Burkina Faso: Soro Bis, styliste international burkinabè - « Le chapeau de Saponé a désormais une ouverture sur l'international »

interview

Créateur de mode, et styliste international Burkinabè, Issa Sorogo alias Soro Bis est à l'origine de plusieurs collections, dont « Saponé » dédiée au célèbre chapeau de cette localité. Outre la récente labélisation de ce chapeau, il évoque, dans cette interview, sa carrière, ses projets et l'impact de la Covid-19 sur ses activités.

Qu'est-ce qui a vous incité à embrasser le métier de styliste?

Je me suis retrouvé styliste par amour. J'ai toujours aimé ce métier. C'est également une histoire de famille, étant donné que mon père était maître-tailleur à Abidjan. J'ai eu, à un moment, la possibilité de faire autre chose, mais, le stylisme a vraiment pris le dessus. C'est vraiment par passion. J'essaie de prendre, de part et d'autre, les meilleurs côtés de la culture. Je les exporte, et essaie de lire les gens à travers la mode.

Vous êtes, entre autres, auteur d'une collection, baptisée « Saponé ». D'où vous est venue cette idée?

Etant styliste international, je rêvais d'impacter le monde, et celui de la mode en particulier avec un objet typique de chez nous. Mon objectif était de faire parler du Burkina Faso à l'extérieur.

J'ai, au final, trouvé le chapeau de Saponé, d'où le nom éponyme de la collection. Les gens étaient intrigués de savoir d'où cela venait ou qu'est-ce que cela signifiait. Cette collection a contribué au rayonnement de notre pays dans le monde.

Vous en avez fait la promotion dans plusieurs pays (USA, Canada, Australie, France, etc.). La collection a-t-elle connu le succès escompté ?

Absolument. La collection était très prisée partout où je suis passé. De nombreuses personnes, notamment aux Etats-Unis, ont commandé beaucoup de pièces de la collection « Saponé« .

Elle a véritablement fait un tabac. C'était la première fois qu'on voyait des chapeaux de Saponé, et assortis aux tenues de Faso Dan Fani cousues en style unique et qui faisaient à la fois africain, asiatique et arabe. Ce genre d'universalité est très frappant.

Que pensez-vous de la récente labélisation du chapeau de Saponé ?

C'est une très bonne chose pour le Burkina Faso. Car, cela permet, pour une fois, à l'artisanat burkinabè de se démarquer sur le plan international. Cela vient couronner le professionnalisme de notre artisanat. Les portes de l'international sont désormais ouvertes à notre artisanat, et au chapeau de Saponé, en particulier. Cette nouvelle donne boostera également les activités des artisans et des stylistes.

La covid-19 a impacté négativement le secteur de la culture. La mode n'a pas été également épargnée...

Oui, bien sûr. Nous préparions un grand événement, « Bobo Sweet Fashion » qui devait se tenir les 17 et 18 avril 2020. Malheureusement, une semaine avant le lancement, il a été décrété l'interdiction de manifestations rassemblant un grand monde. Le Salon de textile qui devait se tenir, en juin, à Los Angeles, en Californie a été également annulé... Nous sommes restés 2 ou 3 mois sans vendre de chemises. Ce n'est pas chose aisée pour un styliste.

 1 milliard 250 millions F CFA ont été mis à la disposition du ministère en charge de la culture pour compenser les pertes subies par les acteurs culturels. Comptez-vous vous faire dédommager ?

Oui, nous avons, à la demande du ministère en charge de la culture, rempli des formulaires. Nous espérons faire partie de la catégorie de personnes qui seront dédommagées. Nos pertes sont importantes.

Notre budget de « Bobo Sweet Fashion » était déjà à plus de vingt millions F CFA. Nous avons entamé, en outre, pas mal d'activités, avec plusieurs allers-retours Burkina Faso-Etats-Unis, Ouaga-Bobo-Dioulasso pour travailler avec les staffs sur place.

Quels sont les projets ou événements que Soro Bis prépare pour le public burkinabè, et en particulier pour les amoureux de la mode ?

Nous préparons quelque chose pour le mois de septembre 2020. Je ne veux pas en dire plus. Ce sera une surprise pour tout le monde. Une chose est sûre, les gens vont adorer. L'objectif principal est de relancer les activités de la mode qui est l'une des importantes composantes de notre secteur économique. Nous mettrons l'accent sur le prêt à porter en contraste avec le sur-mesure.

Les gens souhaitent, aujourd'hui, qu'on les présente des choses toutes prêtes. Ce sera donc une collection prêt à porter, du « Made in Africa« . Nous voulons que tous les africains soient fiers des produits qui sont confectionnés au Burkina Faso.

Vous êtes l'un des stylistes de la diaspora africaine qui a contribué à donner aux afro-américains le goût de la mode africaine. Qu'est-ce que cela vous inspire?

Cela a toujours été une joie de savoir que nous avons été des pionniers de l'expansion de la mode africaine au-delà de l'Afrique. C'est un plaisir indescriptible de présenter des tenues d'origine africaine à Montréal, en Barbade, ou à Los Angeles.

Les Burkinabè peuvent les découvrir sur notre page Facebook (https://www.facebook.com/sorobisusa) Ce sont des instants où l'on mesure toute la solennité d'être le porte-parole de toute une génération, d'une culture qui vient de l'Afrique.

Les américains n'ont, aujourd'hui, aucun complexe à porter une tenue africaine. Il y a 5 ou 10 années de cela, une tenue africaine ne se portait seulement que durant la célébration en février du « Black History Month » (mois de l'histoire des noirs, en anglais).

A mes débuts, le maire de Los Angeles, de l'époque, m'a décerné un prix pour avoir confectionné un foulard africain pour une femme américaine. Je suis allé, après, d'université en université pour donner des cours sur la manière d'attacher un foulard à l'africaine. Je suis très heureux de faire rayonner notre culture à l'étranger.

Plus de: Sidwaya

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