Afrique: Assoiffés de pouvoir !

éditorial

Après le traumatisme de l'esclavage des Arabes, suivi de la traitre de Nègres et de la colonisation, des Africains se sont battus pour retrouver leur dignité bafouée, piétinée par des puissances étrangères. Ce qui a débouché sur les indépendances de la fin des années 50 jusqu'en 1980.

Cette lutte acharnée pour la conquête de la liberté va se poursuivre avec le multipartisme via le fameux discours de La Baule (1990) pour les pays francophones. La jeunesse africaine assoiffée de changement, s'organise au péril de sa vie, pour connaître l'alternance politique, un des critères d'une vitalité démocratique.

Face à elle, le club des Chefs d'Etat use de toutes sortes de subterfuges pour se momifier au pouvoir. Quand vous vous aventurez à rechercher le record de longévité des présidents au pouvoir dans le monde, les africains arrivent en pole position.

Seul, le dictateur «sanguinaire», le défunt Kim-Il Sung, qui a régné sur la Corée du Sud pendant 47 ans (1948-1994), a fait plus que la bande à Omar Bongo (Gabon, 41 ans, 6 mois et 6 jours), Robert Mugabe (Zimbabwe, 29 ans, 10 mois et 21 jours), Jose Edouardo Santos (38 ans et 15 jours, Angola), Abdelaziz Boutefleki (16 ans, 9 mois et 16 jours, Algérie), Paul Biya (plus 38 ans, Cameroun), Teodoro Obiang Nguema (En fonction depuis le 3 août 1979, Guinée Equatoriale), Denis Sassou-Nguesso (au pouvoir du 8 février 1979 au 31 août 1992 ; il reprend le pouvoir le 25 octobre 1997, Congo), Yoweri Museveni (34 ans, Ouganda), Paul Kagame (au pouvoir depuis le 24 mars 2000, Rwanda), Idriss Deby (30 ans, Tchad)...

La liste est loin d'être exhaustive. Ils ont tous, un dénominateur commun : accéder au pouvoir par les armes ou par les urnes et faire tout pour y rester.

Quitte à user de subterfuges constitutionnels, s'ils ne se font pas remplacer par leur propre fils. La famille Bongo règne sur le Gabon, celle de Eyadema au Togo. Les Nguema ne pensent pas faire l'exception en Guinée Equatoriale. Triste Afrique !

MÉTHODE COUÉ

A côté de ces dynasties organisées, d'autres Chefs d'Etat utilisent la méthode Coué pour se maintenir au pouvoir. «Je ne me représenterai jamais contre la volonté du peuple», a-t-on l'- habitude d'entendre.

Certains, après avoir déclaré urbi et orbi qu'ils ne feront pas plus de deux mandats, trouvent aujourd'hui, des moyens de faire volte-face, soit en modifiant la Constitution (le cas de la Guinée avec le Professeur Alpha Condé), ou en s'appuyant sur son parti (exemple de Alassane Drame Ouattara).

«J'ai décidé de ne pas être candidat à la présidentielle du 31 octobre 2020 et de transférer le pouvoir à une jeune génération».

C'est ce qu'avait annoncé, le 5 mars 2020, le président ivoirien Alassane Ouattara, renonçant ainsi, à briguer un troisième mandat, après des mois de mystère quant à son éventuelle candidature.

Mais, après le décès soudain de Amadou Gon Coulibaly, son Premier ministre et dauphin désigné à la Présidentielle, ADO rétropédale et argue d'un cas de force majeur pour annoncer sa candidature.

La Côte d'Ivoire déjà déchirée et divisée par une guerre fratricide, ethnique et religieuse s'enfonce dans le creux d'une vague.

Quant à la Guinée, le Professeur Condé qui s'est battu pendant un quart de siècle pour accéder au pouvoir en subissant toutes sortes de brimades, risque, aujourd'hui, d'y installer le chaos.

Ces velléités du 3ème mandat guettent aussi, le Chef de l'Etat du Sénégal. Sa réponse «ni oui, ni non» servie à la presse le 31 décembre 2019 a fini d'installer le doute chez beaucoup d'observateurs.

Faisant dans le clair-obscur, Macky Sall déclare : «si je dis que je ne serai pas candidat, les membres du gouvernement ne vont plus travailler (sic), chacun va essayer de se positionner. Si je dis que je serai candidat, une vive polémique va s'ensuivre (re-sic)».

Tout en rappelant qu'il n'avait pas de dauphin désigné, il tente par la même occasion de faire du 3ème mandat un sujet tabou, en limogeant tout membre de son parti qui en débattrait. Moustapha Diakhaté et Sory Kaba sont déjà passés à la guillotine.

Pendant ce temps, ceux qui interprètent l'article 57 de la Constitution qui stipule que «le président de la République est élu au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours, pour un mandat de cinq ans. Il ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs», en sa faveur, vaquent à leurs occupations.

Mais au-delà des textes, il importe de relever pourquoi plus de 10 Sénégalais avaient perdu la vie, durant la période allant de la validation de la candidature de Me Abdoulaye Wade à l'accession de Macky Sall à la Magistrature suprême.

C'était effectivement pour combattre un troisième mandat. Ils sont morts en martyrs pour que leur pays s'inscrive sur le chemin de l'émergence et de la démocratie.

Il n'y a rien de plus insultant que de penser qu' «après moi, c'est le désert ; c'est le déluge !» Il n'y a qu'en Afrique qu'on argue pour se maintenir au pouvoir, qu'on doit terminer ses sentiers.

Comment peut-on construire un pays en 10, 20, 30 voire 40 ans. Les Etats-Unis ont accédé à l'indépendance le 4 juillet 1776 et depuis l'amendement 22, il ne traverse même pas à l'esprit d'un Président fût-il Barack Obama ou Ronald Reagan l'idée de rester une seconde de plus à la Maison Blanche après deux mandats de 4 ans d'affilée.

En France, idem ! L'Afrique ne devrait pas être en reste. Surtout qu'il y a certainement une meilleure vie après celle d'un président de la République.

PRIX MO IBRAHIM CHERCHE LAURÉAT

L'attitude pouvoiriste de nos chefs d'Etat, fait que le Prix Mo Ibrahim peine à trouver un lauréat. Lancé en 2007, par l'entrepreneur anglo-soudanais, Mo Ibrahim, il a pourtant pour but de récompenser les dirigeants qui font preuve d'un grand leadership sur un continent où de nombreux présidents refusent de quitter le pouvoir et entravent le développement économique et social.

Le prix devait être décerné annuellement, mais à six occasions, aucun chef d'Etat n'a été jugé digne de le remporter.

Les candidats au Prix Ibrahim sont tous d'anciens chefs d'État ou de gouvernement africains élus démocratiquement et ayant quitté leurs fonctions au cours des trois dernières années civiles, après avoir respecté la durée de leur mandat prescrite par la Constitution.

Les précédents lauréats sont l'ancienne présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf (2017), l'ancien président de la Namibie Hifikepunye Pohamba (2014), l'ancien président de Cap-Vert Pedro Pires (2011), l'ancien président du Botswana Festus Mogae (2008) et l'ancien président du Mozambique Joaquim Chissano (2007).

Pour rappel, Nelson Mandela fut le lauréat d'honneur lors de la première cérémonie de remise des prix en 2007. Sauf qu'aucun assoiffé de pouvoir ne pourra intégrer ce Panthéon de grands dirigeants.

Plus de: Sud Quotidien

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