Tchad: Deby élevé à la dignité de maréchal - Un sacre qui éveille de mauvais souvenirs

The government of President Idriss Deby in Chad blocked citizens’ internet access for 16 months. Here. Deby attends the 6th World Water Forum in 2012.
analyse

La série des commémorations des 60 ans d'indépendance de plusieurs pays d'Afrique francophone se poursuit en ce mois d'août.

Ainsi donc après le Bénin le 1er, suivi du Niger le 3, du Burkina Faso le 5, de la Côte d'Ivoire le 7, hier mardi 11 août 2020, ce fut autour du Tchad de célébrer le jubilé de diamant de son accession à la souveraineté internationale. Un évènement célébré dans la sobriété du fait de la pandémie du coronavirus. En lieu et place de la traditionnelle parade militaire, les Tchadiens ont eu droit à une simple prise d'armes.

Pour autant, la commémoration de cette année a revêtu un cachet très particulier, car c'est à cette date historique pour le pays de François Tombalbaye que le président Idriss Deby a reçu ses attributs de maréchal. L'homme fort du Tchad aurait voulu s'ériger en second père de la Nation qu'il n'aurait pas choisi meilleure date pour le faire.

Et rien n'a été laissé au hasard pour à la fois donner à l'évènement la légalité et la solennité.

C'est par un vote de la majorité des députés, y compris certains de l'opposition, le 26 juin dernier que « Super Deby » avait été élevé à cette dignité. Après quoi, le chef de l'Etat et futur maréchal du Tchad avait signé, sur proposition de son grand chancelier, un décret très officiel de six pages fixant les détails de son uniforme. En voici un aperçu : « Une vareuse en polylaine 220g de couleur bleu nuit et un col Mao haut brodé main or motifs feuille de chêne. Une cape en soie ou en tissu polyviscose, un pantalon avec bande commandement brodée main or, une aiguillette en cordon milanaise or double ferret sur épaule gauche, casquette avec coiffe démontable, un sabre lame forgée et un bâton de maréchal de couleur noire, modèle empire ».

Et pour terminer, c'est devant les représentants du peuple que le « Petit berger de Berdoba » est venu se faire sacrer de la plus haute dignité dans l'armée. Une distinction que le nouveau promu a dédiée à ses frères d'armes. « J'ai accepté ce titre de maréchal pour récompenser leur vaillance et leur sacrifice. Je voudrais dire à tous ses hommes et femmes que je porte seul les attributs de maréchal, mais que je les porte en leur nom, morts, à la retraite, ou jeunes », a-t-il déclaré.

Comme il fallait s'y attendre, cette déclaration a sifflé dans les oreilles de l'opposition qui voit dans ce « couronnement » l'expression de « dérives électorales » de celui qui est au pouvoir depuis 24 ans et entend bien s'y accrocher.

Mais rendons à Deby ce qui est à Deby. Certes, il n'est pas, c'est un euphémisme, un démocrate pur jus, mais nul ne peut contester sa vaillance et son intrépidité militaires. Le pilote de transport qu'il a été s'est vite en effet distingué dans l'armée au cours des nombreuses guerres et rébellions qu'a connues son pays ;

en sus il faut reconnaître que, dans la lutte contre le terrorisme, les troupes tchadiennes, qui jouissaient déjà d'une réputation de redoutables guerriers du désert, se sont imposées, sous le commandement de leur chef suprême, en forces intournables dans la guerre contre les illuminés, aussi bien sur leur sol qu'au-delà des frontières, notamment au Mali.

Récemment, en mars dernier, après un assaut meurtrier de Boko Haram, on a vu le chef de l'Etat troquer son boubou contre le treillis pour se rendre sur la ligne de front auprès de ses soldats lors de l'opération « Colère de Boma ».

Si donc on ne peut dénier à l'homme à la célèbre canne des qualités de meneur d'hommes, faut-il pour autant se féliciter de cette élévation ? La question mérite d'être posée quand on sait qu'en Afrique le grade de maréchal évoque bien de mauvais souvenirs, car les dirigeants qui ont été élevés à cette dignité ont tristement marqué l'histoire et mal fini, comme s'il y avait une malédiction qui poursuit tous ceux qui sont rehaussés à ce niveau : sont de ceux-là Idi Amin Dada de l'Ouganda, Jean-Bedel Bokassa de Centrafrique et Mobutu Sese Seko de la RDC.

Le nouveau maréchal du Tchad y fera-t-il exception ? On attend de voir.

Plus de: L'Observateur Paalga

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