections sur le bout des doigts. Il suffit de jeter un œil attentif sur mon parcours, vous vous rendrez compte de cette grande expérience que j'ai acquise en Afrique et dans le monde.

Les élections dans notre pays doivent être fondatrices d'un nouvel ordre socio-politique. Et je veux être l'un des porte-étendards pour le renouveau national.

Qu'en est-il de votre retrait du groupe des 13 personnalités qui militent pour un consensus sur les réformes électorales ?

Evidemment, le groupe des « 13 » (dont plusieurs parlementaires toutes tendances confondues) m'avait contacté à travers l'honorable Delly Sesanga avant sa constitution. Nous avons discuté en toute transparence et je n'y ai trouvé aucun inconvénient.

S'ils reconnaissent en moi les qualités d'un bon dirigeant de la centrale électorale, c'est tant mieux. J'ai posé une seule condition : que ce groupe ne soit pas politisé pour gagner la confiance de tous. Mais après mûre réflexion, j'ai décidé de me retirer.

J'ai donc choisi de me mettre du côté de la population qui a souhaité que je me lance dans la course à la présidence de la CENI.

Contrairement à ce que certains esprits mal intentionnés racontent ici et là, je tiens à dire que je ne suis pas soutenu par le groupe des « 13 ». J'ai évoqué ci-haut mes soutiens. On a essayé de m'attaquer, mais je ne réponds jamais aux mesquineries.

Quelles sont les qualités pour faire un bon président de la CENI ?

Être intègre, honnête, droit ; avoir les capacités managériales ; être capable de diriger une institution où on a besoin des experts dans différents domaines ; avoir une connaissance approfondie dans l'organisation des élections ; être capable d'engager des échanges avec les différents partis politiques ; et surtout, être capable de résister à toute tentative de corruption, virus endémique qui affecte l'intégrité de l'homme.

C'est ce que nous avons vécu récemment en RDC. Moi président de la CENI, je mettrai un terme à cette mauvaise pratique qui n'honore ni le peuple congolais, ni le pays.

Quel regard portez-vous sur la présidence de la CENI sortante ?

Cette CENI sortante n'a pas été à la hauteur des attentes de la population. Elle a brillé par des pratiques largement décriées par les Congolais, notamment la corruption qui est à la base du tripatouillage électoral. Nous savons tous ce qui s'est passé en décembre 2018. Les élections générales ont été un fiasco.

Pourtant dans cette équipe, il y ' a des gens que j'ai formé au sein de la Ligue zaïroise des élections rebaptisée la Ligue des électeurs.

Cette organisation existe encore aujourd'hui. Ronsard Malonda, qui est devenu un érudit en la matière, est passé par là. Vous pouvez lui poser la question. C'est un exemple parmi tant d'autres animateurs de la CENI sortante.

Quel président entendez-vous être à la tête de cet organe ?

Moi président de la CENI, je ferai en sorte que les élections en RDC soient libres, transparentes et démocratiques.

Moi président de la CENI, j'entretiendrai une collaboration saine, franche et directe avec les autres organes censés participer à la préparation et à l'organisation des élections, notamment le gouvernement.

Son apport est d'une grande importance. Moi président de la CENI, je veillerai à ce que le processus électoral soit l'affaire du souverain primaire, le peuple congolais.

Il est le seul maître. C'est fini l'époque où Joseph Kabila et ses accompagnateurs, nationaux et internationaux, régentaient tout. C'est pourquoi l'identification et le recensement de la population doivent se faire dans les règles de l'art.

Moi président de la CENI, je veillerai à ce que des problématiques de contentieux post électoral obéissent à des règles spécifiques afin de redorer le blason aujourd'hui terni de cet organe en RDC.

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