Tchad: 60 ans après, les entreprises d'État à la peine

Les entreprises créées sous l'ère du premier président François Tombalbaye sont toutes en faillite. A l'origine, les multiples conflits armés et la mauvaise gestion.

Le Tchad célèbre mardi (11.08.20), le soixantième anniversaire de son accession à l'indépendance. Soixante ans après, le pays peine à diversifier son économie qui ne repose que sur le pétrole depuis de nombreuses années.

Elles étaient nombreuses, les entreprises publiques qui faisaient la fierté des Tchadiens pendant les premières années de l'indépendance.

Pillage des ressources

Ces entreprises qui ont remplacé les petites unités industrielles implantées par les colons ont permis d'employer bon nombre de Tchadiens.

Malheureusement, les conflits armés et surtout la guerre de 1979 et la mauvaise gestion ont précipité bon nombre de ces entreprises dans la faillite, explique Narcisse Laldjim, analyste politique:

"Le tout premier président du Tchad François Tombalbaye, après l'indépendance du Tchad, avait créé ce qu'on appelle la Coopérative des transporteurs tchadiens (CTT), il avait créé ce qu'on appelle la Société textile du Tchad (STT), il a créé aussi la Société industrielle de viande (SIVID), on a aussi les Grands moulins du Tchad (GMT) qui fabriquait à l'époque de la farine, la Compagnie Air Tchad, la Coton Tchad par exemple qui ont toutes mis la clé sous le paillasson. Tout ça, c'est dû d'abord aux différentes instabilités que le pays a connues et c'est dû également à la gestion des hommes. Des hommes qui sont chargés de gérer ces industries pillent les ressources de ces industries, mettant en faillite ces entreprises."

« Gestion archaïque »

Mais pour l'universitaire Sitack Yombatina Beni, même si les périodes d'instabilité politique ont contribué à la disparition progressive de certaines entreprises étatiques, sous le régime du président Idriss Deby Itno, c'est plutôt la mauvaise gestion:

"La gestion des entreprises obéit à une certaine règle, transparence, recevabilité etc... Aujourd'hui, on parle de plus en plus de la gestion axée sur les résultats (GAR) avec un budget qui s'appelle le budget axé sur les résultats (BAR). Malheureusement au Tchad, nous n'avons pas encore intégré ces choses-là. Nous gérons nos entreprises de la façon la plus archaïque possible, sans règles, d'abord en matière de gestion. Ensuite vous n'êtes pas sans savoir que depuis 30 ans, ceux qui sont à la tête des entreprises sont des Tchadiens n'ayant aucune formation et, en plus, il n'y a pas de cahier de charges. Il n'y a pas d'évolutions, les entreprises publiques aujourd'hui sont toutes mortes."

La disparition de ces entreprises n'est pas sans conséquences, déplore l'analyste politique Narcisse Laldji. Il invite le président Deby à mettre de l'ordre dans ce secteur :

"D'abord, les conséquences sociales. Par exemple, la Coton Tchad nourrit plus de 2.000 personnes ou encore, la Société industrielle de viande (SIVID) à Sarh (Chef-lieu de la province du Moyen-Chari au sud du Tchad) qui nourrissait par exemple des milliers de personnes. Donc, aujourd'hui, ce sont des familles entières qui souffrent parce que ceux qui travaillent là ont perdu leur emploi. Donc, moi j'interpelle le président de la République, il faut qu'il mette l'homme qu'il faut à la place qu'il faut, il faut qu'il mette des garde-fous. Celui qui vole 5 F, il faut qu'il rende compte parce que c'est l'argent de l'État. Quand ça ne marche pas, c'est l'économie qui prend un rude coup. Il faut que le gouvernement réhabilite ces industries agro-alimentaires pour booster l'économie nationale. Parce qu'il faut diversifier l'économie. On ne peut pas compter que sur le pétrole parce que le pétrole est un produit tarissable."

Aucun des membres du gouvernement tchadien contacté n'était disponible pour réagir à ce sujet.

Certains Tchadiens continuent jusque-là de regretter les premières années de l'indépendance. Car avec peu de moyens à l'époque, le Tchad s'en sortait mieux qu'aujourd'hui, pensent-ils.

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