Madagascar: La faim du confinement

Une ritournelle depuis des années. Pandémie du coronavirus ou pas. Même au temps de la colonisation si l'on se réfère aux « Notes du passé » de notre Pela Ravalitera nationale. Une grande majorité des populations des régions du Sud du pays est exposée à la malnutrition, à la disette et à la famine.

Elles se nourrissent avec du cactus, du manioc ou du tamarin, des « compléments nutritifs » pauvres en apports calorifiques. Elles boivent de l'eau glauque. L'afflux des aides internationales, si utiles et nécessaires, n'a pas résolu les données de ce problème récurrent.

Le devenir des milliers d'enfants, vulnérables et fragiles, préoccupe au plus au haut point des organismes internationaux et onusiens, spécialistes des œuvres de bienfaisance. Ils ont, pour la énième fois, tiré la sonnette d'alarme. Face à un désastre humanitaire qui se profile à l'horizon. À moins que ce ne soit déjà le cas. Mais occulté par les décomptes au quotidien des « chiffres et des êtres » liés à la Covid-19.

La raison principale de cet engrenage sans fin de la... faim, de cette crise nutritionnelle à répétition, est un secret de Polichinelle. Elle vient de la persistance de la sécheresse. Rendant les terres cultivables, pourtant des plaines à perte de vue, arides et stériles. L'environnement, au sens large, en proie à l'avancée irréversible de la désertification, devient hostile à tout projet d'agriculture et d'élevage.

Toutes ces conditions défavorables ainsi réunies conduisent souvent à la migration de masse des autochtones vers des endroits plus accueillants et faciles à exploiter. Comme des parcs nationaux et des aires protégées. À plusieurs kilomètres de chez eux. Point de chute d'un exil verdoyant. Loin, très loin de leurs « huttes » d'infortune.

Où ces peuples nomades par nature, se sédentarisent. Ils squattent ces havres de paix, des refuges de plus en plus rares de la biodiversité. Asiles précaires des espèces végétales et animales en voie d'extinction.

Ils s'installent là où ils trouvent leurs aises. Par la production intensive du charbon de bois et la pratique nuisible et néfaste de la culture sur brûlis du maïs. Appauvrissant le sol de ses oligoéléments. Mettant en péril ces joyaux de l'écotourisme, déjà privés des subsides des visiteurs étrangers qui financent leur précaire préservation.

Aujourd'hui, les expulser de gré ou de force, s'apparenterait à une mission impossible. Cela contredit les principes de la libre circulation des biens et des personnes, garantis par la Constitution, argumentent ceux qui les soutiennent. Le bras de fer ainsi engagé peut aussi virer, à tout moment, vers un conflit tribal.

Voilà donc un effet induit aux conséquences aussi catastrophiques sur autrui, des difficultés des plus démunis du Sud profond à s'extirper de leur misère. Les régimes successifs n'ont pas réussi là où leurs prédécesseurs ont échoué. Les uns et les autres n'arrivent pas à concrétiser les divers projets d'adduction d'eau. La vraie source du... fléau.

D'autres victimes collatérales des mesures restrictives de l'état d'urgence sanitaire, grossissent les rangs des affamés. La ruée vers le Vatsy Tsinjo et le nombre croissant des sans-abri dans la capitale, attestent cette... tristesse alimentaire.

Plus de: L'Express de Madagascar

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