Cameroun: Modes de vie - Génération Covid-19

Depuis six mois, les habitudes et tous les systèmes sont complètement chamboulés par le coronavirus. Et il faut vivre différemment.

La scène est aussi amusante que triste. Deux amies de longue date s'étant perdues de vue, se retrouvent en plein centre-ville de Yaoundé. Dans un élan passionné, émues, elles foncent l'une vers l'autre, avant de s'arrêter net. Au lieu d'une chaude embrassade, elles se contentent d'échanger des coups de coude vigoureux. Ce type d'effusion de retrouvailles insolites hier mais de plus en plus normales aujourd'hui illustrent comment le coronavirus a modifié les comportements partout dans le monde. Les bises (ou bisous, appelez ça comme vous voulez) entre collègues et camarades, les câlins avec des membres de sa famille ou des proches, les salutations pour conclure une affaire entre partenaires...

Rien de tout cela n'existe plus, ou si c'est le cas, on le fait dans des proportions extrêmement limitées. Le contact physique est devenu un danger. Le défi est grand pour la société africaine, privée de ce lien presque spirituel du toucher. « Quand on se rencontre, mes amis et moi, on adore se saluer en s'embrassant ou en nous faisant des bises de tête comme on les a baptisées, quand on ne se serre pas puissamment la poigne en mâles dominants (rires). Aujourd'hui, ce n'est plus possible et ça nous manque », regrette Félicien Monayong, un jeune entrepreneur.

Il n'y a pas que les accolades que la pandémie a fracturées. De manière générale, depuis six mois, la vie se voit et se vit autrement. Il n'est plus imaginable d'entrer dans un supermarché sans être surpris par un thermo-flash braqué sur la tempe. « Attendez ! ». Contrôle de température. « Allez-y ! », déclare le vigile, l'air très sérieux. C'est qu'il vient d'accomplir une mission de la plus haute importance : préserver le commerce d'un porteur potentiel de coronavirus.

Et la danse est loin d'être terminée. Il faut se laver les mains au savon, devant une file d'autres clients qui savent se montrer impatients, quand un autre vigile ne vous humidifie pas les paumes de mains de gel hydro-alcoolique. Ensuite, une fois à l'intérieur, il faut se tenir dans un cercle bien défini à même le sol, souvent avec une illustration de pas, à un ou deux mètres de distance d'un autre acheteur. Enfin, une fois à la caisse, on échange avec un personnel masqué, ganté et protégé par une vitre. Après avoir utilisé les billets, il faut se nettoyer copieusement les mains pour éviter tout transport du virus.

D'ailleurs le lavage des mains, en tête des mesures barrières, est une religion. On a tous les mains dures comme du caillou à force de les passer sans cesse à l'eau et au gel hydro-alcoolique. Et en eux-mêmes, les dispositifs de protection ont contraint les uns et les autres à faire quelques sacrifices. Le masque par exemple est un accessoire que beaucoup se plaisent même à marier à leurs tenues. Il n'est plus étrange de voir dans les rues des hommes et des femmes arborant cette pièce dédiée aux personnels médicaux.

En période post-Covid-19, la société est certes masquée, mais elle est surtout réservée. On limite les sorties, les voyages pour le farniente ou les visites amicales. On évite les foules et les milieux trop fréquentés. On ne s'invite plus par surprise au mariage du voisin ou de la cousine éloignée car les places sont comptées... On fait des levées de corps et des deuils dans la stricte intimité familiale. Bref, rien n'est plus vraiment comme à l'époque pré-coronavirus.

La religion se pratique elle aussi différemment. Les lieux de culte fermés ou leur assistance ayant été réduite à 50, fidèles chrétiens et musulmans ont dû adapter leurs habitudes de prières. C'est en ligne que certaines religions ont choisi de se réunir pour servir leur Dieu, quand d'autres se rabattent sur des messes et autres prêches sur la Toile. Les rassemblements, qu'ils soient d'ordre religieux ou non, connaissent une réforme. Les tontines du dimanche sont à présent un vrai casse-tête. Clémentine Alegue, coiffeuse, a hésité longtemps avant de retourner aux réunions de la tontine. « Les femmes de ma réunion font des rotations, on y va par groupe de 15. Heureusement que notre présidente a décidé qu'on pouvait déléguer des proches pour encaisser ou déposer nos commissions. Sans cela je n'aurais pas été à jour dans le cahier », raconte-t-elle. La vie n'est plus la même. Difficile de dire s'il sera envisageable un jour de tout effacer et de revenir en arrière.

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