Ile Maurice: Échouement du Wakashio - «Les hydrocarbures peuvent toujours être acheminés vers l'étranger...»

La compagnie Veolia, spécialisée dans le traitement d'hydrocarbures, aurait-elle été d'une aide, en ce moment d'extrême urgence ?

Le Mouvement Anti-Pollution (MAP) et des protestataires de l'époque contre son implantation à Riche-Terre, estiment que ce n'est pas le cas. Veolia Recycling & Environmental Services (Mauritius) Ltd avait, en 27 août 2019, renoncé à son projet de traitement de déchets d'hydrocarbures dans le pays après des mois de lutte acharnée avec des habitants de la région. Aujourd'hui, le débat reprend de plus belle avec le désastre écologique provoqué par le naufrage du MV Wakashio.

Dans une telle situation pareille, Veolia n'aurait-elle pas pu contribuer à résoudre le problème des hydrocarbures ? «Non, je ne vois pas pourquoi nous aurions dû mettre en place une usine de la sorte dans une zone résidentielle et attendre qu'une catastrophe se produise pour dire qu'elle a raison d'être. Entre-temps que serait-il arrivé avec la santé de ces habitants ?» soutient Gregory Ng, membre exécutif du MAP, formé pour dire non au projet d'incinérateur de déchets. Le MAP consistait de plus de 60 membres et près de 5 000 supporteurs à travers le pays.

«Les fuites sur les routes ne sont pas à écarter.»

Pour Gregory Ng, Veolia n'a toujours pas sa place, car d'autres compagnies locales offrent le même service. «Comme la société Ecofuel Ltd à Pointe-aux-Sables. Si elle ne peut pas tout traiter, la meilleure des idées, serait que les hydrocarbures soient acheminés vers l'étranger, comme Singapour, par exemple, aux frais du propriétaire du vraquier.» Selon lui, d'autres facteurs doivent être tenus en compte. Telle la transportation de ces hydrocarbures, à travers l'île, qui n'est pas sans risque. «Il faut prendre en considération que nous parlons là de quelque 1 000 tonnes d'hydrocarbures mélangés à l'eau. Les fuites sur les routes ne sont pas à écarter. Il faudrait impérativement qu'ils soient transportés par des camions citernes et Maurice n'en possèdent pas suffisamment. Donc, pourquoi remettre sur le tapis Veolia qui n'a clairement pas sa place.»

Même son de cloche de cet ex-membre de MAP, Jean Marc Ah-Foo. Pour lui, il aurait été plus facile d'éviter ce massacre avant même de parler du traitement des hydrocarbures. «À l'époque, nous avons manifesté contre le projet car il était question qu'il soit à 300 mètres des habitations. Veolia n'a jamais essayé de comprendre la revendication du voisinage car son but principal était de se trouver à proximité du port. Aujourd'hui, nous restons fermes. Elle aurait aussi causé du tort à l'Environnement.» Cet habitant de Baie-du-Tombeau estime qu'aujourd'hui, plus que jamais, le gouvernement aurait dû encourager et développer la compagnie déjà existante à Pointe-aux-Sables. «Chercher l'expertise étrangère, oui, mais uniquement pour travailler en collaboration avec les firmes locales.»

Mobilisation citoyenne : L'engagement ne s'estompe pas

Voilà plus d'une semaine que la mobilisation s'organise sur les différents lieux de rencontre où les volontaires construisent les «booms». Hier matin à Mahébourg, des équipes, parmi lesquelles des associations, artistes et familles sont venues apporter leur soutien.

Zeness san Frontier, comme à l'accoutumée, misait sur les pains kebabs, boissons gazeuses et jus pour les volontaires et n'ont pas manqué de le faire savoir à ceux qui se sont déplacés uniquement pour la nourriture. «Misie, dipain la pa pou ou», dit une des représentantes de ce mouvement. Le chanteur Natty Gong était aussi présent, hier.

Les familles Mungroo et Jeetun ont fait le déplacement de Flacq très tôt. «Nou bizin dir enn gro mersi a zoké Kavish Jeetun aki Hong Kong, ki pe aport nou enn soutien financier. Sé gras a sa ki zordi nou pe kapav donn manze isi», indique Prakash Jeetun. Pour bien diriger les volontaires, ils ont pensé à rajouter un panneau car depuis peu, même ceux qui ne sont pas volontaires se rendaient sur place pour profiter de la générosité des Mauriciens.

La GWF et Rezistans ek Alternativ, eux aussi mobilisés, se sont concentrés sur la distribution de gants et combinaisons et faisaient aussi une campagne de sensibilisation. Car paradoxalement, les volontaires nettoyaient la mer pour éviter la pollution, mais jetaient les déchets derrière eux.

Un lien présumé entre le locataire du vraquier et BWSC évoqué

Le MV Wakashio empêtré sur les récifs de Pointe-d'Esny appartient à une compagnie japonaise, Nagashiki Shipping Co. Ltd. Mitsui O.S.K Lines Ltd (MOL) basée à Tokyo (Japon) est, elle, affrétée, donc l'opératrice technique, pour gérer le navire et employer les marins, dont le capitaine. Rezistans Ek Alternativ a mis en lumière, un lien entre MOL et le MV Wakashio. Il s'agirait de Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (BWSC) qui est impliqué dans l'affaire Saint-Louis, soit le contrat pour les turbines de la centrale électrique.

Toutefois, une recherche approfondie démontre que MOL, Mitsui Co Ltd et Mitsui E&S Holdings Co Ltd (MESCO) sont trois entités différentes. Le seul lien, c'est leur investissement dans des projets au Brésil et ailleurs dans l'exploitation de puits de pétrole, soit en tant qu'actionnaires à travers un consortium ou en tant que compagnies ou via des subsidiaires. MOL est la compagnie affrétée pour gérer le MV Wakashio. Elle est sou- vent confondue avec Mitsui Co Ltd et Mitsui E&S Holdings Co Ltd. Dans la liste des actionnaires de MOL, ne figurent ni MESCO et Mitsui Co Ltd.

En effet, c'est MESCO qui détient BWSC comme subsidiaire. C'est à travers MESCO Danemark A/S que la compagnie a été rachetée par les Japonais en 1990. Par ailleurs, Mitsui & Co Ltd a participé à un consortium de projet pétrolier ou de transport de pétrole à travers sa subsidiaire MODEC Inc. Mais Mitsui & Co Ltd a les mêmes actionnaires que MESCO. Un rapide coup d'œil sur les informations sur la bourse de Tokyo montre que Mitsui & Co Ltd est actionnaire de MESCO à hauteur de 3 %. En retour, la holding qui détient BWSC, en est actionnaire à hauteur de 0.18 %. MESCO est également actionnaire à hauteur de 0.0001 % de MOL.

Il est impossible d'établir si la compagnie affrétée MOL qui fournit les contrats et le personnel pour le MV Wakashio a des liens directs avec le BWSC. Toutefois la participation à l'actionnariat est évidente entre les trois compagnies japonaises.

Plus de: L'Express

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