Congo-Kinshasa: Sensations démocratiques et animalité politique - Kambayi Bwatshia éclaire l'opinion...

La démocratie est une vie, une idée vivante qui naît, grandit, affronte les épreuves de la vie et se mesure sons cesse aux multiples obstacles. Dans sa parure politique, elle couvre la vie des hommes d'un esprit, tel un habit de noces leur donnant droit d'accès au festin «d'une vie bonne avec autrui dans des institutions justes».

Depuis Auguste Comte, avec tant d'autres idées, nous savons que la démocratie dirige le monde, fascine les esprits et se laisse désirer comme ce vers quoi, tous, en tant que sociétés politiques, doivent tendre.Quand on interroge l'histoire, on remarque qu'elle s'est enracinée dans l'espace et le temps avec ses prétentions de sauver l'homme de la violence. On la découvre de manière classique et traditionnelle dans les sociétés occidentales avec ses multiples promesses de libération de l'homme. On la découvre pratiquement aussi, en opposition à ce modèle occidental, se nourrissant de l'idéologie marxiste qui, dans ses principes traversant le modèle soviétique, met à l'avant plan la propriété et l'impulsion collective comme mode gestion de la société et d'organisation du pouvoir. Aux couleurs communistes, cette démocratie nommée populaire se forge sur la ligne historique de la synthèse marxiste, c'est-à-dire, la phase de l'histoire d'une société homogène, sans classes.

Comprendre une idée, une pensée est une exigence qui peut se laisser emporter dans diverses pistes relatives à la subjectivité, au contexte de celui qui entreprend cette démarche.

Ici, notre propos voudrait scruter la sensation de la démocratie telle qu'elle est vécue dans notre société. Toutefois, nous allons accueillir cette sensation en mesurant à l'idée telle qu'elle se prête à l'exigence rationnelle.

Aussi, allons-nous comprendre que, selon les contextes, la démocratie ploie et déploie ses ailes sans heurt peut-être dans des sociétés à grande tradition politique moderne ; elle rencontre mille et une difficultés au sein des sociétés en quête de croissance.

Si elle semble trouver domicile dans les sociétés occidentales, elle est par contre, dans beaucoup de pays du tiers monde, aux prises avec de multiples obstacles qui freinent son éclosion, sa marche et sa croissance. Aussi ne lui procurent, ni lui assurent-ils pas une existence stable. Ici on se bat pour elle, on se bat contre elle, on semble l'aimer bien qu'on l'oppose soit directement, soit indirectement au mode de vie, aux habitudes, à la manière de penser viscéralement liés à notre être au monde dans nos sociétés pauvres.

En observant notre société africaine en général et notre pays, la République démocratique du Congo en particulier, la marche périlleuse de la démocratie soumise aux barrières de type mental, psychologique, retient notre attention. En effet, la démocratie semble être porteuse d'espoir quand on la saisit comme un discours de politicien destiné à la consommation extérieure, mais quand elle retentit dans les oreilles de ceux qui de facto sont couverts de son ombre, elle est bel et bien malade et souffrante.

Elle souffre d'être sans abri dans la cité mentale et spirituelle où beaucoup d'hommes ne l'accueillent pas sous son visage abstrait et rationnel. Elle souffre d'être abandonnée dans des habitudes, des traditions et cultures dont les peuples luttent contre le refoulé des attributs du pouvoir traditionnel et dictatorial. Elle souffre de la rencontre qui l'affronte à une surchristianisation qui prêche la vraie vie dans un « ailleurs » des royaumes des cieux alors qu'elle veut, ici et maintenant, mobiliser les hommes dans leur cheminement terrestre.

Pauvre démocratie! Aurait-elle une volonté, elle refuserait peut-être de diriger cette société pauvre, instable qui lui résiste dans ses mentalités. Que lui reste-t-il quand les bornes que lui impose l'étroitesse mentale des peuples dans une situation où les uns la considèrent comme étrangère, où les autres la déclarent piégée ?

Une chose est sûre, c'est qu'elle se présente comme l'opposé de l'arbitraire et veut, à travers son aspect rationnel, conserver ses rênes du pouvoir dans le monde contemporain.

Professeur Jean Kambayi Bwatshia

Directeur du Centre de Recherche sur les Mentalités

et l'Anthropologie Juridique «Eugemonia»

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