Sénégal: Mamadou Jean Charles Tall/Conditionner le permis de construire à la plantation d'arbre - «Il faut déjà qu'on respecte nos textes»

Lors de la cérémonie officielle de la journée nationale de l'arbre qui s'est tenue dimanche dernier, à Diamniadio, le chef de l'État, Macky Sall, a indiqué que désormais, la délivrance du permis de construire sera conditionnée à la plantation d'arbre.

Joint au téléphone, hier lundi, par la rédaction de Sud Quotidien, l'architecte Mamadou Jean Charles Tall, tout en relevant la volonté politique, se montre un peu dubitatif quant à la faisabilité.

Procédant à la plantation à Diamniadio d'une espèce de l'arbre parrain de cette année : le baobab, le Président Macky Sall a déclaré que désormais, la délivrance du permis de construire sera conditionnée à la plantation d'arbre.

S'il a estimé que « c'est une bonne chose, si on peut reverdir le pays », l'architecte en Charles Tall a toutefois souligné que « le problème, c'est un peu la faisabilité ».

Il rappelle au passage « qu'il existe déjà des dispositions au niveau du Code de l'urbanisme et du Code de la construction » Une manière de dire qu' «il faut déjà qu'on respecte nos textes ».

Et d'expliquer : «la deuxième chose, c'est que le permis de construire, il vient avant la construction, n'est-ce pas. Donc, le problème, ce n'est pas de délivrer un permis de construire ».

Ainsi fera-t-il observer : « On ne peut pas délivrer un permis de construire après avoir planté, puisque après, quand on va venir construire, on va détruire l'arbre pour que les engins puissent passer. Donc je pense que, ce que le président voulait dire : «doit être conditionné».

Aussi poursuivra Mr Tall, « la chose la plus importante, c'est de s'assurer que vraiment les arbres sont plantés ».

A son entendement, « cela veut dire qu'il faut commencer à s'assurer que les dispositions du permis de construire ne sont pas violées, les dispositions des règles des structures de l'urbanisme ne sont pas violées ».

En d'autres termes cela signifie « qu'on ne vienne pas faire six étages dans une zone où c'est prévu de faire trois étages, qu'on ne vienne pas sur un terrain de 150 mètres-carrés construire 140 mètres-carrés ou un peu plus, alors que peut-être le coefficient d'emprise au sol ne doit pas dépasser 100 mètres-carrés ou 110 mètres-carrés ».

En définitive, pour l'architecte Jean Charles Tall, « prendre des lois, c'est bien ; ça montre la volonté politique, mais, le plus important, c'est de les appliquer».

PARADOXE ET CONTRADICTION

L'architecte n'a pas manqué de relever un paradoxe, une contradiction à cette volonté politique annoncée du président Macky Sall, avec le déracinement de plusieurs dizaines de baobab au profit d'une fabrique de carreaux.

«J'espère que ce n'est pas une loi cosmétique simplement parce qu'on dit qu'il faut protéger nos forêts, donc il faut replanter, il faut reboiser. En même temps, on autorise des gens à monter une usine de carreaux à Nguékhokh, à abattre une cinquantaine de baobabs.

Donc, il y a une grosse contradiction et peut-être que les services du président devraient se pencher sur ça, pour qu'on n'ait pas à gérer ce type de contradictions,. Et de poursuivre, dans la foulée : «ça n'a pas de sens de dire aujourd'hui on va planter parce que là le président exprime une volonté politique.

Est-ce que les services de l'Etat sont en ordre de bataille pour que ça soit effectivement fait et pour qu'on ne déclassifie plus de forêts.

Aujourd'hui, on parle de la forêt de Mbao qui va être déclassifiée, peut-être en partie, ça n'a pas de sens. Il ne faut pas qu'on aille dans des contradictions de ce type».

LE SERVICE DES EAUX ET FORETS INTERPELLE

Interpellé sur le type d'arbre à planter dans ou près des maisons, comme l'a suggéré le chef de l'Etat, l'architecte d'indiquer : «je ne suis pas spécialiste de la foresterie.

Ça, peut être, ce sont les services des Eaux et Forêts qui devraient y réfléchir. Il y'a un gros travail de réflexion à faire parce qu'on ne peut planter n'importe quoi près des maisons, il y a certains arbres dont les racines sont très fortes et qui risquent de soulever les fondations.

Donc, ça, je pense qu'il y aura un travail des Eaux et Forêts pour déterminer le type d'arbre». Concernant le cas des immeubles, M. Tall renseigne, en effet : «je ne sais pas du tout. Je ne sais pas quelles sont les dispositions, j'ai entendu comme vous, l'annonce des instructions du président.

Il va falloir réfléchir quand il y a un immeuble. Comment on fait une telle équation, si sur un immeuble on a dix, douze étages avec deux appartements par étage ?

Cela veut dire chaque famille devra avoir son arbre ou est-ce que ça veut dire qu'on impose au promoteur immobilier de réaliser un certain nombre de plantations en compensation de la valeur carbone de son immeuble ?

Il y a plusieurs mécanismes qui sont possibles, mais je ne peux pas me prononcer sur ça parce je ne connais pas encore leurs détails. Je pense que le président a exprimé une volonté, il attendre de voir comment la mettre en œuvre».

Plus de: Sud Quotidien

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