Algérie: Condamnation du journaliste algérien Drareni - Signe de survivance d'un régime policier

Le journaliste algérien Khaled Drareni a été condamné ce lundi 10 août 2020, à trois ans de prison ferme, par le tribunal de Sidi M’hamed à Alger selon l’avocat Nouredine Benissad, membre de son collectif de défense.

« Persécution judiciaire », s'indignent les uns ; « condamnation qui soulève le cœur et l'esprit par son caractère arbitraire, absurde et virulent », s'insurgent les autres ; « c'est un verdict très lourd », dénoncent encore certains.

Ce sont là quelques réactions de désapprobation de la sentence qui vient de tomber telle une massue aussi bien sur la tête de l'accusé que sur celles des défenseurs de la liberté de la presse.

En effet, arrêté le 7 mars et placé dans un premier temps sous contrôle judiciaire pour avoir filmé une manifestation, le journaliste Khaled Drareni a été condamné hier 10 août 2020 à trois ans de prison ferme et à une amende de 50 000 dinars pour « incitation à attroupement » et « atteinte à l'intégrité du territoire national ».

Ces deux coaccusés, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, deux figures majeures du mouvement Hirak, ainsi qu'on a nommé la vague de contestation qui secoue le pays depuis février 2019, écopent, quant à eux, de deux ans de prison dont quatre mois ferme.

Certes, le président du tribunal de Sidi M'Hamed à Alger n'a pas suivi le parquet, qui réclamait en début août quatre ans de détention, mais cela n'enlève rien à la sévérité de la peine contre un journaliste à qui on reproche d'avoir tout simplement fait son travail : on l'a accusé en effet durant le procès d'avoir publié sur Facebook un communiqué d'une coalition de l'opposition appelant à soutenir une grève générale et aussi d'avoir critiqué le système politique.

Cet énième coup de trique contre un journaliste indépendant sonne comme un acharnement sur les hommes de médias, qui sont devenus depuis les poils à gratter sinon à couper d'un pouvoir qui a du mal à se débarrasser des vieilles méthodes de l'ère Bouteflika.

Pouvait-il en être autrement quand on sait que le président actuel, Abdelmadji Tebboune, candidat stipendié par l'armée à la présidentielle de décembre 2019, est lui-même issu du sérail du FLN (Front de libération national), le parti unique qui dirige d'une main de fer le pays depuis l'indépendance ?

Ce régime vieillissant, caractérisé notamment par la corruption et la prédation des ressources publiques, s'accommode mal de toute liberté d'opinion. Et Tebboune, qui promettait durant la campagne d'instaurer une « démocratie véritable », est en train d'en devenir un des pires fossoyeurs.

Depuis seulement huit mois qu'il est aux affaires, militants du Hirak, opposants politiques, personnalités de la société civile, journalistes et bloggeurs font l'objet de toutes sortes de pressions, et sont traqués et embastillés à la moindre occasion.

Les scribouillards semblent particulièrement être la cible privilégiée de la justice, qui engage des procédures à leur encontre à un rythme effréné. Plusieurs d'entre eux ont déjà été condamnés ou sont dans l'attente de leur procès dont on connaît déjà l'issue :

Abdelkrim Zeghileche, directeur d'une radio, est ainsi incarcéré à Constantine ; Ali Jamel Toubal, correspondant d'un groupe de médias privés, purge, lui, depuis le 14 juillet 15 mois de prison ferme ; Belkacem Djir, journaliste d'une chaîne privée, a écopé, quant à lui, d'une peine de trois ans de prison ferme.

Il faut croire que le pouvoir algérien tente de casser le thermomètre dans le vain espoir de faire baisser la fièvre. Mais à l'instar d'un médecin qui pose un mauvais diagnostic, les vieux apparatchiks qui s'agrippent à leurs privilèges prescrivent un mauvais remède contre la grogne sociale.

Ni la répression des manifestants ni l'embastillement de journalistes ne saurait venir à bout de cette vague de contestation portée par une jeunesse déterminée à imposer un renouvellement générationnel au pays de Ouari Boumédienne.

Plus de: L'Observateur Paalga

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