Ile Maurice: Le pays retient son souffle - Cassé, pas cassé ?

16 heures hier, sur l'esplanade de Mahébourg. Alors que les nombreux volontaires présents s'attellent à leur tâche, un vent de panique gagne du terrain.

La raison ? Des membres de Rezistans ek Alternativ présents annoncent que le MV Wakashio s'est brisé en deux. Stefan Gua relaye l'information à ses abonnés sur Facebook et le parti gauche en fait de même. Très vite, les réseaux sociaux sont pris d'assaut par cette information tant redoutée, surtout depuis que le Premier ministre a confirmé le risque de cassure. Les photos prises de Mahébourg par les habitants et volontaires semblent confirmer la cassure et sont partagées par de nombreux internautes.

Mais lorsque nous nous rendons à Pointe- d'Esny, le constat est contraire à ce qu'avancent les personnes se trouvant à Mahébourg. Les opérations de pompage se poursuivent sans aucun problème quelconque. Le vraquier, bien que visiblement abîmé, est entouré de trois barges et rien ne semble perturber les va-et-vient des hélicoptères. C'est surtout la position de l'une des barges, qui se trouve juste à côté du vraquier, qui donne une illusion de cassure et accentue le doute. Mais pourtant, le Wakashio ne s'est pas brisé en deux. Du moins, pas encore.

40 minutes après la propagation de cette nouvelle, le directeur du Shipping, Alain Donat, vient démentir : «Non, le bateau ne s'est pas encore cassé. Il n'y a pas de fuite d'huile et les opérations à bord se poursuivent.»

Dès lors, le calme est revenu à Mahébourg. Selon Stefan Gua, ce sont des amis qui étaient en mer qui ont partagé cette information avec lui. «Nou tou tré afekté depi le 6 août é nou finn inform dimounn dé bonn fwa». Après une double vérification, les membres de Rezistans ek Alternativ ont compris que la fissure à bord s'est accentuée, certes, mais le bateau ne s'était pas cassé. «Bann dimounn lor bato dir nou éna enn ti fwit ankor, mé li pa sa inportan la.» Stefan Gua dit être animé par la volonté d'être transparent avec le public mauricien. «Malheureusement, on ne peut pas dire la même chose pour les autorités».

La solidarité outremer s'accentue

Depuis le déversement d'hydrocarbures, les volontaires ne cessent de se débattre contre vents et marées pour sauver la faune et la flore mauriciennes. Et les aides ont même pris une dimension internationale. Ils sont plusieurs à vouloir apporter leur contribution à Maurice.

Pour Guillaume Marx, il se devait d'aider Maurice. Ce Français, qui est venu en vacances en février 2019, est tombé amoureux de l'île. «Cette île m'a tout de suite conquise. La beauté des paysages et les plages sauvages sont des choses qu'on ne voit pas en France. Nous avons eu la chance de rencontrer également des Mauriciens avec qui nous avons encore des contacts. Ils nous ont accueillis chez eux avec joie et bonne humeur et c'est pourquoi maintenant c'est à moi de leur montrer que je ne les oublie pas en venant les aider.»

Il espère mettre sur pied une association afin de venir aider à Maurice. D'où sa requête au gouvernement pour affréter un avion pour venir les récupérer. «J'ai des amis Mauriciens qui seraient prêts à m'héberger, mais bien sûr je ne pense pas pouvoir ramener 300 à 400 personnes chez lui... Toutefois, je pense trouver de quoi remplir un avion de personnes, mais aussi de matériels.»

En attendant d'arriver à concrétiser son projet, il a déjà d'autres idées en tête pour aider le peuple mauricien. «Je compte faire cagnotte en ligne (leetchi.com) afin de récolter des fonds et d'acheter du matériel. De même, créer une page Facebook pour faire connaître mon projet. Déjà, le journal régional de France, le Républicain Lorrain compte parler de l'action 'Sauvons l'île Maurice'.»

Comme lui, d'autres veulent apporter leur pierre à l'édifice. L'Australien Paul Frasca, responsable du Sustainable Salons, effectue des collectes de cheveux qui servent justement dans la confection de hair booms. «Nous comptons envoyer un conteneur à Maurice avec les cheveux récoltés. Cela fait déjà cinq ans depuis que nous aidons dans la recherche et le développement dans ces opérations avec le soutien de l'université de Sydney.»

Il soutient ce geste est tout à fait «normal» pour lui. «J'ai vu les désastres causés par l'huile lourde en 2010 lors du Deepwater Horizon Gulf Coast. Et j'ai constaté que les Américains, pour réduire la propagation de l'huile, ont utilisé les cheveux. C'est ainsi qu'avec le soutien de mon partenaire, nous nous sommes lancés dans ce périple.»

D'autres personnalités ont aussi alerté l'opinion internationale, dont la jeune suédoise Greta Thunberg. La militante écologiste, qui a reçu un appel à l'aide des Mauriciens, a demandé aux populations du monde d'aider à sauver l'écosystème mauricien à travers un «crowdfund».

Le Français Hugo Clément a aussi mis en ligne une cagnotte pour soutenir le «combat des Mauriciens et Mauriciennes». Ce journaliste est très investi dans les causes environnementales, mais est aussi un fervent défenseur de la cause animale. Son but est d'atteindre la barre des 70 000 euros pour aider Maurice. Et, à hier, plus de 64 000 euros ont déjà été recueillis. À noter que cet argent sera utilisé pour la lutte contre les hydrocarbures et également pour acquérir du matériel de protection. Somme reversée à l'association Eco-Sud.

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.