Burkina Faso: Interdiction de la manif du Mouvement « Action Concorde » - Un geste qui manque d'élégance

Le pouvoir voudrait apporter de l'eau au moulin de ceux qui l'accusent de ne prôner la réconciliation nationale que du bout des lèvres, qu'il ne s'y prendrait pas autrement.

En effet, alors qu'ils avaient obtenu l'autorisation de la mairie centrale de Ouagadougou, de tenir une Assemblée générale, le week-end dernier, en vue de lancer un appel pour le retour au pays des exilés politiques, les militants du Mouvement « Action-Concorde » se sont vu interdit l'accès à la Maison du peuple où devrait se tenir la manifestation.

En effet, très tôt le matin, des unités de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) avaient pris possession des lieux avec pour instruction d'interdire le rassemblement, à la grande surprise des organisateurs.

En attendant de voir le développement de cette nouvelle affaire qui fait des vagues, les responsables de la manif avortée ont décidé de saisir la Justice après avoir fait dûment constater les faits par un huissier.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le geste de l'autorité qui a pris la décision d'étouffer cette manif dans l'œuf, manque cruellement d'élégance.

En effet, non seulement cette décision viole la liberté de manifestation et d'expression des citoyens, mais aussi elle ne respecte pas les formes procédurales telles que prescrites par la réglementation pour interdire les manifestations publiques dans notre pays.

Au-delà même des questions administratives, les tenants du pouvoir, en agissant de la sorte, font preuve d'une frilosité qui, à elle seule, montre que leur sommeil est hanté par la seule idée du retour de Blaise Compaoré.

Et voilà qui vient encore jeter de l'huile sur le feu allumé, il y a peu, par le premier vice-président de l'Assemblée nationale, Me Bénéwendé Stanislas Sankara qui s'est laissé allé en se demandant ce qui adviendrait de lui si le parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), revenait au pouvoir.

La réconciliation nationale doit reposer sur la volonté commune de réparer la relation sociale brisée

En tout état de cause, toutes ces réactions montrent que les cœurs, au Burkina Faso, sont loin d'avoir désarmé et que le chemin pour y parvenir, est encore long et jalonné d'embûches.

Et ce n'est pas sur le régime MPP qui vient d'accorder, par cette interdiction maladroite, de la publicité gratuite à une obscure Organisation de la société civile (OSC), qu'il faut compter pour donner l'impulsion à cette machine de la réconciliation nationale en panne depuis des années.

Cela dit, l'on peut aussi comprendre cette partie de l'opinion nationale pour laquelle l'interdiction de la manif de l'OSC « Action-Concorde », est, somme toute, justifiée.

Pour elle, en effet, l'appel au retour des exilés politiques qu'ambitionnait de lancer cette organisation, n'est ni plus ni moins que la réclamation, sans autre forme de procès, de l'impunité pour des leaders accusés de graves crimes politiques, économiques et de sang.

Or, il est clair pour tous que la réconciliation nationale ne saurait être un chèque en blanc délivré à des hommes politiques qui n'ont reculé devant rien pour assouvir leur inextinguible soif du pouvoir.

Bien au contraire, cette réconciliation nationale doit reposer sur la volonté commune de réparer la relation sociale brisée et cela ne saurait se faire en ignorant la Justice.

Dans cette optique, l'on aurait d'ailleurs mieux apprécié l'initiative de l'OSC « Action Concorde » si elle avait fait suite à une démarche officielle de repentance des exilés et d'une manifestation expresse du désir de renouer le cordon avec la mère-patrie et ses valeurs qu'ils ont foulées au pied.

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