Soudan: Procès de Omar El Bechir pour coup d'état - Une triste fin qui doit interpeller les satrapes du continent

Violer l'ordre constitutionnel au Soudan est passible de la peine de mort. C'est ce que risque l'ex-dictateur, Omar el Béchir, dont le procès reprend, en principe, ce 11 août 2020, devant une Cour spéciale pour son coup d'Etat perpétré en 1989 contre le régime démocratiquement élu du Premier ministre, Sadek Al Mahdi, qui l'a amené au pouvoir.

Le président déchu est jugé avec une trentaine de co-accusés au nombre desquels des civils et des militaires dont deux ex-vice-présidents et un général.

A 76 ans, l'ancien homme fort de Khartoum qui faisait déjà l'objet de trois procédures judiciaires dont une condamnation pour corruption, voit les tuiles continuer de tomber sur... son turban, avec ce quatrième dossier judiciaire où il risque la peine capitale s'il est reconnu coupable. Ironie du sort, ce sont ses tombeurs, à la faveur d'un soulèvement populaire de plusieurs mois, qui lui demandent aujourd'hui des comptes pour ce coup de Jarnac porté à la démocratie, 31 ans plus tard.

On peut saluer le côté pédagogique de ce procès

Cette image de putschistes jugeant un ancien putschiste pour coup d'Etat, est si forte qu'elle doit interpeller tous les satrapes du continent.

C'est la preuve, si besoin en était, qu'il existe une justice immanente pour corriger certains torts de l'histoire commis par des tyrans obnubilés, au plus fort de leur règne, par l'ivresse du pouvoir et l'illusion d'une toute puissance à toute épreuve. Et Omar el Béchir en est un.

C'est donc une triste fin pour un assoiffé du pouvoir redescendu brutalement sur terre, qui se croyait sorti de la cuisse de Jupiter au point de défier la Justice internationale à ses trousses depuis 2009 pour le génocide au Darfour et dont les mandats d'arrêt, à son encontre, ne l'ont jamais empêché de se déplacer hors de son pays, même s'il faisait attention aux destinations où il mettait les pieds.

C'est pourquoi on peut saluer le côté pédagogique de ce procès qui, aussi inédit soit-il, devrait servir de leçon à tous ces dirigeants africains parvenus au pouvoir par les armes et qui ne manquent pas de se présenter comme des messies redresseurs de torts, mais qui se révèlent, à l'épreuve du pouvoir, pires que leurs devanciers qu'ils ont pourtant bien souvent accusés de tous les péchés... de leur pays pour justifier leur coup de force.

L'exemple du boucher de Khartoum aujourd'hui aux prises avec la Justice, est aussi la preuve que la longévité au pouvoir est un cancer pour la démocratie.

Mais un Béchir peut en cacher bien d'autres, à l'image des Denis Sassou Nguesso au Congo, Idriss Deby Itno au Tchad ou autre Paul Biya au Cameroun, qui sont autant de fossoyeurs de la démocratie sur un continent en pleine mutation, au rang desquels on peut aussi classer le Togolais Faure Gnassingbé et, dans une moindre mesure, le Guinéen Alpha Condé qui semble tout aussi décidé à biaiser les règles de l'alternance dans son pays, dût-il, pour cela, marcher sur les cadavres de ses compatriotes. Pauvre Afrique !

Béchir est loin d'être un cas isolé sur le continent noir

Cela dit, Omar el Béchir est aujourd'hui rattrapé par son passé et il est heureux qu'il puisse répondre de ses actes.

Nul doute que ce nouveau procès sera un ouf de soulagement pour de nombreuses victimes dont certaines sont directement touchées dans ce coup d'Etat qui date de plusieurs décennies. Mais comme le dit l'adage, « mieux vaut tard que jamais ».

Et Béchir qui fait déjà l'objet de poursuites dans d'autres affaires, n'est certainement pas à plaindre. Il paie pour l'ensemble de ses actes à la tête du Soudan.

Lui qui prétendait venir « sauver le pays » de partis politiques « pourris » mais qui s'est finalement révélé être l'antithèse des valeurs qu'il prétendait défendre à la tête de l'Etat.

Le pire est qu'il est loin d'être un cas isolé sur le continent noir. C'est pourquoi ce procès, qui se veut un procès pour l'exemple en ce qu'il « sera un avertissement et sauvegardera la démocratie soudanaise », peut donner à espérer de lendemains meilleurs pour le continent noir, même s'il ne sonnera pas forcément le glas des coups d'Etat en Afrique.

En tout cas, quelle qu'en soit l'issue, ce procès aura au moins le mérite de révéler à tous ces dirigeants parvenus de la même manière, au pouvoir ainsi que les apprentis-putschistes encore tapis dans l'ombre et qui rêvent d'emprunter le même chemin, que la voie des pronunciamientos pour parvenir au pouvoir, peut parfois être un raccourci risqué. ?

En tout état de cause, maintenant que son procès s'est ouvert, on attend de voir quelle sera la ligne de défense de Omar el Béchir dont les avocats parlent déjà de « procès politique ».

En tous les cas, la stratégie du mutisme a déjà montré ses limites dans le cas Hissène Habré. Il pourrait en être de même dans le cas Béchir.

A moins que la prescription des faits que pourrait plaider la défense, ne soit un argument suffisant pour lui sauver la mise.

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